LUTTE ANTI-TERRORISTE : Le premier ministre français en royaume françafricain tchadien

Le premier ministre français, Bernard Cazeneuve, est arrivé, ce jeudi, 29 décembre, à N'Djamena, pour une visite aux forces françaises déployées au Sahel et un message de soutien au président tchadien, Idriss Déby Itno, précieux allié antidjihadiste dont le pays est plongé dans une sérieuse crise économique due, en partie, à sa gestion calamiteuse des fonds publics. Question : avant d'apporter un soutien aveugle au président tchadien, le premier ministre français s'est-il demandé pourquoi le Tchad est un pays, aujourd'hui, en quasi-faillite ? Bien sûr qu'il le sait, trop bien, puisque c'est lui, Bernard Cazeneuve, le chef du gouvernement, qui gère le F CFA, la monnaie tchadienne et françafricaine, dont, paradoxalement, Déby Itno ne veut plus. En Françafrique, on n'est plus à une contradiction près.

Le chef du gouvernement français, qui, donc, effectue son premier déplacement à l'étranger depuis sa nomination, le 6 décembre, a opté pour une région au coeur des enjeux sécuritaires de la France et de l'Europe, avec ses multiples foyers djihadistes.

"Cela lui tenait à coeur de rencontrer des soldats français qui luttent contre le terrorisme à des milliers de kilomètres de chez eux", ont indiqué les services du premier ministre, déjà, très impliqué dans le contre-terrorisme lors de ses précédentes fonctions au ministère de l'Intérieur. Ca, c'est exact.

La force française, Barkhane, dont il doit visiter le QG à N'Djamena (capitale choisie arbitrairement pour l'abriter), mobilise près de 4.000 hommes dans cinq pays du Sahel (Mali, Tchad, Niger, Burkina Faso et Mauritanie).

Elle a pris la suite de l'Opération Serval, qui a mis en déroute, en 2013, les islamistes armés, qui avaient conquis une grande partie du Nord du Mali, en refusant d'anéantir, totalement, la menace. Pour des raisons qu'on ignore. Conséquence de ce refus d'anéantir la menace djihadiste au Nord-Mali alors que les forces françaises en avaient la capacité : les forces maliennes, françaises et de l'ONU (Minusma) restent, régulièrement, visées par des attaques meurtrières dans le Nord. Depuis 2015, ces attaques se sont, en outre, étendues à d'autres régions du pays, avec comme résultat fatal pour la gouvernance d'IBK (Ibrahim Boubacar Keita), pourtant, grand ami de François Hollande, la perte progressive de la souveraineté du Mali. Disons les choses : IBK est, aujourd'hui, un président sous tutelle. Alors qu'il est un homme politique, plutôt, compétent, il est en train de réaliser un pire mandat et ses adversaires n'attendent que la présidentielle de 2018, pour le chasser de Koulouba. Son ami de l'Elysée, lui, aura, déjà, pris sa retraite depuis belle lurette. Pas candidat à sa propre succession. Et pour cause...

Bernard Cazeneuve, accompagné du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, l'inamovible, l'increvable, a, aussi, rencontré le dictateur du coin : Idriss Déby Itno himself (notre photo). L'homme qui sait jouer de son utilité dans la guerre menée contre le djihadisme en Afrique, pour bien truquer les élections dont la présidentielle d'avril dernier, où il est passé en force, dès le premier tour, Paris restant de marbre, comme l'étaient hier et avant-hier les précédents pouvoirs de droite, juste parce qu'il s'agirait, paraît-il, du dernier rempart du djihadisme en Afrique noire. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que Déby est le chouchou de l'état major militaire français. Que leur donne-t-il pour qu'il soit, aussi bien, soutenu ? Lui seul le sait. Cela dit, ce ne sera pas facile de le déboulonner de l'estime des militaires français, même s'il continue de marcher sur les cadavres de la démocratie et des droits de l'homme, comme actuellement. Sur ce plan, il a pris le dessus depuis longtemps, empêchant même le parti socialiste français de pleurer son camarade tchadien, Ibni Oumar Mahamat Saleh, assassiné par Déby avec disparition du corps à l'appui, pour ne pas permettre à la famille de faire le deuil. Voilà un bon ami de la France.

Militaire formé en France, françafricain par excellence, président en exercice de l'Union africaine jusqu'à fin janvier 2017, Idriss Déby maintient une dictature féroce au Tchad parce qu'il se sait soutenu par Paris et Washington, qui ont besoin de son armée dans la région.

A cause de leurs opinions publiques, les dirigeants français et américains n'envoient leurs militaires au front que si c'est, totalement, justifié. Quand ça l'est moins, ils peuvent compter sur des dirigeants comme Déby dont l'armée est prête 24h/24 à assurer toutes sortes de missions à lui confiées.

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