PRESIDENTIELLE DES ETATS-UNIS : Trump a (effectivement) demandé au président ukrainien d'enquêter sur Joe Biden

Menacé par une procédure de destitution explosive, Donald Trump a dû publier, mercredi, 25 septembre, le contenu d'une conversation téléphonique dans laquelle il demande à son homologue ukrainien d'enquêter sur son rival Joe Biden. Un échange "accablant" pour les démocrates, qui sont en train de rassembler d'autres preuves avant de lancer la procédure de destitution au niveau de la Chambre des représentants que préside Nancy Pelosi.

La transcription de cet échange, sur la base de notes, jette une lumière crue sur la relation asymétrique entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, le jeune et novice président ukrainien, un novice en politique élu en avril à la tête d'un pays très dépendant de l'aide américaine (sur notre photo les deux chefs d'Etat se voient à la Maison Blanche ce mercredi 25 septembre).

Après avoir souligné que son pays "a été très très bon à l'égard de l'Ukraine" sans que cela ait été "forcément réciproque", Donald Trump, dans la conversation, évoque Joe Biden, parmi les favoris de la course à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, et les affaires en Ukraine de son fils Hunter.

"Beaucoup de gens veulent en savoir plus sur le sujet, donc, cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus", dit-il à Volodymyr Zelensky.

Donald Trump propose à son homologue ukrainien de travailler en coopération avec son avocat Rudy Giuliani, "un homme très respecté" et avec le ministre américain de la Justice, Bill Barr, et précise que les deux juristes vont se mettre en contact avec lui prochainement. De la corruption pure et simple !

Dans son échange, Donald Trump ne brandit pas de menace concrète et ne propose pas directement de contrepartie. Mais, il invite le président ukrainien à la Maison Blanche aussitôt après avoir écouté sa réponse sur Joe Biden.

Mercredi, Donald Trump a assuré que cet échange était parfaitement "anodin" et qu'il n'avait exercé "aucune pression" sur M. Zelensky.

Très en colère, il a dénoncé une affaire "montée de toutes pièces", se disant victime de "la plus grande chasse aux sorcières de l'histoire américaine".

"Ce fut un bon échange téléphonique, normal", a abondé M. Zelensky lors de sa première rencontre avec M. Trump, à New York. "Personne n'a fait pression sur moi", a-t-il encore assuré, tout en soulignant ne pas vouloir "être impliqué dans les élections aux Etats-Unis".

Malgré ces dénégations, les démocrates ont jugé que la transcription reflétait "sans ambiguïté un abus choquant et accablant de la fonction présidentielle pour un gain politique personnel".

"C'est comme cela qu'un chef mafieux parle : +Qu'avez-vous fait pour nous ? Nous en avons tellement fait pour vous mais cela n'est pas très réciproque. J'ai un service à vous demander+", a estimé l'un de leurs leaders, le représentant Adam Schiff.

A quelques 400 jours du scrutin, les démocrates ont lancé, mardi, 24 septembre, la première étape de la mise en accusation solennelle du président, une procédure rare et explosive qui a peu de chances d'aboutir à sa destitution, mais, jette une ombre sur sa campagne de réélection de Trump. C'est de cette manière qu'il s'était fait élire face à Hillary Clinton. Après s'être reposé sur Moscou, ce qui est un comble pour un président des Etats-Unis, il a refusé de reconnaître qu'il s'était fait aider par les Services de Poutine. Cette fois, les démocrates l'ont à l'oeil. Ils vont lui pourrir la vie jusqu'au jour de l'élection.

Les démocrates soupçonnent Trump d'avoir gelé une aide de près de 400 millions de dollars destinée à Kiev pour forcer le président ukrainien à l'aider. Un chantage qui ne dit pas son nom mais qui est, aisément, prouvée par les démocrates. Dans l'échange entre les deux hommes, Donald Trump ne mentionne pas cette aide.

Mercredi, les élus démocrates de la Chambre des représentants tentaient d'organiser l'audition d'un lanceur d'alerte, membre des services de renseignement, à l'origine du scandale. Ils doivent, également, entendre, jeudi, 26 septembre, le directeur du renseignement national, Joseph Maguire, qui avait refusé de leur transmettre le signalement rédigé par cet agent.

Leur but ? Réunir le maximum d'informations pour étayer leur dossier de mise en accusation ("impeachment") avant de passer au vote. Compte-tenu de la majorité démocrate à la Chambre, Donald Trump sera mis en accusation, ce qui n'est arrivé qu'à deux de ses prédécesseurs.

Le Sénat, où les républicains sont majoritaires, devra, ensuite, instruire le "procès" du président et rendre son verdict à une majorité des deux-tiers.

Pour que le milliardaire new-yorkais soit destitué, les démocrates devraient convaincre 20 sénateurs républicains. C'est pas improbable, mais, les démocrates devront mouiller la chemise pour faire voter contre Trump des sénateurs soucieux de la grandeur de leur pays.

L'un d'eux, le modéré, Mitt Romney, a jugé mercredi que l'échange entre MM. Trump et Zelensky était "profondément préoccupant".

La bataille qui s'engage sera farouche et Trump joue gros. Car, les démocrates, dans cette affaire, après son élection suspicieuse contre Hillary Clinton, sont en train de montrer que Trump est un grand faussaire.

Principale opposante à Donald Trump dans le camp démocrate, Nancy Pelosi semble tenir le bon bout quand elle déclare : "non, on ne peut pas demander de l'aide à un gouvernement étranger pour gagner une élection, ce n'est pas bien", a-t-elle tweeté mercredi pour justifier son offensive contre Trump.

Trump ne l'avait-il pas déjà fait il y a trois ans face à Hillary Clinton que les Russes redoutaient à la Maison Blanche ? Comme on dit, jamais un sans deux. Toutefois, Trump, cette fois, est et sera surveillé comme du lait sur le feu.

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