GUERRE RELIGIEUSE EN RCA : François Hollande n'a pas démenti les accusations d'Idriss Déby Itno à son endroit

Idriss Déby Itno va être très très sollicité, le 2 juillet, à Bamako, pendant le Sommet du G5 Sahel, auquel vont participer les présidents français, Emmanuel Macron, burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, nigérien, Mahamadou Issoufou, mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz et malien, Ibrahim Boubacar Keïta, hôte du Sommet. Et pour cause : ses déclarations à l'émission Internationales (RFI/TV5/Le Monde) provoquent un véritable malaise au sein de l'opinion africaine. En effet, à une question sur la publication d'un rapport accablant des Nations-Unies sur les violations des droits de l’Homme et du droit humanitaire international de 400 pages accusant l’armée tchadienne d’avoir commis 620 cas d’exactions en RCA entre 2003 et 2013, le président tchadien a sorti ce qu'il gardait en travers de la gorge : « Il y a des pays dont les soldats ont fait des bêtises et qui jugent mal le rôle du Tchad alors que celui-ci était neutre. Le Tchad a joué un rôle neutre alors que les autres ne l’ont pas été. Qui a armé les anti-balakas avec des grenades, des kalachnikov ? Qui a créé les affrontements entre chrétiens et musulmans ? Ce n’est pas le Tchad. Il faut demander à la France de faire une enquête. On a étiqueté le Tchad pour ne pas être accusé seul. C’est malhonnête » (fin de citation). Idriss Déby Itno se démène pour prouver l'innocence de ses militaires en Centrafrique. Jeudi, 29 juin, c'est le président centrafricain, Faustin Archange Touadera, qui a fait un va et vient de trois heures, à N'Djamena, pour rencontrer Idriss Déby, avant de faire la déclaration suivante : « S’il y a un Président qui, depuis l’éclatement de la crise centrafricaine, a mis tout son génie, son énergie, pour régler le différend entre les frères ennemis centrafricains, c’est bel et bien IDRISS DEBY ITNO. Malheureusement, en dépit de la bonne foi du Chef de l’Etat et de l’armée tchadienne pour ramener la paix en RCA, le 30 mai 2017, l’ONU publie un rapport de 400 pages accusant l’armée tchadienne d’avoir commis 620 cas d’exactions en RCA entre 2003 et 2013. [….] Le rapport n’engage que ses auteurs, le gouvernement centrafricain a été informé 48 h avant sa publication. Le Tchad a aidé mon pays dans des moments difficiles et nous n’oublions pas cette inestimable contribution” (fin de citation). L'opposition centrafricaine va, encore, trouver matière à critiquer Touadéra, elle qui accuse le président centrafricain d'accuser les Nations-Unies alors qu'elles maintiennent le pays sous perfusion, et ce dans tous les domaines.

Cela dit, revenons aux propos de Déby contre Hollande. C'est une attaque non voilée contre l'armée française et son chef suprême de l'époque, François Hollande, dont personne n'avait compris la volte face, quand il avait, subitement, décidé de débarquer le président (séléka) de l'époque, Michel Djotodia, alors que ce dernier, très inconfortable dans son fauteuil, demandait l'appui de Paris pour vite organiser l'élection présidentielle à laquelle il n'allait pas prendre part. Pour toute réponse à Michel Djotodia (qui pourra le confirmer depuis son exil à Cotonou), on a, plutôt, vu surgir, de nulle part, une Force militaire, totalement, inconnue, auparavant, les Anti-Balakas, très bien armés pour donner de la réplique aux miliciens séléka, qui, jusque-là, provoquaient une véritable terreur au sein des populations, à majorité, chrétienne. Michel Djotodia débarqué, à N'Djamena, (à l'issue d'un Sommet de chefs d'Etat de la sous-région qui n'avait de Sommet que le nom) et remplacé par la très (neutre et apolitique), Catherine Samba Panza, le Centrafrique allait vivre, par la suite, une autre expérience jamais connue auparavant : une guerre religieuse dénoncée, plus tard, par l'ancien archevêque (aujourd'hui cardinal), Dieudonné Nzapalainga, l'imam de la grande mosquée de Bangui, Kobine Layama, et leur confrère représentant les églises protestantes réformées centrafricaines, Guerekoyame-Gbangou. En choeur, ils ont fustigé dans des termes très durs, la création de toutes pièces de cette guerre religieuse que les politiques leur imposaient. Il s'avère, aujourd'hui, que ces « politiques » auxquels ils faisaient allusion, c'est la France, c'est-à-dire, son président de l'époque et son armée envoyée « libérer » le Centrafrique des Sélékas.

Voilà la Françafrique dans sa dimension d'horreur, en Centrafrique, version François Hollande. Ce dernier lavera-t-il son honneur, son image étant, particulièrement, abîmée en Centrafrique, ou bien, gardera-t-il le mutisme comme Nicolas Sarkozy, quand on lui rappelle ses aventures en terre libyenne où il a fait tuer un chef d'Etat, le colonel Kadhafi, provoquant, par la suite, la déstabilisation de toute la sous-région du Sahel et au-delà ? Les pots cassés que le président, Emmanuel Macron, cherchera, très certainement, à colmater, dimanche, 2 juillet, à Bamako. On lui souhaite Bonne Chance !

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