PRESIDENTIELLE AU NIGERIA : Boko Haram a choisi son camp, celui de faire battre Muhammadu Buhari

Il faudra un miracle pour que l'actuel président, Muhammadu Buhari, puisse se succéder à lui-même, à la tête du Nigeria. Elu, il y a quatre ans, pour éradiquer, complètement, la corruption et la secte Boko Haram, c'est, justement, cette secte qui est en train de le faire battre, après plusieurs séries d'humiliations qu'elle a fait subir à son armée, sur les terrains militaires. La déconfiture de l'armée nigériane face à Boko Haram est sans nom et se passe de commentaire. Buhari en est sans voix et doit, juste, prier Allah pour que l'irréparable ne survienne pas, provoqué par Boko Haram, avant le 16 février, date de l'élection présidentielle. Mais même si l'irréparable épargnait Buhari, les défaites que son armée subit à longueur de journées, face à des miliciens dopés et requinqués par la drogue et des enjeux divers, peuvent permettre de dire que Muhammadu Buhari va à cette élection avec un moral de « looser ».

Quelque 30.000 personnes ont fui Rann, dans le Nord-Est du Nigeria, pour échapper aux djihadistes du groupe Boko Haram qui ont pris le contrôle de la ville.

"Toute la population semble paniquée et a pris la fuite pour tenter d'échapper à la mort" en l'espace de 48 heures, a déclaré le porte-parole du HCR, Babar Baloch, au cours d'un point de presse à Genève.

La ville de Rann est située à la frontière avec le Cameroun, qui lutte, également, contre le groupe djihadiste dans l'Extrême-Nord de son territoire. Mais contrairement à l'armée nigériane, celle du Cameroun réussit, depuis, bientôt cinq ans, à maintenir Boko Haram à distance, qui n'a pas réussi, jusque-là, à prendre 1 petit cm² du territoire camerounais. Boko Haram connaissant la force de l'armée camerounaise, se borne à faire des attentats suicide dans les localités frontalières du Cameroun, en sacrifiant la vie de jeunes garçons et de filles sans défense.

La panique a été déclenchée par le retrait, dimanche, 27 janvier, des troupes camerounaises qui y avaient été déployées après l'attaque du 14 janvier, qui avait fait 14 morts. Boko Haram avait mis à sac une base de l'armée et mis le feu à la ville, où étaient réfugiés plus de 35.000 déplacés.

Lundi, les insurgés sont entrés dans la ville sans rencontrer de résistance, les soldats nigérians ayant décidé de se retirer à leur tour, anticipant une attaque de Boko Haram, selon plusieurs sources civiles.

"Les terroristes sont de retour à Rann. Ils sont arrivés hier", après le départ des soldats camerounais, a déclaré un milicien engagé aux côtés de l'armée contre Boko Haram.

"Nos troupes au sol sont également parties parce que leur nombre était très réduit (...). Ils ont rejoint la base militaire de Ngala, à 40 km", a-t-il ajouté sous couvert d'anonymat. "Les terroristes ont incendié la plupart des maisons en ville et ont pris des positions stratégiques, anticipant une éventuelle opération militaire pour les déloger" de Ngala.

Selon Walid Abdallahi, un civil ayant fui vers le Cameroun voisin, "il n'y a plus un seul habitant à Rann. La ville est actuellement sous le contrôle de Boko Haram qui est arrivé hier et a incendié les abris de fortune" des déplacés.

"Nous avons tous quitté la ville dès que les soldats camerounais sont partis car nous savions que nous étions vulnérables face à (une attaque) de Boko Haram", a-t-il dit, confirmant l'information selon laquelle les soldats nigérians avaient emboîté le pas aux Camerounais et laissé la ville sans défense.

Plusieurs sources humanitaires ont également confirmé l'occupation de la ville par les insurgés.

"Les combattants tiendraient deux postes, l'un dans la ville et l'autre à la frontière (camerounaise), ils abattent tout homme qui essaie de traverser la frontière. Ils molestent les femmes et les libèrent ensuite", a raconté l'une de ces sources sous couvert d'anonymat.

A trois semaines du scrutin présidentiel au Nigeria, le bilan sécuritaire du président Muhammadu Buhari est très critiqué malgré les affirmations répétées selon lesquelles le groupe djihadiste est presque vaincu. C'est au contraire Boko Haram qui a vaincu Buhari et l'armée nigériane.

Ajouter un commentaire

Les plus populaires