PRESIDENTIELLE AU TOGO : Le clergé fortement prié de garder une stricte neutralité

Mgr Philippe Kpodzro demande à voter le candidat Agébéyomé Kodjo, après avoir échoué à faire désigner un candidat unique pour l'ensemble de l'opposition. Mais, qu'on ne s'y trompe guère, la démarche de l'archevêque émérite de Lomé est, suprêmement, solitaire. Elle est même condamnée par l'épiscopat togolais et désapprouvée au Saint-Siège. A la limite, elle est perçue par certains Togolais comme anti-religieuse, voire, haineuse, et montre une attitude fortement hostile à l'encontre du candidat de Unir, non pas parce qu'il est le candidat de Unir, mais, parce qu'il s'appelle Faure Gnassingbé. Pour un prélat qui a passé sa vie à prêcher l'amour du prochain, c'est le ratage complet de sa vocation.

Faure Gnassingbé est, pourtant, un chrétien convaincu, qui a, toujours, oeuvré en faveur de la paix religieuse au Togo. Chaque année, au moins, une fois, il organise une cérémonie religieuse à laquelle tous les cultes sont conviés. C'est une attitude qui est appréciée au Vatican. Le 31 janvier et le 2 février 2020, par exemple, Unir (le parti au pouvoir que préside justement le chef de l'Etat) avait sollicité une prière musulmane, une messe catholique à la paroisse, Notre Dame de la Rédemption de Bè-Klikame et un culte protestant au temple Apégamé de Lomé. Si toutes les religions cohabitaient dans d'autres pays africains comme c'est le cas au Togo, l'Afrique s'en trouverait nettement mieux (sur notre photo, le président Faure Gnassingbé conduit une forte délégation en avril 2019 pour rencontrer le Saint-Père à Rome).

C'est dans ce contexte que survient la mise au point de l'épiscopat afin que les lieux de culte et de prière, au lieu de servir à l'eucharistie, ne se transforment pas en terrain de débats politiciens. En date du 2 février, en effet, la Conférence des évêques du Togo (CET) a rendu public un communiqué dont voici le teneur : « Les évêques demandent aux membres du clergé d'éviter d'apporter leur appui ou de désavouer des candidats au cours des célébrations eucharistiques qui doivent, plutôt, être des moments de communion avec Dieu et avec les autres ».

La CET en profite pour afficher sa neutralité : « S'agissant des accusations de parti pris, la Conférence des évêques du Togo réaffirme qu'elle n'a jamais adopté de position partisane en faveur ou contre des partis politiques (ou leur candidat, ndlr) mais simplement appelé au respect de la justice et des valeurs démocratiques figurant dans la constitution de notre pays. S'il se fait que ces affirmations sont partagées par certains partis politiques, cela signifie nullement que la Conférence des évêques a été mandatée par ces derniers ou s'est prononcée de connivence avec eux, mais, simplement, que la vérité est la chose la mieux partagée ».

Voilà qui est clair et qui n'interdit pas à chaque prêtre d'avoir sa propre conviction ni de préférer à titre personnel tel ou tel candidat que tel autre. A condition de ne pas le dire publiquement, encore moins, pendant qu'il célèbre l'eucharistie.

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