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PRESIDENTIELLE AU NIGERIA : Boko Haram menace (sérieusement) la réélection de Buhari en février prochain

Voilà la question qui commence à tarauder l'esprit de certains bien-pensants au Nigeria. Car il faut se rendre à l'évidence de l'échec patent du général, Muhammadu Buhari, face à ce qui fut l'une de ses deux principales priorités de campagne en 2015 : l'éradication de la secte Boko Haram. Presque cinq années, plus tard, Boko Haram est aussi fort que lors de son accession au pouvoir, sinon, plus fort encore, ce qui constitue un manquement grave pour l'ancien général très respecté des forces armées nigérianes qu'il est. A moins de trois mois du premier tour de l'élection présidentielle, on voit mal comment il pourra inverser une tendance qu'il n'a pas fait bouger pendant toute la durée de son mandat.

En pleine campagne électorale, l'opposition nigériane est montée au créneau pour demander des comptes au gouvernement face à une montée en puissance des attaques menées par le groupe djihadiste, Boko Haram, qui font des dizaines de morts dans les rangs de l'armée, depuis plusieurs semaines, et ce sans réaction de celle-ci. C'est comme si Buhari envoyait ses soldats à l'abattoir où on ne note aucun réel engagement de leur part dans des attaques où ils sont, toujours, défaits.

Le week-end dernier, ce sont 44 soldats qui ont été tués au cours d'une attaque du groupe djihadiste dans leur base de Metele, un village frontalier du Niger.

Mais, le bilan des victimes pourrait être bien plus élevé, selon des informations non confirmées officiellement.

Depuis juillet, on a recensé, au moins, 17 attaques d'envergure contre des bases militaires, quasiment, toutes situées dans la région du pourtour du Lac Tchad, une zone contrôlée par la faction du groupe de l'Etat Islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP).

Le président, Muhammadu Buhari, qui avait promis, lors de la présidentielle de 2015, d'éradiquer le groupe djihadiste, avait assuré, quelques mois après son arrivée au pouvoir, que Boko Haram était "techniquement vaincu". Son bilan sécuritaire est, aujourd'hui, très critiqué et, plus grave, les soldats déployés dans le Nord-Est se sont plaints, à plusieurs reprises, de manquer d'armes et de vivres. Ce n'est pas la première fois : sous la présidence de Goodluck Jonathan, un milliard de dollars destinés à équiper, efficacement, les troupes pour combattre Boko Haram, avaient disparu, forçant l'ancien président à faire, plutôt, appel à des mercenaires sud-africains.

Les attaques, les attentats-suicides n'ont jamais cessé dans cette région et désormais la faction soutenue par le groupe Etat Islamique, ISWAP, multiplie les raids contre les bases militaires, faisant des dizaines de victimes et pillant les armes et le matériel.

Près de quatre ans après les déclarations de M. Buhari sur la neutralisation présumée de Boko Haram, et alors même que le chef de l'Etat est candidat à sa propre succession pour la présidentielle de février 2019, le conflit s'invite à nouveau dans la campagne.

"Il est temps d'avouer que Boko Haram n'est pas techniquement vaincu", a lancé Peter Ayodele Fayose, ancien gouverneur et leader éminent du Parti populaire démocratique (PDP, opposition).

Quant au candidat de l'opposition à la présidentielle, Atiku Abubakar (qui a été récemment adoubé par Olusegun Obasanjo), il a dénoncé ce vendredi, 23 novembre, dans un communiqué, le manque de moyens mis à la disposition de l'armée.

"L'augmentation des attaques terroristes et criminelles contre nos troupes (...) est un signe clair que notre armée n'a pas assez de moyens financiers et n'est pas assez équipée", a écrit M. Abubakar, originaire de l'Etat d'Adamawa (Nord-Est), une région touchée par le conflit.

De son côté, le président du Sénat - grand rival du chef de l'Etat - Bukola Saraki, a annoncé, jeudi, 22 novembre, qu'une délégation de sénateurs se rendrait, rapidement, dans l'Etat du Borno (Nord-Est) pour enquêter sur l'efficacité des forces sécuritaires.

En pleine campagne présidentielle, on peut dire sans risque de se tromper que Boko Haram a décidé de faire battre Buhari sans aucune autre forme de procès en février prochain.

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