ZIMBABWE : L'Afrique (mentalement décolonisée) dit Adieu au Très Grand Camarade Bob avec émotion

Cette fois, c'est bien fini. On n'entendra plus parler de Robert Mugabe. Les plus malheureux à le regretter se recruteront chez toutes ces personnes pour qui il était la source de toutes les difficultés actuelles du Zimbabwe. Elles n'auront plus leur bouc émissaire. Une position que ne devraient pas partager les Africains et que vulgarisent à souhait les Britanniques et les Américains. D'où la question suivante : Les Africains devraient-ils joindre leurs voix à celle des Occidentaux quand on sait qu'ils sont à l'origine du changement de cap politique de Camarade Bob ? Pour formuler la chose autrement : les Zimbabwéens (Africains) ont-ils les mêmes intérêts que les Britanniques et les Américains quand ils s'obstinent à condamner Robert Mugabe dont la politique économique n'a changé qu'après le lâche lâchage de Londres après que les premiers ministres anglais successifs eurent refusé d'appliquer les Accords de Lancaster House ?

Comme toute personne, Robert Mugabe alignait des défauts. Mais, ceux-ci sont une goutte d'eau par rapport à ses qualités. C'est le bon côté du Big Brother que devraient surtout garder les Africains, qui manquent, aujourd'hui, un leader charismatique de sa trempe à l'échelle continentale capable de dire les vérités aux grandes capitales occidentales, sans peur, au nom du continent.

Si on n'est pas un grand homme, on ne réunit pas une vingtaine de chefs d'Etat autour de son cercueil alors qu'on est mort n'étant plus au pouvoir. Robert Mugabe l'a fait parce que n'en déplaise à l'Occident, c'était un Grand Africain. Un grand qui était de la taille de l'Egyptien, Gamal Abdel Nasser, de l'Ethiopien, Haïlé Sélassié, du Guinéen, Sékou Touré, du Ghanéen, Kwame N'Krumah, du Camerounais, Ruben Um Nyobe, du Congolais, Patrice Lumumba, du Centrafricain, Barthélémy Boganda, du mwalimu tanzanien, Julius Nyerere, etc. Dans la classe dirigeante africaine récente, on peut, volontairement, citer le Libyen, Mu'ammar al Kadhafi.

Voilà pourquoi l'Afrique reconnaissante lui a fait des adieux mémorables, samedi, 14 septembre, à Harare, soit huit jours après son dernier soupir survenu à Singapour où il était suivi depuis de longues années.

Devant son cercueil recouvert du drapeau national et sa veuve Grace Mugabe toute de noir vêtue, une vingtaine de chefs d'Etat africains a, longuement, chanté les louanges du disparu. La quasi-totalité des chefs d'Etat de la SADC était présente, y compris, les anciens comme le Sud-Africain, Thabo Mbeki. L'ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, était, également, présent, tout comme le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso. L'ancien président de la RDCongo, Joseph Kabila, ne pouvait pas manquer. Lui dont le papa, Laurent-Désiré Kabila, fut sauvé d'un coup d'état par Robert Mugabe, qui expédia 800 para-zimbabwéens (lourdement armés) pour protéger le palais présidentiel contre les soldats commandés par le général rwandais, James Kabarebe, qui voulaient l'évincer du pouvoir pour le confier à un chef d'Etat fantoche et manipulable.

Les louanges des uns et des autres étaient sincères : «Une icône de la libération africaine», a salué le président kényan Uhuru Kenyatta. «Une boussole morale», a renchéri l'ex-président ghanéen Jerry Rawlings.
Notons que la première épouse de Robert Mugabe, Sarah Francesca Mugabe née Hayfron, avec qui il gagna la guerre de libération et qui mourut à ses côtés, le 27 janvier 1992, était une Ghanéenne bon teint.

«Un grand combattant», a relayé l'Equato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema, qui entretenait d'excellentes relations avec le défunt. C'est Mugabe qui bloqua à l'aéroport d'Harare, à la suite d'un coup de téléphone du président angolais, José dos Santos, les mercenaires britanniques et sud-africains commandés par le Britannique Simon Mann. En provenance d'Afrique du Sud, ce dernier qu'accompagnaient 65 mercenaires à bord d'un Boeing 727 devait charger les armes à Harare, avant d'aller renforcer d'autres mercenaires déjà en place à Malabo avec pour mission, de renverser le régime du président, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Le président équato-guinéen doit en quelque sorte son pouvoir, aujourd'hui, à cette action courageuse menée, en 2004, par Camarade Bob. L'Afrique ne cessera jamais de le saluer. Après Kadhafi en octobre 2011, le doyen des chefs d'Etat africains perd un réel complice avec qui il partageait bien des idées sur la façon dont l'Afrique doit (peut) prendre son destin en main. En pleurant son frère Mugabe, Obiang ne se doute pas un seul instant que les Occidentaux (très jaloux de la transformation de la Guinée équatoriale grâce à son pétrole, ce qui n'est pas souvent le cas ailleurs sur le continent), n'ont pas abdiqué à faire de son beau et enviable pays une deuxième Libye. Le coup d'état raté le 24 décembre 2017 (en pleine messe de la nativité à Mongomo son village natal) en est la preuve éclatante. Un coup d'état organisé par l'Occident, dans lequel avaient trempé jusqu'au cou le président tchadien, Idriss Déby Itno, et son suiviste, le président centrafricain, Faustin Archange Touadéra. Cela dit, après avoir vu ce qui est arrivé à Kadhafi et à Mugabe, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo reste vigilant, en dormant un œil ouvert.

Relevons les paroles apaisantes de l'actuel président du Zimbabwe (sur notre photo en train de s'incliner devant le cercueil de son ancien patron). Successeur du disparu qu'il a poussé vers la sortie par un coup d'état sans effusion de sang avec la complicité de l'armée, Emmerson Mnangagwa n'a pas été en reste : «Nous honorons la mémoire de notre icône africaine (...) notre patrie est en larmes», a-t-il déclaré devant 20.000 personnes rassemblées dans le stade de Harare. «Il était la flamme héroïque du nationalisme, du patriotisme et de la liberté». «Nous continuerons à nous inspirer de sa lumière (...) nous continuerons à écouter sa voix», a-t-il ajouté, avant de demander la levée des sanctions financières «imméritées» imposées à son prédécesseur par l'Occident, grand absent de la cérémonie. Avec raison ! En effet, l'Occident a eu raison de ne pas venir verser les larmes de crocodile sur la dépouille de Camarade Bob.

Le «Camarade Bob», comme le surnommaient les dirigeants de son parti et les militants de la Zanu PF, sera inhumé au monument national d'Harare mais pas avant un mois, le temps de lui construire un mausolée, à sa dimension.

Que Big Brother veille sur le Zimbabwe et l'Afrique. Que la terre lui soit légère.

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