NECROLOGIE : Mort de Jean Daniel, le fondateur du Nouvel Observateur, un journaliste juste et vrai

La mort de Jean Daniel a été annoncée par son propre journal. Fondateur du Nouvel Observateur, devenu L’Obs, Jean Daniel, est mort à l'âge de 99 ans. Directeur de la publication jusqu’en 2008, plume brillante et redoutée, il était toujours éditorialiste pour l'hebdomadaire. Il pouvait avoir des amitiés surprenantes pour certains bien-pensants mais il n'en avait cure. Il est resté Jean Daniel, c'est-à-dire, libre et indépendant d'esprit. Malgré les critiques.

"L'Obs a l’immense tristesse d’apprendre la mort de son fondateur et éditorialiste Jean Daniel. Il est décédé, mercredi, soir, à l’âge de 99 ans, après une longue vie de passion, d’engagement et de création", a annoncé son site d'information. 

Jean Daniel, que l'historien, Pierre Nora, a qualifié de "dernière figure du journalisme inspiré", a rencontré tous les grands de ce monde. Il a été l'ami de Pierre Mendès-France, Michel Foucault, François Mitterrand, avec lequel il eut, comme tant d'autres, des relations compliquées, ou Albert Camus, en dépit de leur désaccord sur le dossier algérien. Il était, aussi surprenant que cela puisse l'être, un ami proche du roi Hassan II. Au point où, il se permettait de lui transmettre certains messages que même les voies officielles avaient du mal à envoyer au roi. Jean Daniel fut, d'ailleurs, le dernier journaliste à interviewer le roi Hassan II deux semaines avant sa mort en 1999. C'est le moins qu'on puisse dire qu'il était un véritable admirateur du roi du Maroc (sur notre photo Jean Daniel est à la droite de François Mitterrand et à la droite de la droite de Hassan II).

En 1963, Jean Daniel avait acquis une célébrité internationale en réalisant une interview de John F. Kennedy. Le président américain l'avait chargé d'un message pour le leader cubain, Fidel Castro, rappelle l'Obs. Et c'est en compagnie de ce dernier qu'il avait appris la mort de Kennedy quelques semaines plus tard, le 22 novembre 1963.

Né le 21 juillet 1920, à Bilda, en Algérie, Jean Daniel Bensaïd étudie la philosophie à la Sorbonne. Il travaille au cabinet de Félix Gouin, président du gouvernement provisoire. Se situant, déjà, dans le courant de la gauche non communiste, il fonde, en 1947, la revue culturelle, Caliban, "avec le soutien d’Albert Camus qui l’honorera de son amitié", écrit L'Obs.

Au milieu des années 50, Jean-Jacques Servan-Schreiber l'engage à L'Express où il couvre les "événements" d'Algérie. Il y reste huit ans, en devient le rédacteur en chef. Menacé de mort, inculpé pour atteinte à la sûreté de l'Etat, il défend l'indépendance algérienne.

Après un bref passage au journal Le Monde, Jean Daniel avait co-fondé avec Claude Perdriel, Le Nouvel Observateur, en 1964. "Jamais, nous n'avions pensé que nous réussirions. La formule choisie était assez culturelle, assez intellectuelle pour ne pas dépasser les 40-60.000 exemplaires dans le meilleur des cas", confiait-il en 2004. En 1974, il tire, déjà, à 400.000 exemplaires !

Le tandem qui dirige le titre fait merveille : à Claude Perdriel, la gestion, à Jean Daniel, la rédaction. "Nous avons réussi, confiait ce dernier, à un moment, à réunir autour de nous les plus brillants journalistes d'Europe".

Participant à tous les grands débats de l'époque, le magazine défend l'anticolonialisme, publie en une le manifeste des "343 salopes" pour l'avortement, soutient Mendès-France, Rocard, puis, Mitterrand, polémique avec le Parti communiste. Sur le Proche-Orient, malgré son "attachement indéfectible à Israël", Jean Daniel qui, selon lui, refusa trois fois un poste d'ambassadeur proposé par le président Mitterrand, considérait que "les Palestiniens avaient droit à un Etat".

Homme de média, Jean Daniel était, également,  écrivain et essayiste. Auteur d'un premier roman, L'erreur, paru en 1952 et salué par Albert Camus, il est l’auteur de nombreux essais comme Avec Camus : Comment résister à l’air du temps, en 2006 ; Comment peut-on être Français ?, en 2008 ; Mitterrand l’insaisissable, en 2016, ainsi que, de récits autobiographiques comme La Blessure, en 1992, et  Les Miens, en 2009, énumère L'Obs.

La rédaction du groupe Afrique Education (magazine papier et site quotidien) s'incline devant la mémoire de ce grand journaliste qui nous quitte et transmet ses sincères condoléances à l'Obs et à la famille biologique de Jean Daniel. Jean Daniel fut un modèle tel qu'il n'en existe pratiquement plus de nos jours dans le secteur des médias en France. Que la terre lui soit légère !

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