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LEGISLATIVES EN ISRAEL : Netanyahu est-il un mort-vivant politique en survie ?

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, entame, tambour battant, malgré la menace d'une inculpation pour corruption, la dernière ligne droite avant des législatives qui décideront le 9 avril de son avenir politique.

Agé de 69 ans dont près de 13 années au pouvoir, Benyamin Netanyahu est engagé dans une bataille incertaine contre une alliance centriste conduite par un nouveau venu, l'ex-chef d'état-major Benny Gantz, et l'ancien ministre, Yaïr Lapid.

Le pacte conclu en février par MM. Gantz et Lapid a changé la dynamique d'une compétition dont M. Netanyahu était, auparavant, donné gagnant. La victoire lui ouvrirait la voie d'un cinquième mandat et d'un record de longévité à la tête du gouvernement dans l'histoire de l'Etat d'Israël.

A un mois du vote, le Likoud, le parti de droite de M. Netanyahu, pointe dorénavant deuxième dans les sondages, derrière la liste Gantz-Lapid, appelée Bleu-Blanc d'après les couleurs nationales. En annonçant, le 28 février, son intention d'inculper M. Netanyahu pour corruption, le procureur général a injecté, encore davantage, d'incertitude sur les intentions des électeurs.

Histoire de compliquer les pronostics, les sondages donnent Bleu-Blanc en tête, mais, les projections en sièges des autres listes indiquent que les centristes auraient plus de mal que M. Netanyahu à former une majorité de gouvernement.

Le scrutin a toutes les allures d'un référendum pour ou contre M. Netanyahu, figure dominante jusqu'à en paraître imbattable.

Certain de les rassurer avec ses lettres de créance militaire, son adversaire, M. Gantz, proclame, aussi, vouloir réconcilier ses concitoyens divisés par les manières et l'autoritarisme, selon lui, de M. Netanyahu.

Dans une campagne où les méchancetés ne laissent guère de place au débat de fond, M. Netanyahu dénigre ses concurrents centristes comme une bande de "gauchistes" et de "faibles", malgré la présence de trois anciens chefs d'état-major aux quatre premières places de la liste Bleu-Blanc et les différences pas toujours perceptibles avec le programme du Likoud.

Sa destinée politique en jeu, M. Netanyahu n'a pas seulement déclenché un tir de barrage contre ses compétiteurs, les médias et les enquêteurs quand le procureur général a dit son projet de l'inculper.

Réputé pour son farouche instinct de survie, il a, aussi, donné un sérieux coup de barre à droite. Il s'est attiré la réprobation en Israël et à l'étranger en poussant deux partis nationalistes religieux à accepter sur leur liste des candidats d'un parti d'extrême droite largement considéré comme raciste. Objectif : garantir à la droite le plus de sièges possibles pour former une coalition.

Il a appelé à la rescousse le président américain, Donald Trump, tweetant une vidéo où celui qu'il appelle son "ami" tresse les louanges du premier ministre israélien (notre photo).

La campagne a mis en lumière la droitisation de l'opinion israélienne, dans laquelle "de gauche" ou "gauchiste" (le mot est le même en hébreu) est souvent synonyme de concessions faites aux Palestiniens.

Le programme de Bleu-Blanc évoque une "séparation" d'avec les Palestiniens, sans parler d'Etat palestinien. M. Netanyahu se garde d'aborder le sujet, sinon, pour fortifier le crédit sécuritaire qui contribue tant à sa popularité.

Il s'est prononcé, ces dernières années, pour une formule de "state minus" ("Etat moins" en anglais), un Etat palestinien qui n'en aurait pas toutes les prérogatives et dans lequel Israël resterait en charge de la sécurité.

La sécurité demeure une préoccupation primordiale dans un pays qui a livré huit guerres, dont certaines pour sa survie, depuis sa création en 1948, selon un décompte officiel ne prenant pas en compte une multitude d'opérations militaires toujours d'actualité.

Mais, les Israéliens se déterminent, aussi, beaucoup sur la personnalité de leurs leaders et leurs affinités avec eux.

L'opinion qu'ont les électeurs de Centre-Droit sur la campagne agressive menée par M. Netanyahu et sur ses ennuis judiciaires, pourrait faire la différence le 9 avril, dit, cependant, Gideon Rahat, professeur de science politique. "S'il perd la droite modérée, alors sa stratégie aura échoué".

Avec AFP.

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