PRESIDENTIELLE AUX COMORES : L'Union africaine appelle au calme et à la retenue

L'Union africaine (UA) a appelé, samedi, 30 mars, les parties en présence aux Comores à "faire preuve de la plus grande retenue", alors que les douze candidats de l'opposition contestent la réélection du président Azali Assoumani. Le président de la Commission de l'UA, le Tchadien, Moussa Faki Mahamat, invite les contestataires à ne pas se faire justice, eux-mêmes, mais, à suivre les voies de recours prévues par le code électoral.

En Afrique, aucune élection présidentielle ne se fait sans heurt. La victoire d'un camp est, toujours, contestée par l'autre, et c'est d'autant plus vrai quand le vainqueur appartient au camp du pouvoir en place, ayant organisé ladite élection. Même dans la démocratie la plus avancée de l'Afrique francophone, le Sénégal, la réélection du sortant, Macky Sall, a donné lieu, il y a quelques semaines, à une passe d'armes entre lui et ses adversaires. Ceux-ci ont, d'ailleurs, refusé de déposer des recours auprès du Conseil constitutionnel estimant qu'il était inféodé au pouvoir en place.

Quelques mois, auparavant, la victoire du Camerounais, Paul Biya, avait, vivement, été contestée par ses opposants, notamment, Maurice Kamto, qui avait déclaré avoir gagné, dès le lendemain même de la fermeture des bureaux de vote, alors qu'on en était, encore, à rassembler les bulletins de vote. Kamto (avec son jeune parti politique) comptait à peine le tiers des représentants dans les 25.000 bureaux de vote disséminés sur le territoire national. De la sorcellerie électorale !

En RDCongo, l'UA par le canal de son président en exercice de l'époque, le Rwandais, Paul Kagame, avait demandé à la CENI de suspendre la proclamation des résultats (qui annonçaient Martin Fayulu perdant alors que la CENCO et certains observateurs le voyaient largement gagnant), en attendant son arrivée à Kinshasa en compagnie d'une petite brochette de chefs d'Etat de la région. Refus sec des autorités de Kinshasa qui, du coup, ont fait avorté la mission de l'UA.

Les Comoriens n'inventent pas le fil à couper le beurre. Azali Assoumani ne pouvait jamais (jamais) gagner cette élection présidentielle en faisant la totale unanimité au sein de l'opinion nationale. La contestation s'annonçait vive et elle l'est aujourd'hui d'autant plus que le camp présidentiel a négligé un aspect important : expliquer le projet du président-candidat et, surtout, sa démarche que peu de personnes comprennent y compris sur les trois îles.

Les Comoriens restent focalisés sur le fait qu'Azali Assoumani a supprimé la tournante (ancienne formule de 5 ans) au profit d'une tournante (nouvelle formule de 5 ans x 2) dont il est le principal bénéficiaire. C'est à la fois vrai et faux. Sauf que les explications du régime en place ayant été courtes ou insuffisantes, on se retrouve, aujourd'hui, dans une situation où l'UA appelle au calme à cause du feu qui est en train de prendre.

Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, s'est, à juste titre, déclaré "préoccupé par la détérioration du climat politique et sécuritaire" dans l'archipel, dans un communiqué rendu public tard vendredi soir (sur notre photo, il est reçu en septembre 2018 à Beijing en marge du Sommet Chine-Afrique par le président Azali Assoumani).

Le candidat, Azali Assoumani, a été reconduit, dès le premier tour, avec 60,77% des suffrages, selon la Commission électorale. L'opposition a hurlé au "hold-up" et au "coup d'état", dénonçant les "fraudes massives" du camp présidentiel.

Les ONG comoriennes et de nombreux observateurs étrangers auraient confirmé certaines irrégularités relevées par les douze adversaires du vainqueur.

Moussa Faki Mahamat a "déploré les actes de violence ayant occasionné des pertes en vies humaines".

Des échanges de tirs ont fait trois morts, jeudi, 27 mars, autour de la principale caserne militaire de Moroni, juste après l'arrestation d'un chef de l'opposition, en l'occurrence, le colonel « Campagnard », qui refuse de reconnaître la victoire du président Azali, qui est, aussi, son frère d'armes.

Evoquant les "multiples incidents survenus le jour du scrutin, lesquels ont non seulement interrompu le vote et les opérations de dépouillement dans plusieurs bureaux de vote, mais ont également empêché de nombreux électeurs d'exercer leurs droits civiques dans la sérénité", selon les observateurs internationaux, y compris ceux de l'UA, le président de la Commission de l'UA a souligné le fait que "toute contestation des résultats des élections doit se faire exclusivement par le recours aux voies légales".

Moussa Faki Mahamat a raison de le rappeler car c'est, aussi, cela la démocratie. Autrement dit, on ne doit pas seulement être démocrate quand on gagne. On doit surtout respecter la démocratie et les institutions de son pays quand on perd.

Et cela est une leçon qui ne vaut pas seulement pour l'opposition comorienne, mais, africaine, car l'essentiel dans une élection est de participer, pas toujours, de gagner.

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