MAURITANIE : Libération des anti-esclavagistes Biram Ould Dah et Brahim Ould Bilal

La parole est donnée à la Cour suprême. Comme si elle savait dire le droit, sans contrainte, elle a ordonné, ce mardi, 17 mai, la remise en liberté immédiate de militants anti-esclavagistes condamnés à deux ans de prison ferme, en janvier 2015, après une requalification des faits en délit passible d'un an d'emprisonnement maximum. Un miracle qui ne peut se produire que si le veut le très haut Mohamed Ould Abdel Aziz : "La Cour a ordonné la libération de Biram Ould Dah Ould Abeid et Brahim Ould Bilal", relève leur avocat, Brahim Ould Ebetty. Officiellement, l'esclavage a été aboli, en 1981, en Mauritanie, mais, en réalité, cette pratique perdure, avec la complicité du chef de l'Etat, lui-même, qui entretiendrait un véritable harem d'esclaves, dans ses différents palais. Du coup, qui cherche-t-on à tromper ? C'est parce que Biram et Brahim ont dénoncé ce mensonge d'Etat que Ould Abdel Aziz (notre photo montrant sa visite, à Néma, le 3 mai 2016, de la Cour criminelle spécialiste dans la lutte contre l'esclavage) a ordonné leur incarcération. Il décide de les sortir aujourd'hui parce qu'il en avait en travers de la gorge. Là où il allait, à l'intérieur comme à l'extérieur de la Mauritanie, on n'arrêtait pas de lui demander ce qu'il en est de ce problème d'esclavage en Mauritanie. Etant, lui-même, un très distingué esclavagiste, bien que suscitant des lois qui font semblant de lutter contre ce phénomène, le général-président ne pouvait qu'être embêté. Finalement, il a préféré libérer les deux Négro-Mauritaniens. Ces derniers vont relancer leur mouvement.

"La Cour suprême a estimé que le tribunal de Rosso (Sud) et la Cour d'appel d'Aleg (Centre) ont fait une mauvaise qualification des faits qui sont reprochés aux deux hommes", indique-t-on, en référence aux juridictions qui les ont condamnés, respectivement, en janvier 2015 et en août 2015.

"Les peines qu'ils auraient dû encourir ne devaient pas dépasser un an, or, cette période étant dépassée, les deux hommes doivent être immédiatement libérés", selon l'arrêt de la Cour suprême, qui a renvoyé le dossier devant une "Cour d'appel autrement constituée", a ajouté leur avocat.

Cette dernière devra sans "doute se réunir pour annuler les précédentes décisions ou agir dans la limite de la nouvelle qualification décidée par la haute juridiction", sans indication dans l'immédiat sur la date de ce nouveau procès.

Les démarches ont été entreprises pour la remise en liberté des deux hommes dont les sympathisants ont manifesté, mardi, devant le Palais de justice pour réclamer leur libération.

Biram Ould Dah Ould Abeid, président de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), une ONG anti-esclavagiste, et son adjoint Brahim Ould Bilal, ont été condamnés avec Djiby Sow, président d'une ONG qui lutte pour les droits culturels, à la suite de leur arrestation, en novembre 2014, à Rosso.

Djiby Sow a bénéficié, en juin 2015, d'une mesure de liberté provisoire pour raisons de santé.

Selon Me Ould Ebetty, "l'arrêt n'a pas parlé du troisième homme, Djiby Sow, mais, celui-ci bénéficie automatiquement de cette décision qui annule la procédure qui a servi à la condamnation du groupe".

Malgré l'abolition officielle de l'esclavage dans ce pays de 3,8 millions d'habitants d'origine arabo-berbère - les Maures - et d'Afrique subsaharienne - les Négro-Africains, le phénomène persiste, notamment, sous la forme de cession gratuite par les descendants d'esclaves d'une partie de leur récolte à leurs maîtres traditionnels.

En août 2015, la Mauritanie a adopté une nouvelle loi faisant de l'esclavage un "crime contre l'humanité", réprimé par des peines allant jusqu'à 20 ans de prison ferme, contre cinq à dix ans auparavant. Mais, aucun Maure n'est en prison à cause de ce "crime contre l'humanité".

Le pays s'est, également, doté, en décembre, de trois tribunaux spécialisés dans les affaires d'esclavage et a décrété, le 6 mars, "Journée nationale de lutte contre les pratiques esclavagistes".

Mais, toutes ces mesures sont considérées comme cosmétiques. Le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, en personne, donne le mauvais exemple, en étant, lui-même, un esclavagiste hors pair.

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