Alassane Ouattara

Les archevêques et évêques de Côte d'Ivoire, au terme de leur 113e Assemblée plénière à Agboville (13-17 juin 2019), constataient que “progressivement s'install[ait] dans notre pays un climat de peur et de terreur”, estimaient que “les prochaines élections [devaient] être transparentes, crédibles et pacifiques pour que tous acceptent les résultats comme expression de la volonté de la majorité des Ivoiriens” et appelaient “le pouvoir exécutif à garantir aux personnes et aux institutions, notamment, la Commission électorale indépendante (CEI), une totale indépendance [car], “si l'arbitre est à la fois joueur et arbitre, la fin de la compétition est déjà connue”. Les prélats regrettaient aussi le fait que des “armes circulent encore dans notre pays”.

Comme Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire, le président guinéen, Alpha Condé, sera, aussi, candidat à un troisième mandat (anticonstitutionnel), lors du scrutin prévu le 18 octobre, a indiqué son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), lundi, 31 août. Comme en Côte d'Ivoire, ce 3e mandat a déjà coûté des dizaines de morts en Guinée. Et ce n'est qu'un début en Guinée comme en Côte d'Ivoire.

Alassane Ouattara est désormais « surveillé » par ses homologues de la CEDEAO, qui refusent son jusqu'au boutisme au Mali. Ils ont fini par comprendre que sa position au Mali était définie par rapport aux questions de politique intérieure en Côte d'Ivoire. Ses propositions ne passent donc plus comme une lettre à la poste. Il commence même à être vertement combattu.

Alassane Ouattara a peur. Car les Ivoiriens ont découvert son jeu. Les Africains de l'Ouest aussi. Un jeu, excessivement, dangereux, qui avait produit en décembre 1999, son premier coup d'état en Côte d'Ivoire. Mais, bien qu'il ait confisqué toutes les manettes du pouvoir des institutions de la sous-région entre ses seules mains, il ne va pas s'en sortir cette fois-ci.

Le 11 août 2020, celui qui se fait appeler “l’âne du Christ” a produit un texte qui, tout en appelant à juste titre à l’unité et au dialogue pour parvenir à des décisions consensuelles avant la participation à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020, n’en laisse pas moins perplexe à cause de quelques âneries que j’y ai dénichées. Ces âneries, je les exposerai et je dirai pourquoi elles sont des positions irrecevables.

Samedi, 15 août, de 14h30 à 19h30 (heure de Paris), les Ivoiriens de la région parisienne ainsi que les Africains de la diaspora, ont battu le pavé parisien, pour dire NON au 3e mandat que le président, Alassane Ouattara, voudrait s'octroyer au grand mépris de la constitution dont il est le garant. Ils étaient plus de 10.000 personnes à effectuer le trajet entre la Place Trocadéro et l'avenue Raymond Poincaré, siège de l'ambassade de Côte d'Ivoire à Paris.

La situation socio-politique en Côte d'Ivoire commence à devenir, insoutenable, intenable. Pourtant, on n'est qu'au début du commencement de la crise. Bientôt, celle-ci va bloquer tout le pays et personne ne pourra plus travailler. Seule décision attendue de Ouattara, le retrait de sa candidature. Il est temps que ses amis et soutiens le lui disent. S'il maintient son investiture le 22 août, cela voudra dire qu'il n'a strictement rien compris à la situation qui prévaut en Côte d'Ivoire, pays qu'il dit avoir présidé pendant 10 ans en tant qu'ex-Burkinabé.

Avant même qu'il n'accède au pouvoir, Alassane Ouattara disposait déjà d'un savoir-faire incontesté en matière de déstabilisation politique : coup d'état militaire de fin décembre 1999 qui a chassé Henri Konan Bédié du pouvoir, attaque massive des Forces nouvelles à partir du Nord du pays pour prendre Abidjan en septembre 2002 (cette attaque avait été stoppée dans la zone de Bouaké consacrant la partition en deux de la Côte d'Ivoire pendant plusieurs années). Le financier de toutes ces coûteuses opérations militaires, était Alassane Ouattara. Cette fois, et en connaissance de cause, il a entrepris de mettre les officiers supérieurs de son côté pour éviter tout coup d'état militaire, qui n'est plus une hypothèse d'école, aujourd'hui.

