VENEZUELA : Les Européens condamnent la « dictature » de Nicolas Maduro mais soutiennent l'autocratie en Afrique : Une politique de deux poids deux mesures

L'opposant, Juan Guaido, a été reconnu comme président par intérim du Venezuela par 19 pays de l'Union européenne (UE). Pas moins. En retour, le président socialiste, Nicolas Maduro, les accuse de "soutenir les plans putschistes" des Etats-Unis. Les Africains sont étonnés par cette réaction de l'UE dans la mesure où les situations à peu près similaires en Afrique sont, complètement, passées sous silence par l'instance européenne. Une politique de deux poids deux mesures qui trouve, parfois, l'explication dans la volonté de maintenir des politiques coloniales et de domination dans les pays africains.

Qu'on se comprenne bien : l'UE va apporter son soutien ou non, en fonction, des intérêts de l'heure d'un ou de plusieurs de ses Etats membres au Venezuela. Autrement dit, soutenir uniquement pour favoriser les bienfaits de la démocratie, ça n'existe pas. Pas d'intérêt pas d'action.

Agé de 35 ans, marié et père d'une petite fille, Juan Guaido, est en train de mettre son administration parallèle en place, en essayant de nommer des ambassadeurs dans les 19 pays européens qui le reconnaissent comme « président par intérim ». Un désordre complet que l'UE est en train d'installer au Venezuela où la situation socio-politique est loin d'être rose. Son action va compliquer encore plus la situation d'autant plus que Nicolas Maduro a, avec lui, l'armée et une bonne partie de la population.

Parmi les 19 pays de l'UE qui ont échoué à imposer l'organisation d'une nouvelle présidentielle à Maduro, se comptent les anciens pays colonialistes comme le Royaume-Uni, la France, l'Espagne, le Portugal et l'Allemagne. Ces soutiens ont été dénoncés comme une "ingérence" par la Russie, l'un des principaux alliés de Nicolas Maduro. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a, pour sa part, accusé l'UE de chercher à renverser Nicolas Maduro au mépris de la "démocratie".

Les 19 pays de l'UE ont, ainsi, rejoint la position adoptée par les Etats-Unis, le Canada et une douzaine de pays d'Amérique latine dont la Colombie et le Brésil.

L'UE reste, cependant, divisée : l'Italie (la rebelle) a bloqué une déclaration commune de l'UE, selon des sources diplomatiques à Bruxelles.

Le Venezuela a annoncé qu'il allait "réévaluer intégralement" ses relations diplomatiques avec les pays européens qui ont reconnu Juan Guaido, les accusant de soutenir des "plans putschistes" suivant un "scénario des Etats-Unis".

Washington, qui a reconnu M. Guaido, aussitôt, après son auto-proclamation comme président, le 23 janvier, s'est félicité des reconnaissances européennes et a invité tous les autres pays à faire de même.

Réunis, lundi, 4 février, à Ottawa, onze des quatorze pays du Groupe de Lima, qui réunit des pays d'Amérique latine et des Caraïbes et le Canada, ont appelé à un changement de gouvernement "sans usage de la force" au Venezuela et ont exhorté l'armée à se ranger derrière Juan Guaido. Mais, peine perdue. L'armée (comme un seul homme) soutient le successeur de Camarade Chavez.

Le président Maduro s'est, d'ailleurs, déchaîné contre cette intervention du Groupe de Lima : "Ce dernier communiqué est vraiment répugnant, répugnant et risible, on ne sait pas s'il faut rire ou vomir", a dénoncé Nicolas Maduro, qui parlait lors d'une cérémonie à Caracas (notre photo).

Il a, aussi, relevé les nouvelles déclarations du président, Donald Trump, réaffirmant la possibilité d'une action militaire des Etats-Unis dans la crise vénézuélienne. "Comme s'il parlait de vacances à Miami Beach, il a dit qu'il envisageait l'option d'une invasion. C'est une folie, Monsieur Donald Trump", a lancé le chef de l'Etat chaviste.

L'opposition, entretemps, tente d'organiser l'arrivée d'une aide humanitaire. Le Canada a promis lundi une aide de 53 millions de dollars canadiens (35 millions d'euros) destinée au peuple vénézuélien, s'ajoutant aux 20 millions de dollars d'aide annoncés par Washington.

Selon Juan Guaido, il s'agit de collecter des vivres et médicaments en Colombie, au Brésil et dans une île des Caraïbes. Le chef de file de l'opposition a, d'ailleurs, appelé, lundi, à une nouvelle manifestation, sans en préciser la date, pour exiger des militaires qu'ils laissent entrer cette aide dans le pays.

« Le président par intérim » a, en effet, accusé le haut commandement militaire vénézuélien de vouloir "voler" l'aide destinée au pays pour qu'elle soit distribuée au nom du gouvernement. Il a, par ailleurs, dit soupçonner M. Maduro de vouloir transférer 1,2 milliard de dollars vers l'Uruguay.

Les représentants de M. Guaido aux Etats-Unis ont annoncé la tenue d'une conférence internationale sur l'aide humanitaire pour le Venezuela, le 14 février, au siège de l'Organisation des Etats américains (OEA), à Washington.

Les habitants du Venezuela, pays pétrolier et autrefois le plus riche d'Amérique latine, sont confrontés à de graves pénuries de vivres et de médicaments, ainsi qu'à une inflation galopante. Depuis 2015, quelque 2,3 millions d'entre eux ont choisi de s'exiler, sur une population totale de 31 millions d'habitants.

Soutenu, notamment, par la Russie, la Chine, Cuba, la Corée du Nord et la Turquie, Nicolas Maduro, 56 ans, qui attribue les pénuries aux sanctions américaines, rejette toute aide humanitaire, estimant qu'accepter une telle aide reviendrait à ouvrir la porte à une intervention militaire contre son gouvernement.

Quant à Juan Guaido, le président social-démocrate de l'Assemblée nationale contrôlée par l'opposition, il s'est autoproclamé président par intérim, le 23 janvier, en invoquant la constitution. Il considère Nicolas Maduro comme un usurpateur pour s'être fait réélire lors d'une élection contestée par l'opposition et par une grande partie de la communauté internationale, avec ses adversaires en prison ou en exil.

Cherchant une sortie pacifique à la crise, un groupe de contact formé par l'UE et cinq pays d'Amérique latine (Bolivie, Costa Rica, Equateur, Mexique et Uruguay) tiendra une première réunion, jeudi, 7 février, à Montevideo. Mais, tout démocrate qu'il dit être, Juan Guaido est contre la tenue de cette conférence.

La leçon qu'on peut tirer de cette histoire, en Afrique, c'est qu'on ignorait que les pays européens soient capables d'avoir des états d'âme pour dénoncer ce qu'ils appellent, autocratie. Ils combattent Maduro et vont même jusqu'à reconnaître un autre président de la République pour contester les fraudes électorales et sa mal-gouvernance, alors que dans certains pays africains, c'est parfois pire : il n'y a que fraudes électorales et mal-gouvernance que cette même UE refuse de condamner.

« La bouche qui mange ne parle pas », dit un proverbe bantou. On conclut donc que le mutisme des Européens en Afrique est dû au fait qu'ils ne peuvent pas scier la branche où ils sont assis en procédant à l'affaiblissement de certains pouvoirs africains (mal élus et mauvais gestionnaires) qui leur sont redevables.

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