PROCES D'HISSENE HABRE : Idriss Déby Itno sur la sellette

Un avocat sénégalais, Me Mbaye Jacques Ndiaye, a porté plainte contre le président, Idriss Déby Itno, mercredi, 2 septembre (voir « Idriss Déby pris dans le tourbillon judiciaire » sur notre site, jeudi, 3 septembre), à Dakar, de faits de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et d'actes de tortures, imprescriptibles dont il serait à l'origine, alors qu'il était le collaborateur d'Hissène Habré. Des témoins, encore en vie, seraient prêts à venir confirmer leurs accusations devant la barre. Certains seraient, à l'heure actuelle, au Sénégal même. Pour la manifestation de toute la vérité, ces témoins encore vivants ont droit à la parole. Ils doivent être entendus par les juges. Le gouvernement sénégalais, à travers son ministre de la Justice, Me Sidiki Kaba, s'honorerait à encourager un procès équitable. Puisque c'est « l'Afrique qui juge l'Afrique », et non, des lobbys venus d'ailleurs.

On ne peut, dès lors, que s'étonner que le Tchad cherche à faire obstruction à cette volonté de manifestation de la vérité. Idriss Déby Itno bénéficie de la présomption d'innocence tant que la preuve, malgré les dires des victimes, n'est pas apportée de manière contradictoire devant les juges, qu'il a été, comme Hissène Habré, son patron à cette époque, l'un des bourreaux des Tchadiens. Après avoir participé avec les Occidentaux au financement du procès, le Tchad a intérêt à jouer carte sur table. Car il peut bénéficier de la justice des vainqueurs à Dakar, et être condamné par l'opinion publique qui suit le déroulement du procès, et sait, exactement, quand il y a recherche de manipulation ou non.

Les autorités tchadiennes auraient fait savoir aux juges leur refus total de permettre la venue à Dakar des personnes considérées par les juges comme étant des témoins clés, mais aussi, qu'elles étaient opposées à leur témoignage par visioconférence, fait savoir le camp d'Hissène Habré, ce matin. Au gouvernement tchadien d'apporter le démenti, sinon l'adage selon lequel, qui ne dit mot consent, va lui être appliqué. De son côté, le Tribunal spécial de Dakar a intérêt à montrer qu'il est indépendant de la manipulation dont il peut faire l'objet de Habré et de Déby. A Sidiki Kaba de bien jouer car il marche sur des œufs. Après avoir été, lui-même, avocat des parties civiles, dans cette affaire, il est actuellement suivi comme du lait sur le feu. A Macky Sall, finalement, de savoir se sortir de ce procès-piège que son précédesseur, Me Abdoulaye Wade, avait tout fait pour qu'il n'ait pas lieu. Et pour cause...

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