SOUDAN DU SUD : Entre Salva Kiir et Riek Machar, la rupture ?

Le vice-président, Riek Machar, ne regagnera la capitale sud-soudanaise que lorsqu'une force neutre d'intervention sera installée dans le pays et sera en mesure d'assurer sa sécurité, a expliqué son représentant en Ethiopie, Goi Jooyul Yol.

"On ne va pas revenir pour se faire assassiner", a déclaré Goi Jooyul Yol. "Nous n'allons pas répondre" à l'appel du président Kiir, qui avait demandé, jeudi, 21 juillet, à Riek Machar, de rentrer à Juba pour relancer le processus de paix. M. Kiir avait dit attendre une réponse sous "48 heures".

M. Machar avait quitté Juba après les combats meurtriers (au moins 300 morts) qui ont opposé, du 8 au 11 juillet, ses troupes à celles de M. Kiir, et n'est plus apparu en public depuis.
"Nous n'avons pas confiance en ça", a répondu Goi Jooyul Yol, en référence à la promesse par M. Kiir d'"assurer la sécurité" de M. Machar. "Il aurait dû faire ça au début quand le Dr Machar était à Juba. Il a tué l'accord de paix", a-t-il accusé.

Selon cette même source, M. Machar est "aux environs de Juba", où il "est encore pourchassé" par les troupes gouvernementales. "Il y a juste deux jours, il y a eu des affrontements, malgré le cessez-le-feu" conclu par les deux camps, le 11 juillet, a-t-il assuré.

L'ex-rébellion a, également, publié un communiqué, ce vendredi, réaffirmant son plein soutien à Riek Machar et prévenant par avance que quiconque chercherait à prendre sa place ne serait pas légitime.
Le gouvernement a tenté, ces derniers jours, d'entretenir la division au sein de l'ex-rébellion.

"Nous voudrions profiter de cette opportunité pour affirmer que Riek Machar Teny Dhurgon, le premier vice-président de la République, reste le président et le commandant en chef du SPLM/A (IO)", a répliqué l'ex-rébellion. Le SPLM/A (IO) désigne le Mouvement ou l'Armée populaire de libération du Soudan.

"Toute tentative ou conspiration pour changer la configuration de notre équipe dirigeante est complètement rejetée et porterait un coup dévastateur" à l'Accord de paix d'août 2015 et au gouvernement d'union nationale, a-t-elle ajouté.

L'ex-rébellion soupçonne le président Kiir de chercher à remplacer M. Machar par Taban Deng Gai, le ministre des Mines dans le gouvernement d'union nationale, lui aussi, issu du SPLM/A (IO).
Le président Kiir et son entourage sont "frénétiquement occupés à essayer d'imposer Taban Deng Gai en remplacement" de Riek Machar, a-t-elle dénoncé.

Taban Deng Gai, qui a été le principal négociateur des ex-rebelles pour l'accord de paix, a donné du crédit à ces accusations en estimant, récemment, que l'ex-rébellion ne se résumait pas à la seule personne de Riek Machar.

"Le SPLM/A (IO) appelle le président Kiir et le général, Paul Malong (le chef d'état-major de l'armée gouvernementale, ndlr), à cesser, immédiatement, leurs efforts militaires pour traquer Riek Machar, dans l'espoir vain d'installer Taban Deng Gai comme premier vice-président", a repris l'ex-rébellion.

Ancien puissant commandant rebelle lors de la lutte d'indépendance contre Khartoum, et ex-gouverneur de l'Etat pétrolier d'Unité (Nord), Taban Deng Gai, membre de l'ethnie Nuer comme Riek Machar, s'est, aussi, aligné sur le refus du président Kiir d'accepter un renfort de Casques bleus dans le pays déchiré depuis décembre 2013 par le conflit interne entre MM. Kiir et Machar (notre photo).

Cette position est en contradiction avec celle de l'ex-rébellion. Celle-ci a précisé soutenir le "renforcement du mandat" de la Mission des Nations-Unies au Soudan du Sud (Minuss), et surtout, la création d'une force régionale d'intervention avalisée par l'Union africaine, mi-juillet, lors de son Sommet, à Kigali.

"L'importance de l'intervention d'une tierce partie ne peut être suffisamment soulignée. Parce que le Soudan du Sud n'a pas de force armée nationale, pas d'agence de sécurité nationale. Les armées existantes sont, toutes, partisanes et à caractère ethnique", a ajouté l'ex-rébellion.

"Pour nous, l'Accord de paix est encore valide. Le Dr Machar est encore le premier vice-président", a appuyé Goi Jooyul Yol. "Nous avons besoin d'une tierce partie. Quand ces forces arriveront, alors, nous pourrons reprendre la mise en œuvre de l'Accord de paix."

Avec AFP

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