PRESIDENTIELLE EN COTE D'IVOIRE : Concertation au sommet entre Ouattara et Condé (pour le pire)

La non-réponse d'Alassane Ouattara, mercredi, 29 juillet, à la demande des militants du RHDP, dans leur grande majorité, de se représenter pour un troisième mandat consécutif, a été une douche froide pour beaucoup d'entre eux. Une telle hésitation n'est pas bon signe alors qu'ils avaient besoin d'un Oui massif de leur champion. Mais à la décharge de Ouattara, les choses sont loin d'être simples d'autant qu'il continue de peser le pour et le contre avant de décider. Une décision qui sera grave de conséquences quel que soit son choix.

La concertation est permanente entre Abidjan et Conakry où les deux présidents sont face au même dilemme. Relisant la nouvelle constitution de la façon qui leur est favorable, ils arrivent à la conclusion qu'ils peuvent se représenter, la nouvelle constitution remettant les compteurs à zéro, ce que l'opposition conteste. Chez nos confrères de France 24, le candidat du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, a déclaré urbi et orbi que la constitution n'autorisait pas un troisième mandat à Alassane Ouattara. Bédié n'est pas n'importe qui. Il est un ancien président de la Côte d'Ivoire.

Ouattara et Condé sont comme deux frères jumeaux. Installés tous les deux au pouvoir à quelques mois d'intervalle par le très activiste président français de l'époque, Nicolas Sarkozy, ils doivent tout à la France. Si Alpha Condé semble se rebeller, aujourd'hui, en tenant un discours d'affranchi à l'endroit de la France, après avoir bien profité des largesses de Sarkozy et de Hollande, tel ne peut être le cas de Ouattara dont on doit se rappeler qu'il n'est même pas Ivoirien de naissance, et que c'est grâce au forcing acharné du président, Jacques Chirac et de son chef de la diplomatie, Dominique de Villepin, aux Accords de Marcoussis et à l'implication du président sud-africain de l'époque, Thabo Mbeki, que Laurent Gbagbo avait accepté de l'enrôler à l'élection présidentielle. Jetant dans la poubelle de l'histoire le fameux arrêt du juge, Tia Koné, qui ne lui reconnaissait pas la qualité d'Ivoirien pouvant faire acte de candidature. Mais ironie du sort, c'est ce même Ouattara qui a fait enfermer Gbagbo à la CPI pendant une dizaine d'années. C'est encore ce Ouattara admis à se présenter à l'élection présidentielle alors qu'il n'en avait pas la capacité ni le droit, qui a collé 20 ans de prison à Gbagbo pour avoir cassé une agence de la BCEAO, ce qui reste à démontrer. C'est toujours le même Ouattara qui se prépare à lui interdire la présidentielle de fin octobre prochain, avec un risque de faire embraser à nouveau la Côte d'Ivoire.

Emmanuel Macron a envoyé, mi-juillet, à Abidjan, son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, présenter les condoléances de la France au président ivoirien suite à la mort du premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, avec un (important) message à la clé : la France (qui a installé Ouattara au pouvoir en 2011 et qui a salué sa décision de quitter le pouvoir en octobre prochain) souhaite qu'il choisisse un autre candidat dans le vivier des cadres du RHDP pour remplacer Gon Coulibaly. Si Ouattara estime que la mort de son candidat Gon Coulibaly le prend de court par rapport à un tel choix, la France pense qu'il devrait retarder la tenue de l'élection pour faire les choses selon les règles de l'art en faisant attention à préserver la paix après la tenue de celle-ci.

A Afriqueeducation.com, on n'est pas porte-parole du gouvernement français. Mais, on est d'accord pour que tout soit mis en œuvre afin que la Côte d'Ivoire ne sombre pas à nouveau dans des troubles. Une troisième candidature de Ouattara, qui est synonyme de victoire, serait un moyen de relancer les troubles dans le pays, surtout, après avoir écarté les candidatures de Gbagbo et de Guillaume Soro, actuellement, en exil involontaire à Paris, et à qui il a aussi collé 20 ans de prison. Comme quoi, Ouattara est une espèce politique (heureusement) en voie de disparition en Afrique.

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