TERRORISME : Vers la disparition du G5 Sahel à Ouagadougou ?

Les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se rencontrent, samedi, 14 septembre, à Ouagadougou, pour tenter de trouver une solution aux menaces djihadistes, qui affectent leurs pays. Le terrorisme étant un vrai danger, qui ne connaît pas de frontières, le Sommet sera étendu aux pays non membres de la CEDEAO, qui sont, également, affectés par la gangrène terroriste. Il s'agit du Tchad et de la Mauritanie, qui font partie du G 5 Sahel sans être membres de la CEDEAO et du Cameroun, qui subit, de temps en temps, les assauts de la secte terroriste, Boko Haram, qui est, confortablement, installée dans le Nord-Est du Nigeria.

Ce sommet dédié à « la lutte contre le terrorisme » au Sahel, et plus particulièrement le djihadisme, intervient alors que « le nombre recensé d’attaques (incidents) liées aux groupes islamistes dans cette région a doublé tous les ans depuis 2016 pour atteindre 465 en 2018 », soit, plus d’une par jour, souligne le groupe de réflexion américain, Center for Strategic and International Studies (CSIS).

Lors du Sommet, les chefs d’Etat devraient « célébrer les funérailles du G5-Sahel », la force multinationale qui devait comprendre 5 000 hommes, estime Lassina Diarra, auteur de « La CEDEAO face au terrorisme transnational ». Des funérailles qui, si elles n'ont pas lieu, ce 14 septembre, ne tarderont pas à être organisées, la survie du G 5 Sahel n'étant plus qu'une question de temps : sa disparition a été actée faute de financements (sur notre photo les deux organisateurs du Sommet, à savoir, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, et le président du Niger et président en exercice de la CEDEAO Mahamadou Issoufou).

L’idée de cette force, poussée par la France, était de faire monter en puissance les armées régionales pour épauler, voire, à terme remplacer l’armée française, qui conduit au Sahel l’Opération Barkhane (4 500 militaires) contre les djihadistes depuis 2014 dans le prolongement de l’intervention menée dans le Nord malien l’année précédente.

Cependant, si la France a eu l'idée, elle n'a pas alloué les financements nécessaires. Elle a, plutôt, misé sur les financements des Etats-Unis, ce à quoi Donald Trump a opposé une fin de non recevoir.

Au final, « Quel est le résultat opérationnel du G 5 ? Qu’est-ce qu’il a apporté ? Le peu qui a été décaissé (en sa faveur) a servi en frais de réunion, d’hôtel, de fonctionnement… Le G 5 est presque à genoux », renchérit Mahamadou Savadogo, chercheur au Carrefour d’études et de recherche d’action pour la démocratie et le développement (CERRAD), de l’Université Gaston-Berger au Sénégal.

Les pays de la CEDEAO en Sommet, auront, sans doute, besoin de l'expérience réussie de ceux du pourtour du Lac Tchad, qui mènent, de leur côté, la guerre contre la secte Boko Haram. Si ce n'était pas l'extrême faiblesse de l'armée du Nigeria, qui est gangrenée par la corruption, Boko Haram qui n'a pas réussi à étendre son califat au Tchad, au Cameroun et au Niger, aurait, déjà, disparu. Malheureusement, à cause de cette situation propre à la seule armée du Nigeria, Boko Haram continue à défier les trois autres armées, en lançant des assauts répétés vers les trois pays afin de se ravitailler (en bétail, en argent, en combattants) à partir du Nigeria. Personne n'arrive à comprendre pourquoi le président, Muhammadu Buhari, lui-même, ancien général de l'armée nigériane, n'ordonne pas à 500.000 soldats (ou plus) de ses forces pour nettoyer la forêt de Sambisa et les abords du Lac Tchad où Boko Haram a élu domicile, et en finir définitivement. S'il ne le fait pas, il faut donc croire (comme affirment certaines rumeurs) que le conflit contre Boko Haram est une source d'enrichissement de ses militaires, surtout, de l'état-major. On en revient à la fameuse armée corrompue du Nigeria, qui empêche une victoire militaire contre Boko Haram.

Cela dit, la secte Boko Haram reste contenue. Elle ne cesse de subir de cuisantes défaites, qui l'empêchent de s'étendre dans les pays voisins. Le succès de cet état de chose, s'explique par le fait que chaque pays compte sur ses propres forces armées. Le financement des opérations armées, l'achat des équipements, l'entraînement des soldats, le renseignement, etc, sont du ressort de chacun des Etats qui en fait une affaire de survie nationale. Si les pays concernés avaient commis l'erreur de confier la lutte contre Boko Haram aux soldats des Nations-Unies ou des puissances étrangères, ils n'auraient que les yeux pour pleurer comme c'est le cas, aujourd'hui, du Mali, et du G5 Sahel, organisation au sein de laquelle le Burkina Faso souffre terriblement des incursions des djihadistes à cause de la faiblesse de son armée.

Peut-on réussir à 15 (CEDEAO) là où on a échoué à 5 (G 5 Sahel) voire à 6 si on compte la France ? Il faut en douter car la question du terrorisme et du djihadisme, est très (très) complexe pour être, efficacement, traitée par une organisation sous-régionale. Si tel était le cas, les Nations-Unies, la mère de toutes les organisations sous-régionales de la terre, auraient réussi au Mali. La meilleure solution pour éradiquer ces fléaux, c'est que chaque pays s'implique chez lui pour les éradiquer, grâce à ses moyens propres. Si l'aide des pays amis ou de la communauté internationale arrive, c'est tant mieux. Mais miser sur les autres pour assurer sa propre sécurité, est tout simplement suicidaire. C'est pourquoi le G 5 Sahel ne pouvait pas survivre. Et c'est pourquoi le Mali n'est pas au bout du tunnel (djihadiste) tant qu'il misera, avant tout, sur les armées amies ou étrangères afin de pallier la défaillance et la faiblesse de sa propre armée.

Les pays de la CEDEAO ainsi que le Tchad, la Mauritanie et le Cameroun, peuvent, par contre, trouver des avantages mutuels à échanger des informations et du renseignement, ce qui serait une excellente chose, étant donné que le péril djihadiste ne connaît pas de frontières. Les mouvements terroristes et djihadistes, eux-mêmes, communiquent et s'échangent des informations, régulièrement. Ils s'entraident et se soutiennent au niveau des équipements militaires, des télécommunications, et des experts militaires à des fins d'entraînement de leurs combattants. Les Etats, aussi, n'ont qu'à suivre cette façon de faire même si on peut se poser la question de savoir, pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant d'imiter les organisations terroristes ? Mais, comme on dit, mieux vaut tard que jamais.

Ajouter un commentaire

Les plus populaires