Alassane Ouattara aime-t-il la Côte d'Ivoire comme il aurait aimé le Burkina Faso s'il avait été président là bas ? Les actes qu'il pose tous les jours contre la grande majorité des Ivoiriens sont loin de le montrer. Après avoir annoncé urbi et orbi, en mars dernier, que jamais, au grand jamais, il ne se présenterait plus à une élection présidentielle, et surtout, pas à celle d’octobre 2020, une décision saluée en guise de leçon à l'endroit d'autres présidents africains, par son ami, le président français, Emmanuel Macron, le voilà qui, comme à son habitude, revient sur sa décision et annonce briguer un troisième mandat auquel il n'a pas droit. La constitution le lui interdit formellement. La thèse du « sacrifice » de son fils, Amadou Gon Coulibaly, mort sur l'autel des ambitions de Ouattara (son père) doit interroger de plus en plus. Car tout laisse penser que c'est lui qui l'a tué en maquillant sa disparition de cette manière. Ne voulant pas quitter le pouvoir, Ouattara aurait monté un scenario qui a laissé penser à la mort naturelle du candidat du RHDP alors qu'il était suivi, à Paris, par les meilleurs cardiologues du monde, ceux-là mêmes qui maintiennent Ouattara en vie, avec un cœur très affaibli, grâce à leur savoir-faire depuis son premier mandat où il venait toutes les trois semaines les rencontrer à l'hôpital parisien du Val de Grâce. Car il faut le répéter : le cœur de Ouattara est bien moins solide que celui de son ancien premier ministre. Mais, le voilà, qui s'organise pour un 3e mandat, puis, un 4e en 2025. Aurait-il trompé les Burkinabé de cette manière ? Que non !

Quand sortit la chanson “Président, on dit quoi ?” dans laquelle Yodé et Siro font le triste constat que, sur “plus de 60 ethnies que compte notre pays, “depuis le rez-de-chaussée jusqu’au dernier étage, du gardien au directeur, ce sont seulement les Bakayoko ou bien les Coulibaly qui mangent”, il se trouva des gens pour pousser des cris d’orfraie ou pour appeler le gouvernement à porter plainte pour diffamation. Qui sait si d’autres ne s’apprêtaient pas à lancer une fatwa contre les deux “impertinents” ? Une chose est sûre : les plus hargneux étaient ceux qui se sont récemment ralliés à Monsieur Ouattara après l’avoir traité de tous les noms d’oiseaux et sans avoir jamais démontré que les choses qu’ils critiquaient n’existent plus.

Laurent Gbagbo a « toujours figuré sur la liste électorale, comme en atteste la capture d’écran du site en ligne de la CEI », mais au terme de la révision du listing électoral, il « a vu son nom tout simplement retiré de la liste électorale provisoire remise aux partis politiques par la CEI », a indiqué Me Habiba Touré, son avocat. Le président Alassane Ouattara perd-il la tête ? Sa gestion politique du pays est tellement catastrophique qu'il ne s'y retrouve plus lui-même et montre qu'il ne sait plus ce qu'il fait et ignore exactement où il va. C'est grave pour la Côte d'Ivoire. Ouattara récolte ce qu'il a semé : le mensonge, la manipulation, la mauvaise foi, la haine d'un pays qui l'a accueilli pour lui donner le pouvoir suprême alors qu'il n'était pas apte à se présenter à l'élection présidentielle.

Le choix d'Alassane Ouattara, président de Côte d'Ivoire et « chef de la famille Gon Coulibaly », porté sur son « fils », Amadou Gon Coulibaly, comme candidat RHDP lors de l'élection présidentielle d'octobre prochain, avait été vivement contesté. C'est le moins qu'on puisse dire. Ce choix n'était pas seulement contesté dans le pays tout entier où les Ivoiriens affirmaient que Ouattara n'est pas un gentleman en voulant remplacer un musulman (lui-même) par un autre musulman (son « fils » Gon Coulibaly) à la tête du pays. Ce choix de Ouattara était, surtout, contesté parce qu'il entraîna, aussi, le départ de plusieurs ténors du RHDP dont le président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, et le vice-président de la République, fidèle parmi les fidèles du président de la République, Daniel Kablan Duncan. Auparavant, le plus célèbre de tous les RHDP, Henri Konan Bédié, quittait aussi le navire. Bédié n'est pas n'importe qui. Ancien président de la République et faiseur de roi à deux reprises avec l'élection de Ouattara en 2010 et 2015, il est l'inspirateur et le premier président de cette organisation politique, qu'il fut contraint de quitter parce que le président Ouattara refusait de respecter les accords qu'il avait signés avec le PDCI-RDA au nom de l'alternance à la tête de l'Etat.
Après la mort (pour le moment inexpliquée) d'Amadou Gon Coulibaly, Alassane Ouattara a cherché à le remplacer en devenant, lui-même, le candidat du RHDP. Mais, cette fois, c'est la France qui s'oppose, ouvertement, à sa candidature.

