MALI : La CEDEAO acte la survenue d'un coup d'état militaire (sans le savoir ?)

Lors d'un sommet virtuel de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), les chefs d'Etat des pays d'Afrique de l'Ouest ont exigé, lundi, 27 juillet, la "mise en place rapide d'un gouvernement d'union nationale avec la participation de l'opposition". Une recommandation rapidement mise en oeuvre par le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), qui a, immédiatement, constitué, une équipe ministérielle restreinte composée de ministres de souveraineté (Défense, Affaires étrangères, Intérieur, Finances, Justice), dans l'esprit des recommandations de la CEDEAO, en attendant son élargissement aux contestataires. C'est une fuite en avant car ce fameux gouvernement d'union nationale (à venir), n'est pas le remède qui pourra guérir le mal malien. Il en faudra beaucoup (beaucoup) plus.

Actuellement en poste, le premier ministre, Boubou Cissé, est, nommément, désigné par les chefs d'Etat de la CEDEAO pour conduire les négociations menant à la formation de ce gouvernement d'union. Autrement dit, il reste à son poste de premier ministre. Son maintien veut dire que la CEDEAO a fermé la porte à double tour aux revendications en refusant, et le changement du président de la République, et même celui du premier ministre, qui aurait peut-être aidé à assouplir la position des radicaux de l'opposition. La CEDEAO cherche-t-elle à radicaliser le Mouvement du 5 Juin qu'elle ne s'y prendrait pas autrement.

Les chefs d'Etat de la CEDEAO ont, également, demandé la démission de 31 députés élus de façon controversée tandis que le Conseil constitutionnel va être modifié en profondeur au niveau de sa composition.

Ces mesures jugées cosmétiques par le Mouvement du 5 Juin, ne vont pas permettre d'apporter l'accalmie et stopper les manifestations à travers le pays, qui vont se poursuivre.

En fait, les chefs d'Etat de la CEDEAO avaient pour principale préoccupation de sauver la tête de leur homologue, IBK, en gagnant du temps, et éviter qu'une éventuelle décision allant dans le sens du Mouvement du 5 Juin, portant un coup sévère à la stabilité du pouvoir d'IBK, ne soit un fâcheux précédent dans la sous-région où on n'est pas sûr que la contestation actuelle se limite au seul Mali alors que la Côte d'Ivoire et la Guinée, restent dans une situation politique, potentiellement, explosive.

Autrement dit, il ne fallait rien attendre d'autre de la CEDEAO que ce qu'elle a proposé.

En réalité, elle a fait semblant de régler le problème en refusant de trancher dans le vif. La situation ne tardera pas à se gripper avec comme conséquence la poursuite des manifestations et le refus d'IBK de quitter son pouvoir comme le lui demande le Mouvement du 5 Juin. Devant le blocage prévisible de la situation, tôt ou tard, l'armée prendra ses responsabilités. On y va tout droit. Ce n'est plus qu'une question de mois, voire, de semaines. Le temps où IBK et l'imam Dicko priaient Allah le Très Miséricordieux côte à côte est désormais révolu (notre photo entre les deux hommes prise en 2017).

Désormais, l'un risque de (veut) prendre la place de l'autre. Si les choses se passaient ainsi, ce ne serait qu'un remake, Amadou Toumani Touré ayant subi, exactement, le même sort sans que cela ne serve de leçon.

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