ISRAEL : Benny Gantz (rival de Netanyahu) futur premier ministre ?

Le président israélien, Reuven Rivlin, a chargé ce lundi, 16 mars, le dirigeant centriste, Benny Gantz, rival du premier ministre sortant, Benjamin Netanyahu, de former un nouveau gouvernement, avec l'objectif de sortir le pays d'une longue crise politique et de faire face au nouveau coronavirus. Après avoir échoué à former le gouvernement, l'année dernière, Bibi voit d'un très mauvais œil que cette possibilité soit confiée à l'ancien général de Tsahal (armée israélienne) dont le positionnement n'est pas pour déplaire aux dirigeants africains, friands d'une coopération avec l'Etat hébreu mais ralentie à cause de multiples excès du premier ministre sortant.

A l'issue des élections législatives du 2 mars, les troisièmes en moins d'un an, le Likoud, parti de droite de Benjamin Netanyahu a obtenu le plus grand nombre de sièges : 36 sur les 120 du parlement, contre 33 pour la formation "Bleu-Blanc" de Benny Gantz. Immédiatement, Bibi a revendiqué la victoire après avoir envoyé un tweet, à la Maison Blanche, à son ami, Donald Trump. Mais la démocratie israélienne ayant ses raisons que la raison ignore, au terme de consultations, dimanche, 15 mars, avec les représentants des partis élus au parlement, 61 députés ont recommandé Benny Gantz à M. Rivlin, contre 58 pour Benjamin Netanyahu. Une véritable douche froide pour Bibi !

"C'est pourquoi je vous confie cette opportunité de former un gouvernement", a déclaré M. Rivlin s'adressant à Benny Gantz, ex-chef d'état-major âgé de 60 ans (sur notre photo à gauche en train de saluer le président). Les anciens chefs d'état major de l'armée sont particulièrement respectés en Israël. Parce que les Israéliens savent ce qu'ils leur doivent.

Premier ministre le plus pérenne de l'histoire d'Israël, M. Netanyahu, 70 ans, est, également, le premier chef de gouvernement de l'histoire du pays à être mis en examen en cours de mandat. Il est poursuivi pour corruption, malversation et abus de confiance dans trois affaires et son procès doit s'ouvrir en mai. Une conséquence de son très long règne qui, comme on sait, finit, toujours, dans la douleur !

"Je vais tout faire pour former en un minimum de jours un gouvernement national, patriotique et aussi large que possible", a promis M. Gantz en appelant dans un discours à "l'unité" et en invitant les chefs des différents partis à se joindre à lui.

"Il est temps que les chefs de partis, en particulier, le Likoud, décident s'ils veulent emprunter la voie" de l'unité, a-t-il dit, soulignant qu'il "fallait absolument éviter une quatrième élection".
Benny Gantz a 28 jours pour présenter son gouvernement.

"C'est une courte période, mais, étant donné les circonstances actuelles d'urgence nationale et internationale, c'est trop long", a déclaré le président israélien.

La veille, M. Rivlin a convoqué MM. Netanyahu et Gantz pour discuter de la formation d'un gouvernement d'union "le plus tôt possible", afin de se concentrer sur la lutte contre le nouveau coronavirus.

Cinq nouveaux cas de contamination ont été enregistrés en Israël, portant à 255 le nombre total de personnes touchées. De plus, des dizaines de milliers de personnes sont confinées.

Pour le commentateur politique, Nahum Barnea, "le coronavirus est la clé d'un accord". "Si les prévisions pessimistes sont correctes, la chose intelligente à faire (pour Benjamin Netanyahu) est de prendre acte et de s'asseoir à côté de 'Bleu-Blanc' dans un gouvernement".

En Israël, il est nécessaire d'être soutenu par 61 des 120 membres du parlement pour constituer un cabinet.

A l'issue des élections d'avril et septembre 2019, aucun bloc n'était parvenu à atteindre ce seuil.

M. Gantz a obtenu le soutien de la "Liste unie" des partis de la minorité arabe israélienne (15 sièges), qui l'ont recommandé auprès de M. Rivlin, ainsi que, celui du parti de droite nationaliste laïque Israël Beiteinou d'Avigdor Lieberman.

Malgré cela, il n'est pas certain qu'il parvienne à former un gouvernement du fait des divergences entre ses soutiens. M. Lieberman a par le passé refusé de participer à un gouvernement soutenu par les partis arabes israéliens.

Lundi, Benny Gantz a contacté les dirigeants des trois partis religieux et de droite, alliés de Benjamin Netanyahu. Ceux-ci n'ont pas répondu ou ont refusé de le rencontrer pour le moment, a fait savoir son parti.

A l'issue des deux précédents scrutins, M. Gantz avait refusé de participer à un gouvernement dirigé par M. Netanyahu, en raison de l'inculpation de ce dernier.

Benjamin Netanyahu clame son innocence et se dit victime d'une "chasse aux sorcières". Son procès, qui devait s'ouvrir mardi, a été reporté au 24 mai au vu de la propagation du coronavirus et selon les instructions limitant le travail des tribunaux.

Ces derniers jours, M. Netanyahu avait appelé à la formation d'un gouvernement d'union nationale sous sa direction, en arguant de la nécessité de répondre à la crise du nouveau coronavirus.

Lundi, les 120 membres de la 23e Knesset (parlement) ont commencé a prêter serment, par groupe de trois en raison de l'épidémie, veillant à ce qu'il n'y ait "pas plus de 10 personnes en même temps dans la salle plénière", conformément, aux directives du ministère de la Santé.

Dans une scène à l'allure apocalyptique d'un hémicycle quasi-vide où seuls étaient présents quelques membres du personnel de la Knesset dont son président, Reuven Rivlin a rappelé l'urgence de constituer une coalition.

"Je n'ai qu'une demande à vous faire, donnez à ce peuple un gouvernement", a imploré le président israélien s'adressant aux deux rivaux politiques qui ont prêté serment dans la foulée.

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