C'est la question à un million d'euros : Denis Sassou-Nguesso a condamné Jean-Marie Michel Mokoko à 20 ans de prison. Mais pour Guillaume Soro, Denis Sassou-Nguesso est un grand sage et non un dictateur (5 étoiles).
Alassane Ouattara vient de condamner Guillaume Soro à 20 ans de prison, exactement, la même chose. Pourtant, Guillaume Soro traite Alassane Ouattara de dictateur. Et Sassou-Nguesso de grand sage. Cherchez l'erreur !

Annoncer qu’on ne fera pas ce qui est interdit par la constitution (la nôtre interdit de faire plus de deux mandats à la tête du pays) relève tout simplement du bon sens et donc, n’a rien d’exceptionnel. Cela ne fait pas non plus entrer dans l’Histoire celui à qui la France a demandé de ne pas rempiler. Le départ de Nelson Mandela du pouvoir, en revanche, était quelque chose d’historique et d’extraordinaire parce que le premier président noir de la nation arc-en-ciel a quitté le pouvoir 5 ans seulement après l’avoir exercé, parce qu’il était encore adulé par son peuple au moment où il s’en allait, parce que, pendant ces 5 années de pouvoir, Mandela ne s’est pas vengé grossièrement et idiotement des Blancs qui l’avaient emprisonné pendant 27 ans, parce qu’il ne s’est pas occupé uniquement des gens de son ethnie ou de son parti, parce qu’il n’a pas passé son temps à terroriser ses compatriotes et à persécuter les opposants sud-africains, parce que ni l’Angleterre ni les Etats-Unis ne l’ont sommé de quitter le pouvoir. C’est un sacrilège que de mettre la vertu et le vice autour de la même table. Mandela ne fut ni criminel ni imposteur pour que des incultes en mal d’idolâtrie le comparent à Ouattara.

Le président français était au Salon de l’agriculture de Paris, ce 22 février 2019. Interpellé par un activiste camerounais sur les tueries qui seraient perpétrées par des soldats camerounais dans la zone anglophone, Emmanuel Macron n’a pas caché que son pays “a un rôle compliqué en Afrique”. Pourquoi “compliqué” ? Parce que , tantôt, la France est appelée au secours (en janvier 2013 par le Mali dirigé alors par Dioncounda Traoré, en février 2019 par le Tchad et en janvier 2020 par les pays du Sahel confrontés aux djihadistes), tantôt, elle est accusée de s’immiscer dans les affaires des Africains “quand elle met la pression sur tel ou tel dictateur ou bien quand elle dit que tel dirigeant n’a pas été démocratiquement élu". Et Macron d’ajouter : “Ce n’est pas la France qui peut faire la démocratie au Cameroun, ce sont les Camerounais”.

Les pays du champ vont-ils finir par s'émanciper de l'ancienne métropole alors que l'économie de cette dernière n'est pas reluisante ? Augmentation des déficits réprimandés par Bruxelles, maintien du chômage à un niveau anormalement élevé, dislocation du tissu social creusé par des injustices causées par des politiques menées, etc. Bref, la France bien que considérée comme un grand pays, n'est plus à l'abri d'une implosion sociale généralisée depuis l'épopée des « Gilets Jaunes » et des grèves à répétition contre la réforme des retraites.

Alors qu'on s'attendait au lancement de l'Eco de la CEDEAO courant 2020, sous la présidence en exercice du président du Niger, Mahamadou Issoufou, pour ceux des pays qui auraient atteint les trois principaux critères de convergence (3% du taux d'inflation au plus, 70% du taux d'endettement publique, 10% au plus de taux d'inflation), le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, et son homologue français, Emmanuel Mcron, ont créé la surprise, le 21 décembre 2019, à Abidjan, en créant une autre monnaie du même nom, l'Eco, au sein de l'UEMOA, en remplacement du F CFA, et dont l'ambition était de s'étendre au reste des pays de la CEDEAO. Cette initiative unilatérale a été lancée sans concertation, mais, uniquement, pour les pays de l'UEMOA dont les membres sont la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Bénin, le Togo, le Niger, le Mali, le Burkina Faso et la Guinée Bissau. Cela dit, cette annonce semble pour le moins prématurée. Car quelques jours avant la sortie des présidents français et ivoirien sur le rattachement de l'Eco à l'euro par une parité fixe, leur homologue béninois, Patrice Talon, disait, exactement, le contraire, à savoir, que l'Eco (monnaie de la CEDEAO et non de l'UEMOA) serait rattaché à un panier de grandes monnaies dont l'euro, le dollar, le yen, la livre, le yuan, etc., et que d'importantes réserves de cette monnaie, seraient logées dans des banques centrales des pays concernés afin de faciliter les échanges des pays de la CEDEAO. Comme on pouvait s'attendre, l'initiative de Macron et Ouattara a été, unanimement, rejetée par les autres pays de la CEDEAO, non membres de l'UEMOA dont les ministres de Finances viennent de se réunir à Abuja. Ils ont demandé la convocation d'un sommet extraordinaire de la CEDEAO sur l'Eco afin de remettre les choses en place. Celui-ci devrait avoir lieu dans de brefs délais.

