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NIGER : Mahamadou Issoufou vers un deuxième tour contraint forcé

Après avoir dit et redit qu'il gagnerait par « KO au premier tour » (comme Alpha Condé en Guinée et on sait comment il y est parvenu) car il n'y a personne en face, le candidat président sortant, Mahamadou Issoufou, essaie de réaliser, ce qu'il a promis à ses électeurs. Par tous les moyens. Mais ça coince. Pour ne lui laisser aucune marge de manoeuvre, l'opposition a vite tiré la sonnette d'alarme en disant ne pas reconnaître les résultats si le camp du pouvoir continuait ainsi.

Mahamadou Issoufou (imitant Alpha Condé) s'est-il trop vite avancé  pour contenter ses militants ? Sans doute, oui, reconnaît-on, déjà, à demis-mots dans son camp, les résultats s'annonçant serrés et sa victoire au premier tout étant impossible, sauf à massivement tricher au risque d'entraîner le Niger dans un autre cycle de coups d'état. Car personne n'accepterait une telle forfaiture.

D'ores et déjà, l'opposition a annoncé les résultats "fantaisistes", qui parviennent au compte-goutte à la CENI (Commission électorale nationale indépendante), à Niamey, où seules 72 des 308 communes ont été comptabilisées, pour seulement un million d'électeurs sur les 7,5 millions inscrits, soit moins de 15% du corps électoral.

C'est trop peu pour dégager, officiellement, des tendances fiables alors que certaines régions comptabilisées sont des fiefs des uns ou des autres, souligne un observateur. Mais, certains états majors politiques disposent, déjà, de tendances lourdes.

Sur la partie comptabilisée, on peut noter que le président Issoufou (notre photo le montrant en campagne avec les moyens de l'Etat) est en tête devant ses trois principaux opposants, les deux anciens premiers ministres, Hama Amadou, et, Seïni Oumarou, et Mahamane Ousmane, premier président, démocratiquement, élu (1993-1996). Sans plus. Les écarts ne sont pas extraordinaires.

Quinze candidats sont en lice pour présider ce pays de 18 millions d'habitants parmi les plus pauvres de la planète et vivant sous la menace des groupes djihadistes sahéliens et des islamistes nigérians de Boko Haram. Le scrutin était couplé à des législatives.

Selon les autorités, les résultats globaux devaient être annoncés dans les cinq jours après la clôture du scrutin, qui s'est déroulé dimanche et lundi, le pouvoir n'ayant pas donné les moyens suffisants à la CENI pour faire face aux besoins de l'élection. Depuis, l'instance électorale essaie de rafistoler, essuyant des critiques des électeurs et de l'opposition d'une organisation chaotique du scrutin. En réalité, on devrait, plutôt, surtout, critiquer Mahamadou Issoufou.

La population nigérienne commence à s'impatienter devant la lenteur de la comptabilisation des chiffres. Ce qui sent la manipulation des chiffres, crie-t-on dans l'opposition.

"C'est trop long. En 25 ans de démocratie, on pouvait voir les résultat le premier jour. Aujourd'hui, on n'a pas le résultat. Il faut que l'Etat respecte le peuple nigérien. Il y a des fraudes partout. C'est pour +gâter+ l'élection", proteste Issa Daouda, chauffeur de taxi.

Mardi, la coalition de l'opposition COPA 2016 avait annoncé qu'elle ne reconnaîtrait pas le scrutin parlant de résultats "fantaisistes", "surprenants" ou "fabriqués", et accusant le pouvoir d'avoir mis, en place, des "bureaux fictifs". Elle appelait ses partisans à se "mobiliser" et "résister".

La campagne qui s'est déroulée dans une atmosphère tendue, a été marquée par des échauffourées entre partisans du président et opposants, qui contestent, notamment, la régularité du fichier électoral. Elle a été précédée de l'arrestation de personnalités et de l'annonce d'un putsch raté par le pouvoir. On ne tardera pas à voir, dans les heures et jour qui viennent, que le Niger n'est pas la Guinée. Et que Issoufou n'est pas Condé.

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