NIGERIA : L'armée demande la fermeture des bureaux d'Amnesty International

On est, ici, au sommet de l'incurie et de l'incompétence. L'armée du Nigeria (ou ce qui en tient lieu) était connue pour son absence de professionnalisme, son inefficacité sur le terrain, son haut niveau de la corruption qui la mine de l'intérieur, ses échecs répétés depuis une décennie dans la lutte contre la secte Boko Haram, échecs qui affectent l'efficacité des très performantes armées du Tchad et du Cameroun alignées, elles aussi, dans le combat contre Boko Haram, l'armée du Nigeria (ou ce qui en tient lieu), c'est aussi l'achat des grades (comme on achète les oranges au marché central de Lagos), cette armée ingérable qui a fini par mettre le général-président, Muhammadu Buhari, au pas, lui qui voulait la discipliner en arrivant au pouvoir en 2015, cette armée qui, finalement, risque de lui faire perdre l'élection présidentielle de février 2019, c'est cette armée qui, toute honte bue, demande la fermeture des bureaux d'Amnesty International. C'est comme si pour baisser la fièvre, elle choisissait de casser le thermomètre.

L'armée nigériane a appelé, lundi, 17 décembre, à "fermer les bureaux d'Amnesty International" à Abuja, après la publication d'un rapport de l'ONG dénonçant l'inaction des autorités dans le conflit entre agriculteurs et éleveurs, qui a fait 3.600 depuis 2016.

Dans un rapport intitulé, "Récolter les morts : trois années d'affrontements sanglants entre agriculteurs et éleveurs", l'organisation de défense des droits humains estime que 2.000 personnes ont été tuées, cette année, seulement, et que des milliers d'autres ont dû quitter leur foyer.

"L'incapacité des autorités nigérianes à enquêter sur les affrontements et à traduire leurs auteurs en justice a alimenté l'escalade sanglante du conflit entre agriculteurs et éleveurs, qui a fait 3.641 morts au cours des trois dernières années", affirme Amnesty dans un communiqué.

"Amnesty International déploie de grands efforts pour déstabiliser le Nigeria", a répondu, aussitôt, Sani Usman, porte-parole de l'armée, dans un communiqué.

"Nous remarquons cela à travers la fabrication d'accusations fictives contre nos forces de sécurité et leur prétendu abus des droits humains", a-t-il indiqué, accusant, également, l'ONG de "sponsoriser" des groupes dissidents.

"L'armée nigériane n'a d'autre choix que d'appeler à la fermeture des bureaux d'Amnesty International au Nigeria", poursuit Sani Usman.

Dans son rapport, Amnesty International accuse les forces de sécurité nigérianes de ne pas en faire assez pour mettre fin aux massacres, aux pillages ou en incendies de villages.

"Les forces de sécurité sont souvent positionnées à proximité des attaques, qui peuvent parfois durer plusieurs jours, mais sont trop lentes à réagir", assure le rapport.

"Le gouvernement nigérian a affiché une incompétence flagrante et manque à son devoir de protéger la vie de sa population", dénonce Osai Ojigho, directeur du programme nigérian d'Amnesty International. "Nos recherches montrent que ces attaques étaient bien planifiées et coordonnées, avec l'utilisation d'armes telles que des mitraillettes et des fusils AK-47", ajoute-t-il.

Les éleveurs nomades, musulmans, et les agriculteurs sédentaires chrétiens sont en conflit depuis des années pour l'accès aux terres, mais, les violences se sont aggravées, ces dernières années, en raison de la poussée démographique, de la multiplication des conflits et de l'insécurité croissante dans le Nord, qui ont bloqué de nombreuses routes traditionnelles de pâturage.

Les attaques ont été les plus fréquentes dans les Etats d'Adamawa, de Benue, de Kaduna, de Taraba et du Plateau, qui représentent la "ceinture fertile et centrale" du Nigeria.
"Le conflit a été dangereusement politisé par des responsables du gouvernement de l'Etat qui ont exacerbé les tensions en se lançant dans un jeu d'accusations ", dénonce le rapport d'Amnesty.

La situation sécuritaire est, particulièrement, préoccupante au Nigeria, alors que le président, Muhammadu Buhari, ancien général de 76 ans, est en lice pour sa propre succession lors des élections générales de février.

Amnesty International a subi de lourdes pressions, dont des manifestations devant ses locaux d'Abuja, et de précédents appels à sa fermeture, et dénonce, régulièrement, les abus de droits humains, notamment, dans le Nord-Est, région touchée par le groupe djihadiste de Boko Haram, et dans le Sud-Est, où des groupes armées menacent les installations pétrolières.

La semaine dernière, l'armée a, également, suspendu les opérations de l'Unicef auprès des centaines de milliers de déplacés du conflit de Boko Haram, accusant l'organisation onusienne "d'espionnage" et "pratiques pernicieuses, susceptibles de nuire à la lutte contre le terrorisme".

Quelques heures plus tard, elle l'a autorisée à reprendre ses opérations, alors que l'ONU estime que 11 millions de Nigérians ont un besoin urgent d'aide humanitaire, notamment, dans la région du Lac Tchad.

C'est une gestion chaotique à laquelle on assiste sur tous les terrains de crise au Nigeria. L'armée ne maîtrise rien sur le terrain et finit par accuser ceux qui viennent avec leur argent pour aider les populations abandonnées. Ce qui est le cas de l'Unicef.

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