PRESIDENTIELLE 2019 AU SENEGAL : Le président Macky Sall a-t-il décidé d'éliminer Khalifa Sall ?

Visiblement, les deux Sall se détestent cordialement. Ils avaient, pourtant, tout pour s'entendre. Déjà, ils portent le même nom, Sall, comme deux frères d'une même famille. Et puis, ils appartiennent à la même majorité présidentielle. Malheureusement, l'ancien maire de Dakar a eu le tort de voir plus loin que le bout de son nez. Macky voulait qu'il « mange », mais, en restant à la mairie de Dakar. Khalifa, lui, ambitionnait de muter de la mairie vers l'avenue Roume, qui abrite le célèbre palais présidentiel tant convoité. Dès lors, l'entente n'était plus possible. C'est un combat qui ne va pas s'arrêter avec le très défavorable verdict du tribunal à venir. Ce combat est avant tout politique. Mieux, il est d'honneur tout simplement.

Sept ans de prison ont été requis, vendredi, 16 février, contre le maire de Dakar, Khalifa Sall, jugé avec sept de ses collaborateurs pour "détournement de deniers publics" dans le cadre de la gestion de la mairie de la capitale sénégalaise.

"Je requiers sept ans d'emprisonnement ferme" à l'encontre de M. Khalifa Sall, a déclaré le procureur, Serigne Bassirou Gueye, dans son réquisitoire devant le tribunal correctionnel. Le procureur est dans son rôle. En tant que représentant du ministre de la Justice garde des Sceaux (donc du président de la République), il a intérêt à corser l'addition, question de montrer que l'affaire est gravissime.

Plus incompréhensible : le procureur a, également, requis une amende de 5,49 milliards de F CFA (8,37 millions d'euros) à l'encontre de M. Sall, soit, trois fois la somme des détournements présumés (1,83 milliard de FCFA ou 2,8 millions d'euros). On se demande où le (futur) condamné ira-t-il chercher tout cet argent à moins qu'on veuille, politiquement, l'abattre, tout simplement ?

Khalifa Sall et ses co-prévenus --directeur administratif et financier, comptables, secrétaire,... employés par la ville-- sont jugés pour le détournement présumé de cette somme des caisses de la mairie grâce à la production de fausses factures. Il faut ajouter que Khalifa Sall n'a pas inventé le fil à couper le beurre : avant lui, ses prédécesseurs volaient, exactement, de la même manière sans énerver personne. Sauf que ses prédécesseurs restaient, à leur place, sans autre ambition, au sein de la majorité présidentielle. Sall, lui, a tenté de remplacer l'autre Sall, à la présidence de la République.

Le procureur a réclamé la même peine de 7 ans à l'encontre du directeur administratif et financier, Mbaye Touré, et des peines de deux ans, dont un avec sursis, à cinq années de prison ferme contre les autres prévenus.

L'Etat du Sénégal, en tant que partie civile dans ce procès très médiatisé, réclame, pour sa part, plus de 10 millions d'euros (6,5 milliards de F CFA) de dommages et intérêts au maire et à ses co-accusés. Sans rire !

"Nous demandons la réparation" de cette somme dont l'Etat a été "frustré" entre 2011 et 2015, a dit dans sa plaidoirie, jeudi, 15 février, l'agent judiciaire de l'Etat, Félix-Antoine Diome, un fonctionnaire du ministère des Finances.

M. Diome avait, en outre, réclamé "5 milliards de F CFA (7,6 millions d'euros) au titre du "dommage moral" subit, selon lui, par l'Etat, portant l'addition à plus de 10,4 millions d'euros. Le tribunal de Dakar est-il devenu un royaume de saltimbanques ?

Vendredi matin, la ville de Dakar, également, partie civile mais qui conteste la présence de l'Etat au procès, a dénoncé un "acharnement" contre Khalifa Sall, qui, à 62 ans, est l'un des principaux opposants au président Macky Sall.

L'Inspection générale d'Etat (IGE) a mené des enquêtes "partout" mais "un seul rapport a été publié", celui qui met en cause le maire de Dakar, a déclaré l'avocat de la Ville, Ousseynou Gaye, laissant entendre que l'Etat s'était "assis" sur d'autres rapports de l'IGE incriminant d'autres municipalités ou institutions publiques. Mais, aussi, la gestion des prédécesseurs de Sall à la mairie de Dakar.

Pour Khalifa Sall, dont la défense plaidera en principe de lundi à mercredi, ce procès "politique" vise, avant tout, à l'empêcher de se présenter face à Macky Sall lors de la présidentielle de 2019 (notre photo).
Socialiste dissident, le maire de Dakar, depuis mars 2017, est en détention provisoire à la prison Rebeuss de Dakar, ce qui ne l'a pas empêché d'être élu député en juillet.

Il avait multiplié, ces dernières années, les critiques envers la coalition présidentielle, dont est membre le PS, qui l'a, finalement, exclu fin décembre. Décision appuyée par son premier secrétaire, Ousmane Tanor Dieng, plus que supporter de Macky Sall à la présidentielle de 2019 comme en 2012.

Mardi, la projection devant le tribunal d'une conversation filmée d'un ministre d'Etat et ancien adjoint à la maire de Dakar a apporté de l'eau à son moulin. Dans cette vidéo non datée, ce membre de la majorité, Mbaye Ndiaye, confie que "le problème de Khalifa Sall (aurait pu) être réglé s'il avait accepté d'être avec nous". Autrement dit, l'Affaire Khalifa Sall est bien celle d'une certaine ambition politique.

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