GUINEE : Qui veut déstabiliser le pouvoir du petit « professeur » ?

Depuis mi-février, le président, Alpha Condé, est confronté à des manifestations graves qui menacent les fondements de son régime politique. Alors que le système éducatif est menacé de connaître une année blanche, appellation non contrôlée qu'on avait tendance à oublier en Afrique depuis l'époque des conférences nationales, ce sont les élections locales qui jettent, aujourd'hui, la jeunesse dehors, cette jeunesse désoeuvrée à qui l'Etat ne donne aucune perspective d'avenir. La situation s'aggrave de jour en jour au point où, dans le camp du « professeur », on n'hésite plus à parler de « déstabilisation » du régime. Après s'être targué d'une cinquantaine d'années d'opposition sur les rives de La Seine, à Paris, l'ancien chargé de travaux dirigés de l'Université de Paris 10-Nanterre connaît, enfin, la dure réalité de la gouvernance d'un pays et de la gestion d'un Etat.

Des heurts ont opposé, mardi, 13 mars, à Conakry, des manifestants aux forces de l'ordre, lors d'une nouvelle journée de protestations orchestrée par l'opposition, qui, selon un responsable de la majorité, vise à "déstabiliser" le pouvoir du président Alpha Condé.

Après une journée "ville morte", lundi, la seconde en un mois, des jeunes ont, à nouveau, érigé des barricades et brûlé des pneus dans plusieurs quartiers de la capitale guinéenne.
Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui leur lançaient des pierres, selon la même source.

C'est du déjà vu : en effet, l'opposition guinéenne dénonce les résultats des élections locales du 4 février, qui, selon la Commission électorale nationale (Céni,) ont été remportées par le RPG, le parti du président Alpha Condé.

"Tant qu'on ne restituera pas nos suffrages volés, nous ne quitterons pas la rue", a déclaré, mardi, l'ancien premier ministre, Cellou Dalein Diallo, chef de file du principal parti de l'opposition (l'UFDG). Qui connaît l'histoire politique récente de la Guinée ne peut donner tort à Cellou Dalein Diallo quand on sait que c'est la Françafrique qui a installé « le professeur » au pouvoir. Au premier tour de l'élection présidentielle de 2010, en effet, il avait obtenu 18,25% contre 43,69% pour Cellou Dalein Diallo (qui avait, par ailleurs, rallié les troisième et quatrième de cette présidentielle qui avaient totalisé plus de 23% et qui avaient basculé avec leur électorat dans son camp), avant que l'ancien ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, activement, soutenu par l'Organisation internationale de la francophonie, n'entrent en scène. La suite, on la connaît. Cellou Dalein Diallo a été battu avec, seulement, un peu plus de 42% des voix, au second tour qui fut organisé … trois mois plus tard par une CENI complaisante et aux ordres de la Françafrique. Dalein Diallo a été jugé trop consensuel, voire même, faible et mou par certains de ses partisans, pour qu'il se laisse faire, après ce nouveau hold up que son parti est en train de vivre pendant ces élections locales.

Les "revendications de l'opposition ne visent qu'à créer l'anarchie pour déstabiliser le régime d'Alpha Condé", a, de son côté, renchéri le chef du groupe parlementaire du RPG, Amadou Damaro Camara.
"Ce qu'ils n'ont pas obtenu dans les tribunaux, ils veulent l'obtenir dans la rue", a-t-il ajouté, en accusant l'UFDG d'avoir un "agenda caché" afin "d'arriver au pouvoir" avant les présidentielles prévues en 2020.

Déclenchée pour réclamer des augmentations de salaire, une grève paralysait, par ailleurs, depuis le 12 février, le secteur de l'éducation.

Malgré ces tensions politiques persistantes, le front social a connu une accalmie avec la conclusion dans la nuit de mardi à mercredi d'un accord mettant fin à la grève des enseignants qui avait donné lieu à des manifestations.

"La grève est suspendue", a déclaré le leader des grévistes, le secrétaire général du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), Aboubacar Soumah, se félicitant d'avoir eu gain de cause sur "quatre revendications" essentielles.

Selon le texte de l'accord lu par l'inspecteur général du Travail, Alya Camara, les enseignants obtiennent l'application d'une augmentation des salaires de 40% décidée en 2017. Après une hausse de 10% payée en février, les 30% restants seront effectifs fin mars, avec effet rétroactif au 1er janvier 2018, selon le texte.

En outre, les parties ont décidé d'ouvrir des négociations du 2 au 25 mai "sur un salaire de base de tous les enseignants de huit millions de francs guinéens (717 euros).

Lors de manifestations quasi-quotidiennes, des élèves et leurs parents reprochaient au chef de l'Etat d'avoir laissé le conflit s'enliser. Lui le "professeur".

Face à une telle situation, le Parti de l'espoir pour le développement national (PEDN) de l'ancien premier ministre et ancien président de la Commission de la CEDEAO, Lansana Kouyaté, politiquement, proche de Cellou Dalein Diallo, a préconisé, mardi, l'envoi d'une "force d'interposition" de la CEDEAO.

De nouvelles manifestations et une troisième journée "ville morte" ont eu lieu ce mercredi, 14 mars, à Conakry. Bilan : un mort tué par balles. C'est dire que la Guinée du "professeur" ne va pas très bien.

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