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TRAVERSEE DE LA MEDITERRANEE : L'Italie et la Libye susceptibles d'être accusées de « Non-Assistance à migrants en danger »

Le pape François a montré la voie. Sa première sortie, hors de Rome, en tant que pape eut lieu à Lampedousa, le 8 juillet 2013. Le 16 avril 2016, soit trois ans plus tard, il montrait le bon exemple en logeant, à Rome, dans les appartements du Saint-Siège, une petite dizaine de réfugiés syriens qu'il avait recueillis à l'Ile grecque de Lesbos, comme pour montrer aux gouvernements italien, grec et européens qu'au lieu d'élever les barrières sur la Méditerranée, il était, au contraire, beaucoup plus humain, de partager la douleur des migrants et de leur trouver des solutions durables. Le geste papal a-t-il eu un succès durable ?
Toujours est-il que la politique italienne en matière d'accueil des migrants s'est, considérablement, durcie au point de ne même plus respecter la propre loi italienne.

Selon le président de la Croix-Rouge italienne, Francesco Rocca, il n'y a plus "d'accès humanitaire dans les eaux internationales" au large de la Libye, du fait d'une création, le 10 août, par la Marine de ce pays, d'une nouvelle zone de recherche et de sauvetage (SAR) sous sa responsabilité directe. Son accès est interdit aux navires étrangers afin d'en éloigner les ONG, accusées par Tripoli de collusion avec les réseaux de passeurs. On soupçonne l'Italie d'être à l'origine de la décision prise par le gouvernement libyen.

Dr Francesco Rocca a précisé que cette zone s'étendait sur quelque 100 km en Méditerranée à partir des côtes libyennes, et concernait du coup des eaux internationales. Selon le patron de la Croix-Rouge italienne, il s'agit d'une décision illégale au regard du droit international.

"Trop c'est trop ! Vous ne pouvez empêcher le désespoir des gens, vous devez créer des couloirs humanitaires sécurisés et développer l'information dans les pays pour les gens qui décident de partir", a-t-il affirmé à des journalistes après un entretien avec le secrétaire général de l'ONU, le Portugais Antonio Guterres.

"L'Union européenne n'est pas pro-active" sur cette question, a-t-il déploré en parlant "d'échec" européen. "Nous parlons de vies, de dignité pour des dizaines de milliers de personnes, de la Convention de Genève pour les réfugiés !", a-t-il ajouté (notre photo montrant une assistance en Méditerranée).

La Croix-Rouge italienne compte 160.000 volontaires qui travaillent, principalement, dans les ports italiens. Au cours des six premiers mois de l'année, elle dit avoir aidé quelque 94.000 personnes.

A la suite de l'interdiction libyenne, perçue comme une menace, et quelques jours après des tirs de sommation des gardes-côtes libyens face à un navire humanitaire près des côtes, plusieurs ONG - MSF, Sea Eye, Save the children, etc. - ont annoncé la suspension de leurs opérations de secours.

"Les embarcations de migrants vont être obligées de retourner en Libye et beaucoup d'enfants et d'adolescents vont mourir en mer", assure le directeur des opérations de Save the children, Rob MacGillivray.

Alors que l'Italie a vu débarquer plus de 600.000 migrants sur ses côtes depuis début 2014, et que 14.000 ont péri en mer, les arrivées ont marqué cet été un net fléchissement : environ 13.500 depuis le 1er juillet, contre 30.500 sur la même période en 2016.

Selon certaines sources, le gouvernement libyen (que dirige le premier ministre Sarraj) est, totalement, inféodé aux gouvernements européens, qui lui dictent la conduite à suivre. C'est eux qui l'ont installé à Tripoli.

Ce gouvernement, non reconnu, en Libye, même, par son rival, le maréchal Haftar (qui, lui, contrôle la Libye utile qui produit du pétrole), est, aussi, combattu, dans Tripoli même où il ne contrôle pas toute la ville, ainsi que, par de puissants chefs de tribu du Sud et de l'Est.

Il faut, donc, comprendre l'injonction de ce gouvernement comme un diktat venant, directement, de ses commanditaires européens dont le gouvernement italien, qui a durci sa position, après des appels au secours non pris en considération par les dirigeants européens qui refusent de partager, financièrement, le fardeau de l'immigration avec lui.

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