PRESIDENTIELLE GABONAISE : Le « Problème Accrombessi » s'invite sur le bureau de François Hollande

De retour de Rio de Janeiro, François Hollande, va trouver, lundi, 8 août, une surprenante lettre écrite par le député démissionnaire du PDG, Bertrand Zibi Abeghe, qui l'interpelle sur la très grave situation politique qui prévaut, actuellement, au Gabon. Datée 5 août, cette lettre vient après celle du 1er août envoyée au président du Bénin, Patrice Talon. Les deux chefs d'Etat interpellés ont en commun le fait que le principal mis en cause dans la crise gabonaise se trouve être leur compatriote, Maixent Accrombessi, actuel directeur de Cabinet de Bongo Ondimba Ali (BOA), qui dispose de plusieurs nationalités, dont, la française et la béninoise.

Dans un style qui commence à être familier, Bertrand Zibi Abeghe va droit au but :

« Depuis près de soixante-dix ans, votre pays, la France, est au cœur du système politique gabonais. Comme vous le savez, c'est votre compatriote, Feu le Général de Gaulle, qui, par l'entremise de Feu Jacques Foccart, a fortement contribué à la mise en place du Système Bongo PDG ».

« Ce système diabolique est à l'origine du mal être de tous les Gabonais. Nous vivons dans la misère la plus absolue tandis que nos richesses bénéficient à des personnes sans foi ni loi ».

« Le peuple gabonais depuis plus d'un siècle vit en manque d'eau potable, des villes mal éclairées, sans routes, pendant que des expatriés pillent toutes nos ressources en assurant leur place dans le cercle des hommes les plus riches du monde ».

« A titre d'exemple, je vous citerais votre 'compatriote' Maixent Accrombessi, qui a fait l'objet de poursuites judiciaires dans votre pays, la France ».

« Ce triste personnage ayant une triple nationalité (française, béninoise et gabonaise par accident), pille sans vergogne les caisses de notre pays, le Gabon, avec son ami, le président Bongo Ondimba Ali. Et dans cette œuvre de pillage de notre économie, il est épaulé par des 'apatrides' qui se nomment : Liban Soleiman, Seydou Kane, Gugan Gupta de la nébuleuse Olam, l'imam Oceni Ossa et le tristement célèbre Jean Fidèle Otandault, directeur général du Budget. Tous venus d'ailleurs ».

« Le Général de Gaulle disait : 'La France n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts'. Oui Monsieur Hollande, le Gabon de 2016, à son tour, dit qu'il n'a pas non plus d'amis, mais que des intérêts. Oui Monsieur le Président, nous disons aujourd'hui, 'Le Gabon aux Gabonais' ». Car « Nous voulons jouir de nos richesses (que pillent Accrombessi et ses amis de la Légion étrangère)... Nous voulons choisir librement notre président comme les Français vous ont librement choisi ».

« C'est pour cette raison que je vous interpelle solennellement pour que vous pesiez de tout votre poids afin que la prochaine élection présidentielle au Gabon, soit un scrutin libre et transparent. Cela y va de la paix sociale dans notre pays, le Gabon, et toute la sous-région ».

Le problème est, clairement, posé à un moment où le député Bertrand Zibi Abeghe accuse Accrombessi d'avoir fait délivrer des cartes d'identité gabonaises et d'électeurs à des Béninois, hier sans papiers, afin de s'en servir comme bétail électoral. En tout, l'opposition et la société civile dénombrent plus de 33.000 faux électeurs sur le fichier électoral dont BOA a refusé l'audit malgré la demande insistante de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et de la National Democratic Institute (NDI). Comme on voit, Maixent Accrombessi contrôle, étroitement, le processus électoral. En effet, il a été à l'origine de la nomination du ministre de l'Intérieur (et ministre des Elections), Pacôme Moubelet Boubeya, qui avait déclaré, l'année dernière, qu'aucun candidat de l'opposition ne deviendra jamais président de la République tant qu'il occupera le poste de ministre de l'Intérieur. D'autre part, le président de la Commission nationale électorale autonome et permanente (CENAP), René Aboghe Ella, institution supposée être apolitique et indépendante, recevrait, ses ordres directement d'Accrombessi, depuis le Palais du Bord de Mer.

De ce fait, Bertrand Zibi Abeghe conclut, ainsi, sa lettre à François Hollande :

« Aujourd'hui, le Gabon dit 'Trop c'est trop'. Nous préférons tous mourir que de continuer de voir notre pays être spolié par ce 'sang impur qui abreuve nos sillons' ». Et il termine :

« Le Gabon a bien grandi et est désormais mature pour choisir librement ses dirigeants » (fin de citation).

L'individu mis en cause a exaspéré les Gabonais et les Gabonaises, par son arrogance, son extravagance et sa boulimie du pouvoir à vouloir tout contrôler, tout régenter, tout ordonner. Il n'y a pas un Gabonais qu'il n'ait point humilié, à commencer par BOA lui-même que l'individu en question considère, en privé, comme sa « poule ». Si on était à l'ère de la barbarie, il y a longtemps que les Gabonais auraient sorti les machettes pour le chasser du Gabon, pays qui lui a offert l'hospitalité, quand, arrivé sur les côtes d'Owando, en « boat people », sans papier, dans les années 80, il avait été accueilli, avant de bénéficier d'un gîte et d'un couvert, comme on sait le faire au Gabon. Accrombessi veut effacer ce misérable et triste chapitre de sa vie d'homme en se vengeant sur le peuple gabonais.

Les lettres de Bertrand Zibi Abeghe aux chefs d'Etat béninois et français à l'endroit de leur compatriote, Maixent Accrombessi, étant considérées comme des interpellations, sinon, un appel au secours, un SOS, un appel à la détresse, il ne faudra pas s'étonner demain que la situation dégénère au Gabon, après que cet appel aura été négligé. Nos propos sur Accrombessi ne sont pas exagérés : on n'a qu'à interroger les Gabonais pour s'entendre dire que la coupe est, désormais, pleine (et déborde déjà), qu'ils n'en peuvent plus de subir les frasques de cet individu, qui, par ailleurs, ne perd jamais l'occasion de les narguer, très conscient de sa superpuissance sur le (pauvre) BOA et de la très forte influence qu'il exerce sur lui. Voilà pourquoi, à trois semaines de la périlleuse élection présidentielle du 27 août, les Gabonais sont de plus en plus nombreux à dire que le « Dossier Accrombessi » est devenu un problème diplomatique urgent à résoudre. Et faute de le régler, personne ne devra dire demain : on ne savait pas.

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