GUINEE : Le ministre de la Justice désapprouve le troisième mandat d'Alpha Condé et démissionne du gouvernement

Le ministre guinéen de la Justice, Cheick Sako, a présenté sa démission au président, Alpha Condé. Un de ceux qui n'approuvent pas l'idée que le président de la République fasse entorse à la constitution en briguant un troisième mandat, il a préféré jeter l'éponge au moment où le pays connaît un vif débat sur l'opportunité d'une nouvelle constitution dont l'une des principales finalités reste la possibilité donnée à Alpha Condé de rester en place après ses deux mandats constitutionnels.

Ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu de Guinée, Alpha Condé, dont le deuxième mandat s'achève en 2020, a, souvent, contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats sur le continent - deux maximum en Guinée. Il a, souvent, affirmé n'avoir aucune leçon à recevoir des Occidentaux sur les questions de démocratie et des droits de l'homme.

Dans une lettre au chef de l'Etat, le ministre de la Justice (notre photo) affirme présenter sa démission faute de réponse de M. Condé à sa demande, lors d'un entretien le 4 avril, de le remplacer dans les fonctions qu'il exerce depuis près de cinq ans et demi.

"Par ailleurs, je n'ai pas été associé à la rédaction de la nouvelle constitution en ma qualité de garde des sceaux", écrit-il. "Compte tenu de ma position personnelle contre toute modification ou changement de la constitution en vigueur, vous comprendrez que je ne puisse plus continuer à exercer la fonction de ministre de la Justice".

Alpha Condé, 81 ans, n'a, jusqu'à présent, pas annoncé de modification de la constitution afin de pouvoir se représenter en 2020, mais, plusieurs de ses déclarations récentes ont été interprétées en ce sens. Son homologue du Niger, Mahamadou Issoufou, qui est dans le même cas de figure, pour enlever toute ambiguïté, a d'ores et déjà, annoncé, à plusieurs reprises, deux années avant la fin de son deuxième mandat, qu'il va quitter le pouvoir à l'issue de ce deuxième et dernier mandat. Alpha Condé, lui, est mal à l'aise quand il est acculé par les journalistes qui le soupçonnent de vouloir faire un coup d'état en se servant de la constitution.

Le 18 mai, la direction de son parti lui a demandé "avant la fin de son second mandat de doter le pays d'une loi fondamentale votée par référendum par le peuple souverain".

Le Front national pour la défense de la constitution (FNDC), créé en avril pour s'opposer à un troisième mandat, s'est, lui, félicité dans un communiqué de la "décision salutaire du ministre" de la Justice.

Cette démission confirme les soupçons visant M. Condé de "vouloir modifier ou changer la constitution pour se maintenir au pouvoir à vie", selon le FNDC, qui en appelle aux autres membres du gouvernement et des institutions "pour qu'ils se désolidarisent de ce projet maléfique de troisième mandat".

Pour le vice-président de l'Union des Forces Républicaines (UFR - opposition), Ibrahima Bangoura, la démission d'un ministre régalien de cette importance "veut dire que ce régime-là s'est totalement décrédibilisé".

Dans tous les cas, cette démission va beaucoup affaiblir le président guinéen à un peu plus d'un an de la présidentielle de 2020.

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