PRESIDENTIELLE AU TOGO : La CENI a-t-elle jusque là joué son rôle ?

En matière électorale, il n'y a pas de fumée sans feu. La CENI (Commission électorale nationale indépendante), a invalidé la CNSC (Concertation nationale de la société civile). Mais, a-t-elle eu tort de le faire ? La CENI a édité, en novembre 2019, une petite brochure de 51 pages intitulée, « Guide et code de bonne conduite de l'observateur » (Election présidentielle de 2020). Celle-ci a été largement distribuée, notamment, aux 600 observateurs nationaux appartenant à la soixantaine d'ONG, membres de la CNSC. Ces observateurs ont, semble-t-il, bénéficié d'une formation sur l'observation des élections, dispensée par une ONG américaine. Mais, ont-ils respecté les principes édictés par la brochure de la CENI ? On pense que NON !

Le Togo étant un pays jaloux de sa souveraineté, qui dispose de bons services de renseignement, on n'a pas tardé à découvrir que certains observateurs américains disposant d'un matériel adéquat, prévoyaient de donner leurs propres résultats du scrutin du 22 février alors que ce rôle est dévolu, sur le plan institutionnel, à la seule CENI (sur notre photo Tchambakou Ayassor président de la CENI). C'est la raison pour laquelle l'accréditation a été retirée à la CNSC pour violation du Code électoral togolais, et donc, volonté de provoquer des troubles post-électoraux. Car on imagine le tollé qu'aurait suscité, dans les réseaux sociaux, la publication des résultats parallèles du vote du 22 février par certaines ONG, alors que c'est du ressort de la CENI et de la CENI seule ?

Quant au Conseil épiscopal, Justice et Paix, dont l'accréditation des 9.000 observateurs n'a pas été validée par la CENI, l'explication est somme toute simple. L'un de ses éminents membres, l'archevêque émérite de Lomé, Mgr Philippe Fanoko Kossi Kpodzro, a appelé, ostensiblement, à l'alternance politique à la tête de l'Etat. Par la suite, il a constitué un groupe de personnes pour l'aider à désigner un candidat unique de l'opposition afin de contrer le candidat du pouvoir. Ayant constaté la difficulté de la tâche, il s'est rangé derrière le candidat le plus expérimenté de l'opposition, à savoir, l'ancien premier ministre, Agbéyomé Messan Kodjo. Devant un tel désordre (épiscopal), la CENI qui est jalouse de ses prérogatives et qui ambitionne d'organiser une élection présidentielle qui fasse date dans l'histoire moderne du Togo, a préféré mettre fin à cette mascarade à visage découvert qui se préparait. La sagesse ayant prévalu, la CENI a choisi de refuser l'accréditation des 9.000 observateurs de Justice et Paix, à cause des propres turpitudes et manquements des évêques et prêtres, qui confondent leur rôle dans la société. A qui la faute ? Certainement pas à la CENI et encore moins au ministre de l'Administration du territoire, qui n'ont fait que respecter leur cahier des charges.

Le rôle de certaines églises, plus précisément, de l'église catholique commence, par ailleurs, à interroger en Afrique. En RDCongo, l'église catholique qui avait déployé 45.000 observateurs sur l'ensemble du vaste territoire national, avait désigné Martin Fayulu comme véritable vainqueur de la présidentielle au moment où la Commission électorale choisissait Félix Tshisekedi.

Au Cameroun, en octobre 2018, le président de la Conférence épiscopale, Mgr Kléda, archevêque de Douala, avait pondu un communiqué, qui, sur le fond, ne reconnaissait pas la victoire du candidat du pouvoir, Paul Biya, alors que tous les évêques n'étaient pas du même avis que lui.

Ces deux pays qui sont des cas d'école ont, sans doute, poussé la CENI à plus de prudence au moment où elle refusait l'accréditation à l'ONG Justice et Paix. Mais de là à dire que ce refus est dû à la volonté du pouvoir de verrouiller l'élection présidentielle, il n'y a qu'un pas que seuls les défaitistes ont déjà franchi.

Chef de la diplomatie togolaise, le professeur, Robert Dussey, a listé le nombre d'observateurs nationaux et internationaux accrédités pendant cette présidentielle, mercredi, 19 février, lors de la cérémonie officielle de bienvenue des observateurs internationaux de l'élection présidentielle du 22 février :

- 10 observateurs viennent du Conseil de l'Entente ;
- 79 viennent de la CEDEAO sous la présidence de l'ancien président de Sierre Leone, Ernest Baï Koroma ;
- 45 observateurs ont été envoyés par l'Union africaine sous la direction de l'ancien président de Madagascar, Hery Rajaonarimanpianina ;
- 17 viennent de la CENSAD ;
- 14 ont été envoyés par l'ONU ;
- 14 observateurs internationaux sont envoyés par le ministère des Affaires étrangères de la République fédérale du Nigeria ;
- 46 observateurs viennent de l'ambassade des Etats-Unis au Togo ;
- 20 du Groupe Afrique des ambassadeurs au Togo ;
- 11 de l'ambassade de France ;
- 10 de la Délégation de l'Union européenne au Togo ;
- 7 de l'ambassade d'Allemagne.

Les ambassades d'Italie, d'Espagne, de Corée du Sud et d'Angola, ont, également, envoyé des observateurs, ce que n'ont pas fait les Chinois et les Russes, généralement, accusés de soutenir les régimes africains.

Au final, selon un décompte indépendant, plus de 300 observateurs électoraux internationaux provenant des organisations internationales, des missions diplomatiques près du Togo et des ministères des Affaires étrangères des Etats partenaires du Togo, sont accrédités, à côté des plus de 3.000 observateurs nationaux.

Même les experts les plus neutres conviennent que ce dispositif pourra, aisément, couvrir les 9.300 bureaux de vote disséminés sur les 56.785 km² que compte le Togo.

Dans tous ses discours de campagne, le candidat, Faure Gnassingbé, a expliqué que son souci majeur, c'était une organisation parfaite de la présidentielle du 22 février. Aucun trouble ne sera toléré. Les deux semaines de campagne ont été bon enfant avec zéro incident notable enregistré. Vivement que l'après-22 février soit, également, une occasion où les vainqueurs sauront célébrer leur victoire dans la paix mais en toute responsabilité, tandis que les vaincus sauront prendre du recul pour analyser les réelles causes de leur échec.

D'un de nos envoyés spéciaux à Lomé

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