TUNISIE : Le premier parti du pays menacé d'implosion

Choc des ambitions, échanges d'insultes, accusations de violences et appel acerbe au chef de l'Etat : le premier parti de Tunisie, Nidaa Tounes, apparaît au bord de l'implosion, menaçant de parasiter l'action d'un gouvernement, déjà, vivement, critiqué.

Affaibli par le départ de Béji Caïd Essebsi (BCE), 88 ans, premier président, démocratiquement, élu, "l'Appel de la Tunisie" est miné, depuis des mois, par une "bataille de succession", qui oppose, principalement, son secrétaire général, Mohsen Marzouk, au fils du chef de l'Etat, Hafedh Caïd Essebsi.

L'animosité entre les clans des deux quinquagénaires est montée d'un cran, dimanche, 1er novembre, avec des accusations de violence, lors d'une réunion du bureau exécutif. Postées sur internet et, abondamment, reprises, des images montrent un groupe de personnes munies de bâtons bloquer l'entrée d'un bâtiment. Des accusations réciproques ont, ensuite, fusé.

Dans un communiqué, plusieurs membres du bureau exécutif proches de Mohsen Marzouk ont fustigé une "agression fasciste" téléguidée par "quelques dirigeants du parti ayant décidé de faire main basse sur ses structures". "Ces violences menacent le processus démocratique", affirme une membre de cette instance, Bochra Belhaj Hmida.

Dans leur viseur, Hafedh Caïd Essebsi, dont des proches n'ont pas tardé à riposter. Mohsen Marzouk "a montré les dents" lors de ces incidents, a, ainsi, déclaré, à la radio privée Shems, le député Abdelaziz Kotti, en allusion aux ambitions jugées démesurées de l'ancien directeur de campagne de "BCE".

Formation réunissant, aussi bien, des personnalités de gauche et de centre droit que d'anciens dignitaires du régime de Zine El Abidine Ben Ali, Nidaa Tounes ne vit pas sa première crise.
La tenue de son congrès est repoussée depuis des mois et, dès le printemps, des voix avaient dénoncé une tentative du fils du président de faire main basse sur le parti.

"Nous avons dit non à l'hérédité, non au retour de l'ancien régime", avait asséné Lazhar Akremi, qui a, depuis, démissionné de son poste de ministre chargé des relations avec le Parlement.
Des médias locaux ont jugé, lundi, 2 novembre, que le "point de non-retour" était atteint. "La rupture est consommée", a résumé le site du magazine Leaders.

Dans ce contexte, le président, lui-même, n'est pas épargné.
Le mois dernier, dans la foulée de sa démission, M. Akremi avait accusé "BCE" d'avoir abandonné le parti pour le Palais de Carthage, siège de la présidence. "Il a quitté le navire pour aller sur un yacht. C'est impardonnable", avait-il déclaré, cité par l'hebdomadaire Réalités.

Dimanche, 32 députés du camp Marzouk ont adressé -et publié- une lettre acerbe au chef de l'Etat, l'accusant de "passivité" et réclamant son intervention.
Le président "n'entend pas prendre parti", a rétorqué son porte-parole, Moez Sinaoui, cité par Mosaïque FM.

Face aux tensions, la présidence a, toutefois, annoncé que des députés du groupe parlementaire avaient été reçus, lundi, après-midi.
Pour Chokri Mamoghli, membre du bureau exécutif, il est trop tard. "Nidaa est mort" et "le gouvernement va probablement tomber", a-t-il estimé.

Cette crise vient parasiter la tâche du premier ministre, Habib Essid, dont l'action est, déjà, contestée, sur fond de déprime économique. "Il existe un sentiment de déception. Nous avons droit à un gouvernement de gestion des affaires courantes", a, récemment, déploré le député de Nidaa Tounes, Mondher Belhaj.

"Rien ne va plus pour le gouvernement", a jugé lundi, La Presse, critiquant l'absence de "vision de développement économique et social" malgré l'annonce d'un plan quinquennal.
Limogé mi-octobre, le ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aïssa, n'a pas été remplacé, tout comme Lazhar Akremi. Le portefeuille est, à ce jour, géré par le titulaire de la Défense.

La situation pourrait constituer une opportunité pour le parti islamiste, Ennahda, qui a noué une alliance de circonstance avec Nidaa Tounes et reste uni derrière son chef, Rached Ghannouchi, malgré ses revers électoraux.

"Nous n’avons aucun plan visant à accaparer le pouvoir ou même diriger le gouvernement", a, toutefois, assuré, mardi, Rached Ghannouchi.
Le politologue, Ahmed Manai, abonde dans le même sens : "Tout le monde a intérêt à ce qu'il continue et qu'il n'y ait pas de vide politique, Ennahda compris".

Avec AFP

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