PRESIDENTIELLE AU MALAWI : Le président Peter Mutharika sévèrement battu par l'opposant Lazarus Chakwera

L'opposition remporte l'élection présidentielle. Au terme de quatre longues journées de dépouillement, la Commission électorale (MEC) a confirmé, samedi, 27 juin, la large victoire de l'opposant, Lazarus Chakwera, avec 58,57 % des suffrages, face au chef de l'Etat sortant, Peter Mutharika. La question centrale se pose : pourquoi la démocratie et l'alternance à la tête de l'Etat sont beaucoup plus effectives dans les anciennes colonies anglaises que françaises ? Aussi bien, en Afrique de l'Ouest que du Centre, de l'Est et australe, les pays anglophones, connaissent partout l'alternance alors que les pays francophones, surtout, d'Afrique centrale sont hostiles au changement de président. Une remarque rapide : les pays francophones qui sont rétifs à l'alternance à la tête de l'Etat, sont, souvent, accusés d'être sous la forte emprise de la France, sur le plan économique et politique. Autrement dit, la longévité des chefs d'Etat francophones d'Afrique centrale est due à leur soumission et à leur docilité à la France. C'est pourquoi certains observateurs sévères les considèrent non pas comme des chefs d'Etat élus par leurs peuples, mais, comme de simples et vulgaires sous-préfets de la France. Dans les pays anglophones, au contraire, c'est la réelle démocratie. Le président est élu par le peuple et non par Londres. La défaite du président sortant, Peter Mutharika, malgré le fait qu'il est en poste et pouvait profiter de la complaisance de l'administration, est la preuve que le Malawi appartient aux Malawites.

Malgré la pandémie de coronavirus, plus de 4 millions d'électeurs ont voté, mardi, 23 juin, pour la deuxième fois, en un an, après l'annulation de la réélection de M. Mutharika, en mai 2019, en raison de fraudes massives.

« La Commission déclare que Lazarus Chakwera, qui a obtenu 58,57% (BIEN 58,57) des suffrages, a atteint la majorité requise et est élu président du Malawi », a déclaré son président Chifundo Kachale, sous les clameurs des partisans du vainqueur.

« Je suis si heureux, je pourrais danser toute la nuit », a immédiatement réagi M. Chakwera devant la presse. « Mon coeur bouillonne de joie et de gratitude pour le Seigneur ». Lazarus Chakwera (notre photo) est un ancien pasteur évangéliste de 65 ans.

« C'est une victoire pour les Malawites, une victoire pour la démocratie, une victoire pour la justice », a poursuivi le président élu, qui a fait campagne en dénonçant l'échec économique et la corruption du régime. « C'est une victoire qui va permettre de remettre la nation sur les rails, de construire un nouveau Malawi dans lequel tous seront impliqués », a promis M Chakwera.

Peter Mutharika, 79 ans, a lourdement mordu la poussière, avec plus de 800 000 voix de retard sur le vainqueur.

Quelques heures plus tôt, sans attendre la confirmation de sa défaite, le président sortant a jeté le trouble en dénonçant des irrégularités dans le scrutin. « Nous espérions une élection sans irrégularités (...) tous les Malawites ont vu que cette élection était la pire de l'histoire », a-t-il déclaré lors d'une brève déclaration devant la presse. « Nous pensons que la plupart des résultats envoyés à la MEC (Commission électorale) ne sont pas le reflet de la volonté du peuple », a-t-il ajouté.

Le chef de l'Etat sortant a affirmé que des scrutateurs de son parti avaient été « battus, frappés, kidnappés et intimidés de façon à ne pas pouvoir participer au contrôle du vote ». « De nombreuses feuilles d'émargement n'ont pas leurs signatures », a-t-il déploré.

Son Parti démocratique progressiste (DPP) avait, lui, exigé l'annulation pure et simple des résultats, laissant augurer d'une nouvelle bataille devant la justice.

Lors du scrutin disputé de mai 2019, la MEC avait proclamé la victoire de Peter Mutharika, au pouvoir depuis 2014, avec 38,57 % des suffrages contre 35,41 % à Lazarus Chakwera.

Mais, le chef de l'opposition avait contesté les résultats et ses partisans étaient descendus dans la rue pendant plusieurs mois pour obtenir l'annulation du scrutin. Leurs manifestations avaient été le théâtre de fréquentes violences avec les forces de l'ordre.

En février, la Cour constitutionnelle a finalement donné raison à l'opposition en invalidant les résultats pour cause « d'irrégularités généralisées et systématiques » et en ordonnant la tenue d'un nouveau scrutin.

Le Malawi est, ainsi, devenu le deuxième pays d'Afrique subsaharienne à avoir annulé une élection présidentielle, après le Kenya en 2017. Le Kenya est un pays anglophone comme le Malawi.

Au lendemain du scrutin de mardi, des ONG locales, qui avaient dépêché des observateurs dans tout le pays, ont dressé un premier bilan concluant que le « processus électoral s'est bien passé jusqu'à présent ».

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