KENYA : Se dirige-t-on vers l'arrestation de l'opposant Raila Odinga ?

La stratégie de l'opposant, Raila Odinga, est, difficilement, lisible. Alors qu'il avait réussi le coup du siècle en faisant invalider l'élection, dès le premier tour, de son adversaire, Uhuru Kenyatta, par la Cour suprême, il avait, par la suite, contre toute attente, décidé de ne pas se présenter au deuxième tour du scrutin, entraînant, automatiquement, la réélection du président sortant avec un score à la soviétique. Ce dernier a, déjà, prêté serment selon la loi, devant les juges de la Cour suprême. Mais, alors qu'on pensait que la vie politique allait retrouver sa normalité, Raila Odinga se réveille, aujourd'hui, pour annoncer sa propre investiture, comme président du Kenya, mardi, 12 décembre. Il s'agit d'un trouble à l'ordre public que les autorités menacent de ne pas laisser passer. Le Kenya est loin d'être sorti de la zone de turbulences.

Le procureur général du Kenya a averti, jeudi, 8 décembre, l'opposition que l'investiture comme président de son leader, Raila Odinga (notre photo), qu'elle compte organiser, mardi, 12 décembre, pourrait constituer un crime de "haute trahison".

"La loi pénale de la République du Kenya (...) stipule que ce processus est de la haute trahison", a déclaré Githu Muigai, lors d'une conférence de presse, à Nairobi. "C'est de la haute trahison de la part de la personne impliquée et de toute autre personne qui facilite ce processus".

Après avoir obtenu l'invalidation en justice de la réélection du président sortant, Uhuru Kenyatta, à l'élection du 8 août, l'opposant, Raila Odinga, a boycotté la nouvelle élection, organisée le 26 octobre. Il continue de contester la légalité et la légitimité de la victoire de son rival à l'élection d'octobre, validée, cette fois, par la Cour suprême.

Cette saga électorale, émaillée de violences ayant fait, au moins, 58 morts depuis le 8 août, a pris fin le 28 novembre avec l'investiture de M. Kenyatta. Mais, elle a, profondément, polarisé le pays, lui rappelant ses profondes divisions ethniques, géographiques et sociales.

Le jour de la cérémonie d'investiture de M. Kenyatta, Raila Odinga avait promis à ses partisans qu'il serait, lui-même, investi président, le 12 décembre, par "l'Assemblée du peuple", une initiative aux contours assez flous lancée par l'opposition dans le cadre d'une campagne de "résistance".

La peine maximale encourue pour trahison est la peine de mort, a souligné M. Muigai. Mais, si cette dernière est, toujours, prévue par le code pénal kényan, aucun condamné n'a été exécuté depuis 1987.

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