SOMMET CEDEAO : Adulé à Lomé, le président Muhammadu Buhari est fortement contesté à Abuja dans son propre parti

Il l'a dit lui-même dans son premier discours en tant que président en exercice de la CEDEAO, le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, qui succède au Togolais, Faure Gnassingbé, n'a été candidat à rien à la tête de l'organisation sous-régionale. « Ce sont mes homologues qui m'ont proposé à ce poste, et je ne pouvais pas me défiler », a-t-il expliqué, lors de la cérémonie de clôture, ce mardi, 31 juillet, quand Faure Gnassingbé lui transmettait le fanion de la présidence en exercice de l'organisation. En tout cas, Muhammadu Buhari avait une partie de son cœur qui battait (favorablement) du côté de Lomé tandis que l'autre partie du cœur battait (défavorablement) à Abuja. Et pour cause !

Le président du Sénat nigérian, Bukola Saraki, a choisi quand les chefs d'Etat membres de la CEDEAO sacraient leur homologue nigérian, Muhammadu Buhari, comme leur chef, pendant un an, pour annoncer qu'il quittait le parti de ce dernier. Ce n'est un secret pour personne que son parti, l'APC (Congrès des progressistes) est confronté à de graves dissensions internes à un peu plus de six mois de la présidentielle prévue en février 2019.

"Après des consultations approfondies, j'ai décidé de quitter le Congrès des progressistes" (APC), a affirmé Bukola Sakari sur Twitter. Une communication à la Donald Trump, qui ne lui a pas permis de préciser les raisons de son passage dans l'opposition qu'il combattait hier.

La semaine dernière, ce sont 14 sénateurs et 37 députés, qui avaient fait défection de l'APC au dernier jour de la session parlementaire. Le Sénat compte 109 élus et l'Assemblée 360.

Début juillet, 38 partis politiques ont formé avec le PDP une alliance pour empêcher la réélection de Muhammadu Buhari à la présidentielle de février 2019.

L'ancien général Buhari, qui avait accédé au pouvoir en 2015 en l'emportant sur le président Goodluck Jonathan (PDP), a annoncé vouloir se présenter à sa propre succession.

Malgré un important soutien, notamment de quelques Etats clés du Nord du pays, il subit de très fortes pressions et critiques au sein même de son propre camp. Certains membres de l'APC ont ainsi formé un mouvement dissident, l'APC réformé (rAPC).

M. Saraki, dont les divergences avec le président Buhari sont notoires, est soupçonné d'être à l'origine du rAPC et des ralliements massifs à l'opposition.

La Cour suprême du Nigeria a levé, récemment, des accusations de corruption qui pesaient contre M. Saraki, au terme d'une longue bataille judiciaire qu'il a qualifiée de chasse aux sorcières politique.

Il a toutefois été convoqué la semaine passée par la police nigériane, soupçonné d'avoir commandité une série de braquages de banques dans son fief politique, l'Etat de Kwara, en avril dernier. M. Saraki a alors dénoncé un "stratagème" pour empêcher les défections imminentes de parlementaires du parti au pouvoir.

Cela dit, Muhammadu Buhari, n'a rien fait transparaître à Lomé de la déception provoquée par cette mauvaise nouvelle qui aurait pu, au moins, pour la forme, attendre son retour à Abuja. Un retour qui a eu lieu quelques heures après la clôture du Sommet de la CEDEAO.

Son mandat, comme il l'a annoncé, dans une brève adresse, sera axé sur la consolidation de la paix, de la sécurité, de la bonne gouvernance ainsi qu'au développement économique et social des 15 pays membres qui composent la CEDEAO.

Le prochain Sommet de l'organisation se tiendra, pendant la deuxième quinzaine de décembre, à Abuja, siège des institutions de la CEDEAO, au Nigeria. A ce moment, Muhammadu Buhari aura, cette fois-ci, une partie de sa tête dans la bonne organisation du 54e Sommet de la CEDEAO, et une autre partie de sa tête, dans la forte compétition de la présidentielle à laquelle lui soumettront ses adversaires et non les moindres. Mais à 74 ans, l'ancien général en a vu d'autres. Il a encore de la ressource.

D'un de nos envoyés spéciaux
à Lomé (Togo)

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