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TCHAD : Quand Emmanuel Macron chausse les bottes pour sauver le pouvoir vacillant de Déby Itno

En France, l'opposition est vent debout ce jeudi, 7 février, depuis que le feu vert d'Emmanuel Macron, autorise les avions français (Mirages 2000), à bombarder la colonne d'une quarantaine de véhicules des combattants de l'UFR de Timane Erdimi. Trois députés français, François RUFFIN et Danièle OBONO, de la France Insoumise (FI) et l’eurodéputée écologiste, Michéle RIVASI, ont été saisis, par certaines ONG et associations françaises, pour relayer cette question au niveau de leurs assemblées respectives et de poser des questions (qui fâchent) à Jean Yves Le Drian (Affaires étrangères) et à Florence Parly (Armées), faute d'interroger directement Emmanuel Macron. Timane Erdimi n'est pas un illustre inconnu au Tchad. Rebelle bien connu, il est le propre neveu du président, Idriss Déby Itno. C'est aussi une affaire de famille, le pouvoir au Tchad. Cela fait plus de quinze ans qu'il cherche, désespérément, à l'évincer du pouvoir. Ca fait plus de quinze ans que Oncle Déby (qui n'était pas encore Itno) déjoue toutes ses tentatives de prise du pouvoir par la force. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne après le ratage de 2008 suite à l'intervention de l'armée française (initiée par Nicolas Sarkozy), qui permit à Déby de survivre alors que les combattants de Timane étaient à 300 mètres du Palais ?

Après cet échec de 2008, Timane Erdimi est resté, pratiquement, dix ans sans vraiment faire parler de lui. Préférant effectuer des voyages dans les pays du Golfe, notamment, au Qatar et dans les pays voisins comme le Soudan où Déby a signé la paix (des braves) avec le président, Omar el-Béchir, en épousant la fille d'un chef djandjawid soudanais (sa quinzième épouse dit-on qui vit d'ailleurs à Khartoum où Déby lui a acheté une ville et dont la dot se serait élevée à plus de 30 millions de dollars). Timane Erdimi s'est refait une santé (militaire) à la frontière tchado-libyenne. Pendant dix ans !

Militairement parlant, Déby n'est plus ce qu'il était il y a quelques années. Il a, tellement, éparpillé son armée de par le monde (parfois à la demande de ses amis et soutiens français) qu'il est, pratiquement, dégarni sur le plan intérieur. En effet, ses militaires sont présents au Nord-Mali, dans le cadre du G5 Sahel, au sein de la Force multilatérale qui combat Boko Haram autour du Lac Tchad, et puis, au niveau de la frontière tchado-centrafricaine où il ambitionne de faire un coup d'état au président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra (Lire à ce sujet le numéro 473 d'Afrique Education chez vos marchands de journaux). Ce serait le troisième coup d'état du genre, après celui fomenté contre le régime d'Ange-Félix Patassé en 2003 et François Bozizé en 2013, après avoir été son protégé pendant plus de neuf ans (notre photo montrant le baiser de Juda que Déby fait à Bozizé). Jamais deux sans trois, dit-on. Faustin-Archange Touadéra, premier ministre de Bozizé au moment du coup d'état, subirait d'inacceptables diktats de Déby, ce qui le met en porte à faux, lui, le chef d'Etat démocratiquement élu sur la base d'un programme politique annoncé à son peuple. C'est pour cette raison que Déby a « zappé » la signature de l'accord de paix, à Khartoum, dimanche, 3 février, sous l'égide de l'Union africaine et des Nations-Unies. Il nourrit de sérieuses velléités qui vont à l'encontre de la paix en Centrafrique. Certains chefs rebelles centrafricains sont ses obligés qui mangent dans sa main.

Au regard de ses multiples missions, l'armée tchadienne est, donc, rigoureusement, incapable de faire face aux menaces de l'UFR dont les combattants sont tchadiens et non des mercenaires comme l'indique à tort le MPS. Selon nos informations, Déby souhaitait faire revenir certains contingents tchadiens d'Afrique de l'Ouest pour affronter cette nouvelle menace interne. Ce transfert de combattants aurait eu pour conséquence, la désorganisation de la guerre anti-djihadiste menée dans le Sahel. On peut, donc, penser que l'aide militaire que la France accorde, actuellement, à Déby, à travers les bombardements des troupes de l'UFR, devrait, théoriquement, l'empêcher de rapatrier ses troupes. Mais, en réalité, ce retour ou non de ses troupes dépend de l'efficacité des frappes françaises. Si elles atteignent leurs cibles en détruisant la colonne dite ennemie, Déby les garderait en l'état dans le Sahel. Mais, l'UFR se disant bien préparée à faire face aux frappes de l'avion française, et décidée à poursuivre son trajet jusqu'à N'Djamena, on peut penser que tout puissant faiseur de guerre en Centrafrique qu'il soit, Déby ne dormira plus yeux et oreilles fermés, tant que la situation n'évoluera pas dans le Nord-Est à sa faveur.

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