PRESIDENTIELLE EN CENTRAFRIQUE : Qui est effrayé par la candidature de François Bozizé ?

L'ex-président centrafricain, François Bozizé, chassé du pouvoir par des rebelles en 2013, a annoncé, samedi, 25 juillet, sa candidature à l'élection de décembre 2020, devant les militants de son parti réunis en congrès à Bangui. Une très bonne nouvelle pour ces militants du parti Kwa na Kwa (KNK, le travail rien que le travail), qui semblait orphelins, il y a quelques années, du fait de la persistance de son exil involontaire en Ouganda. Son retour non souhaité et combattu par le pouvoir en place, rend à coup sûr la présidentielle indécise dans la mesure où François Bozizé, ancien président de la République, dispose d'un savoir-faire électoral que personne ne conteste.

"Le congrès vient de me désigner candidat du Kwa Na Kwa à la prochaine élection présidentielle (...). J'accepte solennellement la mission que vous me confiez", a-t-il déclaré lors d'un discours prononcé devant ses partisans (notre photo) et retransmis en direct sur Facebook.

Arrivé par la force à la tête du Centrafrique en 2003, ce général d'armée (5 étoiles) avait été renversé dix ans plus tard, par une coalition de mouvements rebelles, appelée la Séléka, soutenue par le nouveau maréchal (de pacotille) des armées tchadiennes, Idriss Déby Itno.

Ce coup d'état avait plongé le pays dans une guerre civile, marquée par de violents affrontements communautaires entre la Séléka et les milices antibalaka, apparues pour soutenir le président déchu. Pour son retour à la politique en Centrafrique, Bozizé devra se méfier d'Idriss Déby Itno comme du lait sur le feu. Il sera plus dangereux pour lui que le président Touadéra.

François Bozizé est, toujours, sanctionné par les Nations-Unies pour son rôle dans la crise de 2013 au cours de laquelle il est accusé d'avoir soutenu des milices antibalaka. Mais, cela ne peut l'empêcher d'être candidat à la prochaine présidentielle. Seul l'exil auquel il était confiné pouvait le priver d'être candidat. A présent, ce n'est plus possible. Bientôt, il présentera son offre politique aux Centrafricains.

Un des pays les plus pauvres du monde, le Centrafrique est dirigé, depuis 2016, par Faustin-Archange Touadera, candidat à sa réélection. Ancien premier ministre, pendant cinq ans de François Bozizé, jusqu'à la perte de son pouvoir en 2013, Faustin-Archange Touadera compterait, beaucoup, sur le « savoir-faire électoral » des Russes pour l'aider à obtenir un deuxième mandat, bien que son bilan soit loin d'être élogieux. Il va devoir le défendre dans les semaines qui viennent, dans un pays encore occupé à près de 80% par 14 mouvements rebelles, et ce malgré les Accords de Khartoum signés en février 2019. Du travail donc en perspective pour le futur président centrafricain quel qu'il soit.

Lors de son discours, François Bozizé a dépeint "un tableau aussi sombre que traumatisant" de son pays. Il a fustigé "l'absence de démocratie", "la montée des tribalismes", "la gravité de la situation sécuritaire" et "l'absence totale d'autorité de l'Etat". Rien n'est faux de ce qu'il a dit, sauf qu'on attend que son ancien premier ministre devenu président de la République, dise le contraire pendant la campagne. Sous la supervision des juges de paix que sont les électeurs centrafricains.

François Bozizé s'est présenté comme le candidat "de la réconciliation nationale et de l'unité", appelant au "rassemblement" d'autres partis derrière sa candidature. On va bien voir comment les choses vont se passer car avec Bozizé comme candidat, on ne va pas s'ennuyer.

Ajouter un commentaire

Les plus populaires