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PRESIDENTIELLE EN ALGERIE : Le gros embarras du pouvoir français face à la candidature (« légitime ») d'Abdelaziz Bouteflika

Officiellement, il n'y aura pas de réaction ni contre ni en faveur de la candidature à sa succession du président, Abdelaziz Bouteflika. Les autorités françaises savent jusqu'où ne pas aller avec les autorités algériennes dont le nationalisme et les questions d'ingérence constituent des principes intangibles de leur diplomatie. Et puis, il y a cette masse d'Algériens et de Franco-Algériens (plus de 5 millions de personnes) qui peuplent la France et dont la réaction reste à surveiller de très près. Du côté d'Alger, on n'attend aucun commentaire de Paris sur une telle question tout comme Alger ne peut se permettre de commenter l'actualité politique présidentielle française. C'est donc la réciprocité et une sorte de parallélisme des formes qu'on va observer, même si, à Paris, on est à la fois, inquiet, embarrassé et vigilant.

"C'est un vrai sujet. Je pense que c'est le plus gros +objet+ politique des prochains jours et semaines, sur fond d'élections européennes. Ca mobilise en temps le président de la République et le premier ministre", confie un ministre français sous anonymat. Impossible de le dire à haute voix pour ne pas être broyé par des courants de pensée transversaux.

"Instabilité, questions de sécurité, immigration, questions économiques, ressenti et comportements de nos compatriotes franco-algériens...": les possibles répercussions sont nombreuses, s'inquiète-t-il.

Le pouvoir algérien est confronté à une vague de contestation d'ampleur depuis l'annonce le 10 février de la candidature à un cinquième mandat du président, Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et, pratiquement, invisible depuis cinq ans (sur notre photo l'une des rares apparitions publiques du président algérien qui recevait son homologue français le 6 décembre 2017 à Alger).

Les manifestations ont été abordées dans le huis clos du Conseil des ministres, à Paris, mercredi, 27 février, par le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, qui a fait part de sa "grande vigilance". Dans la foulée, Jean-Yves Le Drian a reçu, l'après-midi, l'ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt. Venu prendre des instructions de vive-voix !

Tout de même, une réaction (bien plate) du porte-parole du gouvernement après le Conseil des ministres : "C'est au peuple algérien et à lui seul qu'il revient de choisir ses dirigeants, de décider de son avenir, et cela dans la paix et la sécurité", a déclaré Benjamin Griveaux, faisant le "voeu" de la France que l'élection présidentielle du 18 avril réponde "aux aspirations profondes" de la population algérienne. Les journalistes présents auraient pu lui décerner la note de 19/20 pour sa langue de bois.

De son côté, le Quai a juste indiqué que les autorités françaises "suivent de près la situation". Bien sûr que personne n'en doute.

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