Ali Bongo Ondimba

Le défilé du 58e anniversaire de l'indépendance sur le Front de Mer aura été l'un des plus courts de l'histoire du Gabon : 1h30, et le boulevard s'est vidé de son monde. La veille, devant 1,5 million de Gabonais, le président de la République, Ali Bongo Ondimba, a essayé de remobiliser ses compatriotes en les assurant du bienfondé de ses réformes dont le but est d'équilibrer les comptes publics et créer les emplois. Le président a égrainé la liste de ce qu'il y a à faire : une tâche tout simplement titanesque à commencer par le secteur de l'Education nationale où on n'a compté aucune Mention Très Bien ni Bien au Bac 2018. Mais qu'on compte sur le chef de l'Etat : il n'y a pas là motif à découragement. Au contraire, il faut se retrousser les manches.

A l'occasion d'une conférence de presse, le Ministre d’Etat en charge des Comptes publics et du Budget, Jean-Fidèle Otandault, a détaillé les mesures qui seront contenues dans La Loi de finances rectificatives pour 2018. Cette loi aura pour but d’assurer le redressement des finances publiques en prenant acte des évolutions du budget sur la période 2013-2018 et des préconisations issues d’un séminaire sur la revue du Plan de relance de l’économie (PRE), organisé en avril 2018 à la demande du chef de l’Eta, Ali Bongo Ondimba. L'accroissement des recettes budgétaires, la réduction de la masse salariale (10% par an de réduction prévue), la revue de la dette, la rationalisation des investissements publics, seront repris dans la LFR (Loi de finances rectificative) 2018. Sous ajustement avec le FMI comme le Tchad, le Centrafrique et le Cameroun, le Gabon se serre la ceinture, comme on le remarque, pour en sortir, au plus tard, courant 2020. Le pays ne vivra plus au-dessus de ses moyens. Autre bonne nouvelle : cette cure d'amaigrissement n'est pas une mauvaise chose au moment où le baril est, à nouveau, à la hausse.
 

Le gouvernement du 4 mai 2018 d'Emmanuel Issoze Ngondet est un petit record de rapidité au regard de la complexité de la situation politique actuelle au Gabon. Après avoir remis sa démission, mercredi, 2 mai, et reconduit le lendemain à ce même poste, il a mis à peine 24 heures pour sortir la liste de ses 40 ministres. Premier enseignement : les branches mortes n'en font plus partie. Ils se reconnaîtront... Deuxième enseignement : aisément et facilement, on entrevoit la future majorité présidentielle, et les alliances qui pourront se nouer, afin de permettre au président, Ali Bongo Ondimba, de consolider ses positions au Palais du Bord de Mer.

Quarante huit heures après la démission du premier ministre chef du gouvernement, Franck Emmanuel Issoze Ngondet, suite à la décision de la Cour constitutionnelle de dissoudre l'Assemblée nationale et de démissionner le gouvernement, le président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, a reconduit Franck Emmanuel Issoze Ngondet au même poste. A charge pour lui de mettre sur pied, rapidement, sans perdre de temps, une équipe gouvernementale opérationnelle qui permettra l'organisation, dans de brefs délais, et dans de bonnes conditions, des élections législatives, qu'il a pour mission de gagner.

Le coup de tonnerre opéré par la Cour constitutionnelle, le 30 avril, est, sans doute, une mauvaise affaire pour le gouvernement et son chef, et non pour le PDG (Parti démocratique gabonais), dans son ensemble. Prenant acte de cette décision, le secrétaire général du parti présidentiel, Eric Dodo Bounguendza, veut tirer le meilleur de cette situation afin que son parti conserve son avance (même si elle n'est plus pléthorique) dans la future Assemblée nationale. Le secrétaire général du PDG se dit : quand on a la majorité, on fait tout pour la garder, surtout, quand celle-ci permet de consolider le pouvoir, à la tête de l'Etat, du président du parti, Ali Bongo Ondimba.

Décentralisation, déconcentration, régionalisation, que de mots ? Peut-être pas seulement ! C'est vrai que dans leurs discours, les chefs d'Etat de la sous-région les prônent. Tous sans exception. Mais, dans les faits, peu d'entre eux les mettent en pratique. Ali Bongo Ondimba vient de joindre sa parole du 31 décembre 2017 à l'acte, en allouant, ce samedi, 21 avril, à Franceville, sa capitale provinciale natale, la somme de 1 milliard de F CFA (1,5 million d'euros) à la province du Haut Ogooué, afin de permettre à ses autorités de financer et d'accompagner les projets qui créent l'emploi et réduisent le mal-vivre et la pauvreté.

