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RDCONGO : Félix Tshisekedi président de la République mais pas (totalement) président.

Il vient de faire ses cent premiers jours en tant que président démocratiquement élu de la RDCongo. Pourtant, plus de cent jours, plus tard, il n'a, toujours, pas eu les coudées franches pour nommer son premier ministre, et, encore moins, ses ministres et secrétaires d'Etat. Ne disposant pas de la majorité au parlement, il est condamné à vivre en bonne entente avec son prédécesseur, Joseph Kabila, qui ne fait rien pour lui faciliter la tâche.

Le climat politique s’est apaisé depuis l’investiture le 24 janvier de M. Tshisekedi, proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 30 décembre (notre photo). Factuellement, il s’agit de la première transmission pacifique du pouvoir dans l’histoire agitée de la RDC.

Cette première alternance sans effusion de sang a rassuré la communauté internationale, mais, son résultat est contesté par l’autre opposant, Martin Fayulu, qui revendique la victoire avec 60% des voix. L’église catholique lui donne raison, sur la foi des procès-verbaux de ses 40.000 observateurs déployés dans les bureaux de vote le jour du scrutin.

Impensable sous la présidence Kabila, les manifestations de l'opposition autour de M. Fayulu pour la "vérité des urnes" sont, aujourd'hui, autorisées et encadrées, et même, diffusées à la télévision publique (RTNC).

M. Fayulu a, néanmoins, été convoqué par la justice pour ses déclarations appelant à la démission de M. Tshisekedi, qui s’est engagé encore, vendredi, 3 mai, à défendre la liberté de la presse.

Le patron de la redoutable Agence nationale de renseignements (ANR), Kalev Mutond, a été remplacé. Des prisonniers du mouvement citoyen Filimbi ont été libérés. La justice congolaise a annulé la condamnation à trois ans de prison de l'opposant en exil Moïse Katumbi puis, a abandonné des poursuites à l'encontre de ses gardes du corps dans une affaire de recrutement présumé de mercenaires.

Des poursuites judiciaires ont été lancées contre des policiers impliqués dans des répressions d'une manifestation d'étudiants. Soupçonnés de corruption, des mandataires d’entreprises publiques et le ministre des Affaires foncières ont été suspendus.

Depuis sa prise de fonction, le président Tshisekedi a multiplié les déplacements, d’abord, à l’étranger et puis dans les provinces.

Il a été reçu aux Etats-Unis, dont l’ambassadeur à Kinshasa ne lui ménage pas les signes de soutien.

"Je suis là pour déboulonner le système dictatorial qui était en place", a lancé M. Tshisekedi à Washington. Des propos publiquement dénoncés par la coalition pro-Kabila du Front commun pour le Congo (FCC), qui dispose d’une vaste majorité au parlement.

A l’intérieur, M. Tshisekedi travaille son image de président-bâtisseur dans le plus vaste pays d’Afrique sub-saharienne qui manque d’infrastructures. Des travaux ont été lancés à Kinshasa et dans des provinces dans le cadre de ces cent premiers jours.

Lors d’un déplacement dans le Nord-Kivu, M. Tshisekedi a dénoncé et menacé les responsables politiques qui manipulent les groupes armés. Il n’a cependant pas mis en œuvre sa promesse de campagne : déménager l’état major dans l’Est congolais où des dizaines de milices menacent les civils.

Le président congolais n’a pas non plus exercé le pouvoir régalien par excellence d’un chef de l’Etat à qui la constitution donne beaucoup de pouvoir : nommer le premier ministre.

La raison est simple. Il ne peut pas décider seul. Le chef de l’Etat a d’ailleurs rencontré deux fois son prédécesseur depuis son investiture. Son premier ministre doit être en toute logique issu des rangs de la coalition pro-Kabila, ultra-majoritaire au parlement, dans les assemblées provinciales et dans les gouvernorats des 26 provinces.

Pour les 100 premiers jours, les points négatifs sont l'absence de gouvernement, peu de résultats en ce qui concerne la lutte contre la corruption.

Signe des marges de manœuvre limitées du nouveau président, la dépouille de son père, l’opposant historique, Etienne Tshisekedi, mort, à Bruxelles, le 1er février 2017, repose, toujours, en Belgique. Son fils avait, pourtant, promis une inhumation dès que possible au pays des ancêtres s’il était élu.

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