LEGISLATIVES AU SENEGAL : Issue incertaine pour Macky Sall et la majorité benno bokk yakaar

Dimanche, 30 juillet, le chef de l'Etat, Macky Sall, n'aura pas, en face de lui, un adversaire de taille, mais, deux : son prédécesseur, Abdoulaye Wade et le maire de Dakar, Khalifa Sall, actuellement, en détention préventive.

Emaillée de violences, la campagne électorale, qui a fait de nombreux blessés, à travers le pays réputé pour sa tradition démocratique, s'achève ce vendredi soir.

Plus de 6,2 millions d'électeurs sont appelés aux urnes, dimanche, 30 juillet, de 08H00 à 18H00 GMT, pour départager un nombre record de listes - 47 listes, contre, 24 en 2012. Les premiers résultats de ce scrutin à un tour sont attendus dans la nuit de dimanche à lundi.

Un enjeu de cette dernière consultation avant la présidentielle de 2019 sera de mesurer les forces du camp du chef de l'Etat Macky Sall, élu en 2012 face à Abdoulaye Wade (2001-2012) : après l'avoir battu à la présidentielle de 2012, contre toute attente, l'élève va à nouveau se mesurer au professeur. A 91 ans, ce dernier se dit prêt à livrer ce combat qui risque de ne pas être le dernier, contre son ancien disciple de plus de 30 ans son cadet.

L'opposition affirme viser la majorité pour lui imposer "une cohabitation".

Le nombre de sièges dans la nouvelle Assemblée nationale passera de 150 à 165, en vertu d'une révision constitutionnelle adoptée en mars 2016 et créant 15 députés pour représenter la diaspora.
Sur 165 sièges, 105, dont les 15 de la diaspora, seront pourvus au scrutin majoritaire et 60 au scrutin proportionnel.

Les derniers jours de campagne ont été marqués par une controverse sur la délivrance des cartes d'identité biométriques permettant aux citoyens de voter, dont plusieurs centaines de milliers ne pourront être fournies à temps.

Le premier ministre, Mohammed Boun Abdallah Dionne, tête de liste de la majorité, a fait état d'une estimation de près de 80 % de nouvelles cartes retirées, soit, plus d'un million encore non remises aux électeurs.
Saisi par M. Sall, le Conseil constitutionnel a autorisé, in extremis, le vote avec l'ancienne carte d'électeur numérique, le récépissé de dépôt de carte, le passeport, le permis de conduire, voire, un document d'immatriculation pour les non-détenteurs des autres titres.

L'opposition a dit craindre que l'autorisation d'autres documents que la carte d'identité biométrique ne favorise la fraude en faveur du pouvoir.

M. Wade, chef du Parti démocratique sénégalais (PDS), accuse les autorités de délivrer les cartes de manière sélective afin d'éviter une victoire de l'opposition. Il avait appelé à une marche mardi à Dakar pour les réclamer.

Le rassemblement, dans le centre de la capitale, a été dispersé par les forces de l'ordre, le gouvernement estimant qu'il se tenait dans un secteur interdit "aux manifestations à caractère politique". Une trentaine de partisans de l'ex-président ont été arrêtés, selon son entourage.

De retour le 10 juillet, après plus de deux ans d'absence, il a affirmé s'être lancé dans la bataille électorale pour chasser du pouvoir Macky Sall, qui, selon lui, a "détruit le Sénégal".

"Quand certains cherchent une majorité pour pouvoir amnistier leurs enfants et leurs proches (...) nous voulons continuer à accroître et démocratiser davantage les infrastructures sur tout le territoire", a répliqué, la semaine dernière, le premier ministre, insistant sur la construction de routes.

Selon des analystes, une victoire de l'opposition permettrait à Abdoulaye Wade (sur notre photo avec ses deux « fils », Macky Sall et Karim Wade) d'obtenir une amnistie pour son fils et ancien ministre Karim Wade, condamné en 2015 à six ans de prison pour "enrichissement illicite", afin de lever toute hypothèque sur son éligibilité.

Gracié en juin 2016 par le président Sall, Karim Wade réside depuis à l'étranger, précisément, à Doha, au Qatar.

Une autre liste de l'opposition est menée par le maire de Dakar, M. Sall, en détention depuis mars pour détournement de fonds présumés, des accusations qu'il rejette.

"En cinq ans, notre pays a été abîmé et abaissé. Il faut le relever", a écrit Khalifa Sall, considéré comme probable prétendant à la prochaine élection présidentielle, dans une lettre publiée il y a deux semaines.

En raison du nombre inédit de listes, l'Assemblée nationale a modifié la réglementation imposant de prendre la totalité des bulletins de vote. Avant de se rendre dans l'isoloir, chaque électeur devra prendre au minimum cinq bulletins.

Autre innovation, le gouvernement a annoncé le paiement anticipé, dès mercredi, des traitements des fonctionnaires et des retraites, un geste destiné, selon la presse, à s'attirer les faveurs de l'électorat.

Avec AFP

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