MADAGASCAR : Vers un coup d'état militaire ?

Le ministre malgache de la Défense, Béni Xavier Rasolofonirina (notre photo), a tapé du poing sur la table, jeudi, 31 mai, en menaçant de faire intervenir les forces de défense et de sécurité si le gouvernement et l'opposition ne trouvent pas, rapidement, une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis plus d'un mois. En langage non policé, il s'agit de la prise du pouvoir par la force. Autrement dit, les militaires viendraient mettre de l'ordre dans les affaires de l'Etat que les politiques auraient mis sens dessus dessous. L'avertissement du ministre de la Défense est à prendre d'autant plus au sérieux que ce n'est pas la première fois que l'armée prend le pouvoir pour départager les civils en conflit.

"Nous incitons tous les responsables de cette crise qui veulent bloquer la vie de la nation à trouver une issue", a, donc, prévenu le ministre, Béni Xavier Rasolofonirina, dans un communiqué.

"Cela devrait être fait dans les délais imposés par la Haute Cour constitutionnelle", a-t-il ajouté, "faute de quoi les forces de l'ordre interviendront comme dernier rempart de la nation (...) afin de ne pas laisser le pays dans une situation catastrophique".

Le 25 mai, la Haute Cour constitutionnelle a ordonné au président, Hery Rajaonarimampianina, de "nommer un premier ministre de consensus" et un gouvernement d'union nationale.

Une solution destinée à mettre fin aux manifestations quotidiennes de l'opposition, qui réclame, depuis plus d'un mois, la démission du chef de l'Etat, élu en 2013.

Mais, loin d'apaiser les esprits, l'injonction de la Haute Cour constitutionnelle a suscité la polémique : son calendrier n'est pas clair et, surtout, le régime et ses adversaires revendiquent tous les deux la majorité à l'Assemblée nationale où de nombreux élus ont changé de camp depuis leur élection.

A ce jour, les négociations entre les deux camps sont, toujours, au point mort.

"Si par malheur vous vous chamaillez sur les dispositions de la Haute Cour constitutionnelle, cela constituera un grave danger pour la nation. Ce sont les ennemis de la nation qui en profiteront", a insisté Béni Xavier Rasolofonirina, ancien chef d'état-major de l'armée.

Le principal parti d'opposition, le Mapar de l'ancien président, Andry Rajoelina, a dénoncé ces menaces.

"L'armée n'a pas à appliquer la situation d'exception indiquée dans la Constitution tant qu'aucun ennemi ne vient nous attaquer de l'extérieur", a réagi le porte-parole du Mapar, Augustin Andriamananoro.

Les militaires sont, déjà, intervenus dans la vie politique récente très mouvementée de Madagascar.

En 2009, le président, Marc Ravalomanana, avait quitté le pouvoir après une mutinerie de l'armée qui avait permis à Andry Rajoelina, alors, maire de la capitale, de devenir président non élu d'une transition qui avait duré jusqu'aux élections de 2013.

Cette année, c'est l'adoption de lois électorales controversées en amont des élections présidentielle et législatives prévues cette année qui a déclenché la crise.

Chaque jour depuis la fin avril, des centaines de partisans de l'opposition occupent la place emblématique du 13-Mai à Antananarivo pour exiger la démission du président. Deux manifestants ont été tués au début de la fronde, mais depuis, leurs rassemblements sont pacifiques.

La déclaration du ministre de la Défense intervient au premier jour d'une rencontre organisée entre les deux camps sous l'égide du Conseil national de réconciliation malgache.

Le parti présidentiel HVM et l'opposition étaient représentés, mais, le chef de l'Etat et les dirigeants de l'opposition ont boudé la réunion, qui doit, toutefois, se poursuivre vendredi.

"On n'est pas ici pour nommer un premier ministre, cela ne relève pas de notre compétence. On est là pour constituer une plateforme pour les discussions demandées dans la décision de la Haute Cour constitutionnelle", a expliqué le président du Conseil national de réconciliation, Maka Alphonse.

Dans sa décision rendue il y a une semaine, la Haute Cour constitutionnelle a, également, accéléré le calendrier électoral en exigeant la tenue de la présidentielle et des législatives pendant la "saison sèche", soit, avant fin septembre.

Le chef de l'Etat actuel n'a pas, encore, annoncé s'il allait briguer un second mandat.

En revanche, les deux principaux chefs de l'opposition, Marc Ravalomanana, président de 2002 à 2009, et Andry Rajoelina, au pouvoir de 2009 à 2014, ont, déjà, laissé entendre qu'ils étaient prêts à se lancer dans la bataille. Ces deux anciens ennemis font, aujourd'hui, cause commune contre le régime en place.

Avec AFP

Ajouter un commentaire

Les plus populaires