PRESIDENTIELLE AU KENYA : La Cour suprême donne raison à Raila Odinga et ordonne un nouveau scrutin

Chapeau bas au président sortant Uhuru Kenyatta. Sans crier fort, il prouve à la Cour pénale internationale (CPI) que la justice kényane n'a aucune leçon à recevoir de l'extérieur car l'indépendance de sa justice vient d'être démontrée plus que ne l'est celle de la CPI, régulièrement, accusée d'être sous le contrôle de certains pays occidentaux. Le fils du père de l'indépendance du Kenya, Jomo Kenyatta, vient, donc, d'élever son pays à un niveau d'émergence démocratique.

En effet, la Cour suprême du Kenya, saisie par l'opposition, a ordonné, ce vendredi, 1er septembre, la tenue d'une nouvelle élection présidentielle d'ici 60 jours, déclarant "invalide" le résultat du scrutin du 8 août, à l'issue duquel le président sortant, Uhuru Kenyatta, avait été proclamé vainqueur. Eminent membre du Syndicat des chefs d'Etat africains membres de l'Union africaine, Uhuru Kenyatta commençait, déjà, avant même la confirmation de sa victoire par la Cour suprême, à recevoir des félicitations de certains de ses homologues dont la plupart sont des adeptes de la présidence à vie.

L'élection présidentielle "n'a pas été conduite en accord avec la Constitution", a déclaré le juge président, David Maraga. "A la question de savoir si les illégalités et irrégularités ont affecté l'intégrité de l'élection, la Cour est d'avis que c'est le cas".

M. Kenyatta, opposé à Raila Odinga (notre photo), "n'a pas été élu et déclaré président de manière valide", a ajouté le juge, alors qu'à l'extérieur de la Cour suprême, autour de laquelle un important dispositif policier avait été déployé, des partisans de M. Odinga ont laissé éclaté leur joie.

La décision, qui est définitive, a été rendue à la majorité, deux juges sur un total de sept - dont un absent pour cause de maladie - ayant exprimé des opinions dissidentes.

Le juge président a soutenu que la Commission électorale, a "échoué, négligé ou refusé" de conduire les élections en accord avec la Constitution, évoquant des irrégularités dans la transmission des résultats.

Elu pour la première fois en 2013, Uhuru Kenyatta avait été proclamé vainqueur par la Commission électorale (IEBC), le 11 août, avec 54,27% des voix contre 44,74% à M. Odinga, 72 ans, déjà, battu en 1997, 2007 et 2013. L'opposant avait saisi la Cour suprême en 2013, mais, avait, alors, été débouté.

La proclamation de la victoire de Uhuru Kenyatta, le 11 août, avait été suivie de deux jours de violences sporadiques circonscrites aux bastions de l'opposition, dans les bidonvilles de Nairobi et dans l'Ouest. Au moins, 21 personnes, dont un bébé et une fillette de neuf ans, avaient été tuées dans ces manifestations et émeutes, violemment, réprimées par la police.

Très redoutées, ces violences n'avaient, toutefois, pas atteint le niveau des violences post-électorales de 2007-2008 (plus de 1.100 morts).

Sans préjuger de rien, une nouvelle élection présidentielle va être organisée, dans les 60 jours, dans une situation où l'opposant, Raila Odinga, détient, désormais, un ascendant psychologique sur son adversaire, Uhuru Kenyetta. Il sera plus facile pour Odinga de mobiliser son électorat, qui veut en découvre avec Kenyatta, que ne le sera celui du président sortant, plus difficile à motiver. Cela dit, le Kenya a, souvent, montré (comme aujourd'hui) qu'on n'est jamais à l'abri d'une surprise. Alors, on ne perd rien à attendre.

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