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SENEGAL : Un ancien torturé des geôles d'Hissène Habré s'élève contre la désinformation

Je suis Souleymane Guengueng. Beaucoup d'entre vous me connaissent bien maintenant. Rescapé des prisons de l'ancien dictateur du Tchad, Hissène Habré, comme des milliers d'autres victimes, j'ai subi dans mon corps, dans ma chair et dans mon cœur, une violence et une horreur extrême qui me marqueront à jamais.

Aujourd'hui, je suis de retour à Dakar pour la reprise, ce lundi, du procès de Hissène Habré. Je suis venu avec plusieurs de mes compatriotes du Tchad, Rachel Mouaba, Fatimé Sakine, Haoua Brahim, Ousmane Abakar, Khaltouma Daba, Clément Abaïfouta, et notre camarade sénégalais, Abdourahmane Guèye, lui aussi, rescapé des prisons d'HIssène Habré.

En commun, nous avons ce même voile d'horreur, ces mêmes souvenirs sombres, ces cauchemars à la mémoire de nos amis et proches morts et torturés.  Il y a quelques jours, nous avons eu, ensemble, le triste honneur en rencontrant la presse sénégalaise, de partager le récit de ces années de nos vies avec le public sénégalais.

Mais le temps n'est plus, pour nous, aux arrestations abusives, à la détention sans procès, à la torture et aux exécutions arbitraires.

L'ouverture à Dakar, en juillet dernier, du procès d'Hissène Habré - qui reprend ce lundi - restera pour moi un jour inoubliable. Malgré toutes ses vociférations et son agitation indigne, Hissène Habré était présent face à une justice à laquelle il ne peut plus échapper. Le procès interrompu en juillet reprend aujourd'hui. Hissène Habré refuse de se défendre. Il ne veut pas faire face à la justice. Mais la justice est plus forte que lui. Quand nous étions dans ses prisons, nous n'avions pas d'avocats. Quand il nous a arrêtés, cela n'a pas été pour nous présenter à des juges. C'était pour nous torturer. Beaucoup d'entre nous sont morts. Quelle défense ont-ils eu? Où est la justice pour eux ?

La Justice pour nous est ici à Dakar. Et pour ce jour, une nouvelle fois, je voulais vous remercier, encore, pour votre accueil au Sénégal, terre de justice.   

Au nom de notre amitié, je voudrais, aussi, vous demander de vous méfier  de la désinformation, de la manipulation de l'information dont ce procès fait maintenant l'objet. Ces derniers jours, des informations sont diffusées et reprises, mais souvent, démenties rapidement.  Il s'agit, en réalité, de manœuvres, de diversion pour couvrir  la voix des victimes d'Hissène Habré. Car quand cette voix résonne, nul ne peut imaginer de leur refuser un droit à un juste procès. Hissène Habré peut nous répondre. Au tribunal. Ainsi, va la justice, la vrai justice.

Enfin, je voudrais répondre à l'idée - vraiment bizarre -  que nous, les victimes d'Hissène serions,  par contraste avec Hissène Habré, des "suppôts de l'impérialisme"  et que les Chambres africaines extraordinaires seraient une justice "anti-africaine". Surréaliste accusation !

Quelle étrange idée de la part d'Hissène Habré, de se présenter comme héraut de l'anti-impérialisme. Lui, dont l'armée était financée et armée par les Etats-Unis et la France - des dizaines de millions de dollars, en armes et munitions ! - et  la police secrète était formée par les Etats-Unis, Israël et la France !

Tout cela n'est que diversion. Un écran de fumée lamentable qui, j'en suis sûr, ne fera pas illusion aux yeux de l'opinion sénégalaise, qui  peut être fière, vraiment, que le Sénégal qui en rendant possible à Dakar, le procès d'Hissène Habré par les Chambres africaines extraordinaires, nous accueil, ici, en accueillant avec la justice humaine dans l'esprit de la Teranga, fierté de votre pays.

 

Merci beaucoup.

Souleymane Guengueng, fondateur de l'Association de victimes de crimes du régime d'Hissène Habré(AVCRHH).

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