Même pas honte ! Candidat à sa succession pour un troisième mandat, ce qu'il évite pour le moment de dire tout haut, Alassane Ouattara a entrepris de faire le ménage au sein de l'opposition où après avoir éliminé de la course présidentielle, Guillaume Soro, c'est au tour, maintenant, de Charles Blé Goudé, un autre empêcheur de tourner en rond, de subir sa foudre. En effet, le tribunal criminel d'Abidjan a condamné, lundi, 30 décembre, l'ancien bras droit de Laurent Gbagbo, en liberté conditionnelle aux Pays-Bas, à 20 ans de prison, 10 ans de privation de ses droits civiques et 300 000 euros de dommages et intérêts. D'où notre question : Ouattara veut-il aller à l'élection présidentielle d'octobre 2020 sans adversaires crédibles ?

Seul contre tous. Auparavant alliés, Alassane Ouattara, dans un instinct de survie, est obligé de se battre, aujourd'hui, avec ceux qui l'ont fabriqué, hier : Henri Konan Bédié et son PDCI sans lesquels Ouattara n'aurait, jamais, jamais, gagné l'élection présidentielle de 2010 et de 2015 ; Guillaume Soro, ancien chef de la rébellion des Forces nouvelles (financée par Alassane Ouattara hilmself) pour déstabiliser le pouvoir d'Henri Konan Bédié, sans qui, il n'aurait, jamais, jamais, accédé à la magistrature suprême. Ces deux personnalités incontournables dans la vie politique de l'actuel chef de l'Etat, ont dû se résoudre à l'évidence, après avoir reconnu que Ouattara est tout, sauf un homme de parole. Sous ses faux airs d'homme gentil, toujours souriant, et civilisé, il est d'une fausseté inédite. Pire qu'un caméléon, cette bête qui change de couleurs au gré des situations, il est le genre de personne qui pousserait la jeunesse ivoirienne à ne plus croire à la politique et aux politiciens. Car si c'est cela la politique, autant faire carrière dans d'autres disciplines. Oui, Ouattara salit la politique par une pratique qui devrait faire honte à ses partisans qui disent le soutenir. Les intellectuels ivoiriens et africains ne devraient pas rester inertes, sans voix, devant de tels comportements s'ils veulent que la Côte d'Ivoire, l'Afrique, se tiennent debout. Ouattara est l'exemple même de ce qui doit être condamné en politique. Depuis Paris, Guillaume Soro promet "d'organiser la résistance" à Alassane Ouattara. C'est le moins qu'il puisse dire et faire. Mais, il y a plus grave, à cause de son président, la Côte d'Ivoire est en train de retrouver ses vieux démons. Ce pays redevient le grand malade qu'il avait été pendant une bonne dizaine d'années. Sous nos yeux. Ce qui induit notre responsabilité à tous, Ivoiriens comme Non-Ivoiriens : il faut dire, très fortement, NON, à ce qui est en train de se passer dans le pays de Félix Houphouët-Boigny par quelqu'un qu'on accusait, il n'y a pas très longtemps, de ne pas être Ivoirien, mais, Burkinabé. Par sa façon de faire, il donne, ainsi, raison aux partisans de l'ivoirité.

L'ancien magistrat ivoirien, Ange-Olivier Grah, décortique, point par point, toutes les fautes et manquements graves collectionnés par le procureur de la République, et conclut à une situation de non-droit caractérisé, qui va, à coup sûr, décrédibiliser le pouvoir de celui qu'on nomme déjà le « nouveau boulanger d'Abidjan » (Alassane Ouattara). Entendez, celui qui roule tout le monde dans la farine. Les arguments d'Ange-Olivier Grah sont imparables et relèvent à la fois du droit et du simple bon sens. La question, en les lisant, est de savoir si Ouattara est arrivé à un point de désespoir qui lui fait ignorer les qu'en dira-t-on que son non-respect des institutions dont il est le garant, va susciter ?