TCHAD : Idriss Déby Itno accuse la France d'avoir provoqué la guerre entre Séléka et Anti-Balaka en Centrafrique

Pour Idriss Déby Itno, "Il y a des soldats d'autres pays qui n'ont pas joué un rôle neutre" en Centrafrique, comme les soldats tchadiens.

Et de poursuivre sur cette belle lancée : "Qui a armé les Anti-Balaka (milices à majorité chrétiennes en RCA), qui a créé les affrontements entre les musulmans et chrétiens ? Vous le savez très bien. Demandez à votre pays (la France) d'aller faire une enquête mais ce n'est pas le Tchad en tout cas", a affirmé, doctement, Idriss Déby Itno, dans l'émission, Internationales, réalisée par RFI, TV5 Monde et le Monde, au Palais Rose, à N'Djamena. Cette sortie du président tchadien est essentielle car elle permet de situer François Hollande, qui ne serait pas différent de Nicolas Sarkozy dont le passage de cinq ans à l'Elysée avait permis de mettre tout un pays, la Libye, par terre. Hollande, lui, s'est tapé le Centrafrique, qui restera, longtemps, dans une situation d'instabilité. Bravo la France semble dire indirectement Idriss Déby Itno. Ah ! Et si les autres chefs d'Etat africains avaient le courage de ce Tchadien ? Ils nous diraient bien des choses.

Selon le président Déby (sur notre photo dans les bras de Hollande sous le regard de Le Drian), le pourrissement de la situation auquel nous avons droit, aujourd'hui, en Centrafrique, est, carrément, à mettre à l'actif de l'ancien président, François Hollande, et à ses deux principaux lieutenants de l'époque : celui de la diplomatie, Laurent Fabius (actuellement président du Conseil constitutionnel) et de la Défense, Jean Yves Le Drian (recyclé par Emmanuel Macron comme chef de la diplomatie française).

Partis de rien, mais alors de rien du tout, les Anti-Balakas, une force vraiment venue de nulle part, s'était retrouvée avec beaucoup d'armes et de munitions pour combattre le président centrafricain de l'époque, Michel Djotodia. Patron des Séléka, ce dernier ne demandait qu'à vite organiser les élections et à quitter le pouvoir. Michel Djotodia l'avait notamment déclaré dans une interview à Afrique Education (deuxième quinzaine 2013).

Mais alors qu'il n'avait que ce discours à la bouche et demandait même de l'aide à cet effet, François Hollande a trouvé moyen de le débarquer de son poste, au lieu de le soutenir dans cette posture de chef d'Etat qui entend organiser une présidentielle à laquelle il ne prend pas part. C'est fort rarissime en Afrique.

Jusqu'à cette déclaration de Déby, le doute planait sur le rôle qu'avait joué l'ancien président centrafricain, François Bozizé, dans l'armement des Anti-Balakas. Pour beaucoup de Centrafricains et d'Africains du Centre, il est le père des Anti-Balakas. Mais même si c'est vrai en partie, ces combattants chrétiens se revendiquant de lui, avait-il les moyens de les armer pour autant ? Que non ! Déby vient, aujourd'hui, nous éclairer sur le fait que le responsable de cette situation, s'appelle François Hollande, situation qu'il pensait (à tort) régler en « six mois ». C'est, en effet, le temps que l'armée française dépêchée sur place, à sa demande, devait mettre pour sécuriser à nouveau le pays. Mais après plus de deux ans de tâtonnement, cette armée française s'est retirée, en laissant les Sélékas (qui ont trouvé moyen de se réarmer) face à face avec ceux que la France elle-même avait armés selon Déby (les Anti-Balakas). Nous y sommes encore aujourd'hui et pour longtemps encore.

Idriss Déby Itno a asséné un autre coup à la France, celui d'avoir modifié la constitution du Tchad, sans son avis, à sa place, pour que lui, Déby, reste au pouvoir, alors que, lui, le soldat Déby qui « n'a qu'une parole » « voulait partir en 2006 ». Et de citer le patriarche Ondimba comme témoin. En ce moment, la France était dirigée, pour un an, encore, par Jacques Chirac.

Déby conclut : « C'est toujours la France qui fait, c'est toujours la France qui critique, c'est toujours la France qui est derrière ». On est, ici, en pleine Françafrique telle qu'elle fonctionne. On cherche à percevoir sa nouvelle orientation maintenant que c'est Emmanuel Macron qui est aux affaires.

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