3e mandat

Depuis Sotchi où il assiste au Sommet Russie-Afrique, le président, Alpha Condé, n'arrête pas de se plaindre auprès de certains de ses pairs que l'opposition manœuvre pour l'éjecter du pouvoir. Il le dit à qui veut l'entendre, mais on ne sait pas s'il convainc grand monde car on voit bien qu'il rencontre des problèmes en Guinée parce qu'il cherche à s'accrocher au pouvoir. Cela dit, le chef de l'opposition, Celou Dalein Diallo, n'a pas laissé passer une telle contrevérité : « Si on voulait vraiment le renverser, il ne tiendrait pas 24 heures », a-t-il fait savoir, montrant à la communauté internationale que ce qui est demandé au chef de l'Etat, c'est juste de respecter la constitution et d'organiser une élection présidentielle apaisée à laquelle il ne doit pas être candidat.

Le « professeur » a-t-il perdu la tête ? Il entreprend un bras de fer suicidaire pour son image personnelle et l'avenir de son pays. Juriste de formation, il sait que son aveuglement pour la présidence à vie, lui qui est, aujourd'hui, âgé de 81 ans, est de nature à plonger la Guinée dans une crise grave, profonde et durable. Sauf s'il arrêtait cette (infernale) machine à temps. Il n'en prend pas le chemin pour le moment. Témoin : la condamnation à de longues peines de prison des meneurs de la fronde Anti-3e mandat. Condé a-t-il été un faux opposant, cinquante ans durant, sur les Bords de la Seine en région parisienne ou lui a-t-on fait ingurgiter (à son insu) une potion magique (à Brazzaville ou à N'Djamena) qui lui a fait perdre la juste mesure des choses ?

La Guinée est à un tournant de sa jeune histoire démocratique avec la décision prêtée au président, Alpha Condé, de briguer un troisième mandat que lui interdit la constitution. L'opposition, dans son ensemble, et la société civile, sont, totalement, contre l'initiative de vouloir se succéder à lui-même du chef de l'Etat. Chaque camp fait la sourde oreille et la manifestation organisée par les Anti-3e mandat, lundi, 14 octobre, dans tout le pays, a fait neuf morts dont un gendarme. Cela ne semble qu'être un début. Les diplomates étrangers accrédités en Guinée s'inquiètent de cette montée aux armes. Sans l'espoir (pour le moment d'être entendus, les positions des deux camps étant diamétralement opposés), ils appellent à l'ouverture d'un dialogue.

Au moins, cinq personnes ont été tuées et neuf blessées, entre hier et aujourd'hui, 2 décembre, soir, au cours de violences distinctes, à Bujumbura, et dans sa province. Seule solution pour sortir de cette impasse, organiser un dialogue et une nouvelle présidentielle à laquelle Pierre Nkurunziza ne serait plus candidat.

Pierre Nkurunziza pensait qu'en se faisant réélire pour un troisième mandat controversé, il avait fait l'essentiel. Erreur ! C'est maintenant que ses ennuis commencent. A moins qu'il arrête tout, qu'il reconnaisse s'être trompé, et qu'il quitte le pouvoir. En est-il capable ?

Face à des tueries qui continuent de plus belle à Bujumbura, l'Union européenne élève le ton. Le problème est que Nkurunziza s'en moque éperdument. Il se dit "illuminé".

La situation se corse au Burundi où c'est déjà le sauve qui peut. La magie du 3e mandat de Pierre Nkurunziza produit l'effet escompté. A l'envers. Le pays se vide de ses coopérateurs. On va faire comment ?

Instabilité généralisée, tueries à tous les étages, le « travail » (assassinats ciblés) est bien fait par les forces de Pierre Nkurunziza, accusé de plonger le pays dans la crise à cause d'un troisième mandat dont il n'avait pas droit.

Paul Kagame est droit dans ses bottes. Même pas peur. Il va avoir son troisième mandat de 7 ans, en 2017, avant de s'octroyer 2 autres mandats de cinq ans chacun. Au total, il doit encore passer 17 ans au pouvoir.

Les violences se sont intensifiées depuis que Pierre Nkurunziza a annoncé qu'il briguerait un troisième mandat, que lui interdisent la constitution et les Accords d'Arusha.

BURUNDI : La police de Nkurunziza abat 15 personnes les  3 et 4 octobre
C'est comme si c'est Pierre Nkurunziza, qui, de sa propre main, avait assassiné ces 15 compatriotes à lui. Il faudrait en conclure que pour garder son fauteuil, ce sera au prix d'un bain de sang pendant tout son mandat.
BURUNDI : Pierre Nkurunziza a-t-il définitivement bravé la communauté internationale ?
Au Burundi, malgré quelques coups de feu entendus ici et là, malgré quelques morts ramassés, au petit matin, dans Bujumbura, la situation tend vers la normalisation. Alors qu'il est seul contre tous, Pierre Nkurunziza fait, exactement, ce qu'il veut, sans craindre qui que ce soit. Il montre que la notion de communauté internationale n'est qu'une fiction.
Paul Kagame est tenté par le diable : briguer un troisième mandat successif que la constitution lui interdit. Ses amis occidentaux désapprouvent cette initiative soutenue par son parti, le FPR (Front patriotique rwandais), de facto, parti unique dans le pays.