Le premier ministre, Franck Emmanuel Issoze-Ngondet, ne pouvait pas rester inerte. Mais, personne ne s'attendait à ce qu'il remanie son équipe gouvernementale. En effet, une récente photo de son ministre de l'Agriculture, Yves-Fernand Manfoumbi, dans un état d'ébriété avancé, roulant par terre, un micro dans la main, l'aurait-il convaincu, ainsi que, le président, Ali Bongo Ondimba, de la nécessité d'un remaniement qui permettrait de couper court aux commentaires malveillants, qu'on peut lire dans les réseaux sociaux ? Toujours est-il qu'ivre ou pas ivre (les avis divergent), la photo de l'ancien directeur général du Budget fait désordre. Occasion a, ainsi, été donnée au chef du gouvernement de faire d'autres ajustements qui lui permettront de conduire la bataille des législatives avec une équipe gouvernementale plus homogène et plus conquérante.

Le président, Ali Bongo Ondimba, et son gouvernement, ont fait acte de courage en mettant fin au contrat léonin qui liait le Gabon à Véolia. Alors que certains ténors de l'opposition cherchent, au contraire, à soumettre, encore plus, le Gabon à l'ancienne puissance colonisatrice, le président, Ali Bongo Ondimba, lui, privilégie le mieux-disant économique et financier pour son pays. C'est le sens que les Gabonais doivent donner à la rupture de la Convention avec Véolia que vient d'opérer le ministre de l'Eau et de l'Energie, Patrick Eyogo Edzang. C'est une posture (pas de facilité) qui permet au Gabon de mieux s'assumer. Personne ne peut le lui reprocher d'autant plus que les consommateurs d'eau et d'électricité du Gabon, souffrent, dans leur chair, depuis 21 ans de l'inapplication du cahier des charges confié à Véolia (ex-Générale des eaux). Les Gabonais doivent soutenir leur gouvernement qui vient de poser un acte de rupture avec la Françafrique. La direction générale de la SEEG a été confiée, le 19 février, à Marcelin Massila Akendengué, pour une durée d'un an. Le chien aboie la caravane passe.

Comparée à la dynamique CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale), la CEEAC n'affiche qu'une existence virtuelle. Institution budgétivore à l'efficacité pas du tout prouvée, même les pays membres n'y croient guère, eux qui accumulent, désormais, la bagatelle de 35 milliards de F CFA, en arriérés de cotisations, soit, au moins, trois années de fonctionnement. Frappés par la baisse des prix des matières premières dont le pétrole et le gaz que produisent à grande échelle, plusieurs de ses membres, les pays de la CEEAC, on peut, aisément, l'imaginer, ont d'autres priorités plus pressantes. Cela dit, les pays d'Afrique centrale sont connus pour être peu disciplinés dans l'atteinte des objectifs communautaires contrairement à ceux de la CEDEAO. C'est une réalité : chaque chef d'Etat pense d'abord à lui-même et à son pays avant de penser à la communauté. Président en exercice de la CEEAC, le président gabonais, Ali Bongo Ondimba, a entrepris, ces derniers jours, une tournée qui l'a conduit dans des pays comme le Rwanda et l'Angola, afin de bien préparer les assises des 5 et 6 mars prochains, à Libreville. Combien de chefs d'Etat y participeront-ils quand certains ne sont pas loin de penser que les Sommets de la CEEAC ne sont qu'un simple passe-temps, en plein ajustement structurel des pays de la CEMAC auprès du FMI, le gendarme financier mondial ?

La question vaut son pesant d'or. Et quand Ali Bongo Ondimba déclarait dans une interview accordée à Afrique Education, dans la deuxième quinzaine d'août 2009, avant son élection : « Je ne suis pas le patriarche. Le patriarche était le patriarche », cette phrase prend, aujourd'hui, tout son sens au regard de l'évolution de la relation franco-gabonaise, qui n'est, vraiment, plus ce qu'elle était, avant l'atterrissage au Palais du Bord de Mer d'Ali Bongo Ondimba, en septembre 2009. Aujourd'hui, c'est une guerre ouverte entre Libreville et Paris, qui ne dit pas son nom, et qui ne se fait pas avec les canons ni les bazookas. Encore moins les orgues de Staline. Le documentaire diffusé par la télévision française, France 2, dans son émission, « Complément d'enquête » peut être assimilé à une déclaration de guerre car quand on veut détruire un chef d'Etat ou son régime, on ne fait pas autrement.

Si la situation du Gabon n'était pas tendue, depuis l'élection présidentielle du 27 août dernier, on mettrait cette agitation de quelques individus plus ou moins illuminés dans la rubrique des « Faits totalement divers ». Mais même si leur sortie ne va pas empêcher le locataire du Palais du Bord de Mer de dormir sur ses deux oreilles, elle a le mérite de souligner l'état de tension qui règne dans le pays à quelques jours de l'arrivée de la mission d'information de la CPI (Cour pénale internationale) pour enquêter sur les troubles ayant perturbé la présidentielle de 2016.