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Bénin

Ce titre insolite fait la Une du numéro 476 de mai du magazine Afrique Education. Non-professionnel de la politique devenu chef de l'Etat du Bénin en remportant démocratiquement la présidentielle d'avril 2016, Patrice Talon surprend les Béninois, les Africains et la communauté internationale, en ramenant le Bénin de trente années en arrière sur le plan de la démocratie et des droits de l'homme. Le magazine explique pourquoi et comment il est devenu le bon élève de la classe du dictateur congolais, Denis Sassou-Nguesso, son inspirateur et modèle en politique. Une situation ubuesque susceptible de faire retourner (jusqu'à) Mathieu Kérékou dans sa tombe.

Majoritairement de l'Afrique de l'Ouest, région à laquelle appartient le Bénin, des universitaires et écrivains ont envoyé une lettre au président du Bénin, Patrice Talon, dans laquelle ils condamnent, fermement, l'exclusion de plusieurs partis de l'opposition du processus électoral, et l'invitent, fortement, à organiser d'autres élections législatives, cette fois, inclusives.

Patrick Picque et Laurent Lassimouillas avaient été enlevés le 1er mai dernier. Ils viennent d'être libérés après dix jours de captivité. Mais l'opération bien que réussie ne s'est pas déroulée sans dommage. Malheureusement. Deux militaires français ont été tués au cours de celle-ci. L'Elysée et la ministre des Armées, Florence Parly, ont salué la mémoire de ces deux militaires morts pour la France. Un hommage sera organisé Aux Invalides dès le rapatriement de leurs dépouilles.

L'identité des deux touristes français disparus est connue, après qu'elle ait été authentifiée par leurs proches. Les recherches se poursuivent pour les retrouver, maintenant qu'il y a de fortes chances qu'ils soient entre les griffes des djihadistes qui font la pluie et le beau temps dans la zone frontalière entre le Bénin (lieu de leur kidnapping) et le Burkina Faso. Leur rapt a eu le 1er mai.

Des centaines d'opposants béninois sont redescendus dans les rues de Cotonou, jeudi, 2 mai, où ils ont érigé des barricades enflammées pour défier les forces de l'ordre dans un climat de tension après des législatives boycottées par l'opposition qui en avait été évincée. Une personne est morte et deux autres ont été, grièvement, blessées dont une par balles depuis le début des violences, qui ont éclaté, mercredi, 1er mai, après-midi, après le déploiement des forces de sécurité autour du domicile de l'ancien président, Boni Yayi, dans la capitale économique. Jadis, laboratoire de la démocratie ayant organisé la toute première Conférence nationale souveraine, en février 1990, le Bénin (Ex-Dahomey) vient de connaître un bond de 30 ans en arrière en matière de démocratie.

Le Bénin, pays réputé pour être un exemple de démocratie en Afrique de l’Ouest, a voté, dimanche, 28 avril, pour élire ses députés lors d'un scrutin historique où l’opposition n’a pas été autorisée à présenter de candidats, marquant pour beaucoup d’observateurs un tournant autoritaire du président Patrice Talon. C'est une situation qui se passe de commentaire quand on sait d'où vient l'actuel président, qui avait, justement, passé près de trois ans en exil, entre la France et la Belgique, pour fuir l'arbitraire. Une fois au pouvoir, aujourd'hui, il plonge, lui aussi, dans un arbitraire qui est plus grave, car il ramène tout le pays à l'ère du « marxisme-béninisme » de feu Mathieu Kérékou (avant conférence nationale souveraine). Finalement, que doit-on penser de la démocratie en Afrique si on ne doit même plus faire confiance à un non-professionnel de la politique (comme Patrice Talon) qui accède au pouvoir et dont on aurait pu attendre une autre manière de faire de la politique ?

Le Bénin, laboratoire de la démocratie du Golfe de Guinée, est-il en panne sèche de démocratie ? Après la tenue de la toute première conférence nationale souveraine organisée en février 1990, à Cotonou, et qui avait réuni toutes les forces vives de la nation, le Bénin va organiser des élections législatives comme au temps du parti unique, le PRPB, de Mathieu Kérékou, c'est-à-dire, sans l'opposition. Les torts sont certainement partagés, l'opposition n'étant pas exempte de tout reproche. Cela dit, on regardera, beaucoup plus, du côté du pouvoir politique qui contrôle l'actuelle majorité au parlement pour savoir pourquoi des mesures n'ont pas été prises pour empêcher une situation qui est loin d'honorer le Bénin. Et qui à coup sûr va engendrer des troubles dans le pays.

Des milliers de personnes ont manifesté, lundi, 11 mars, à Cotonou, à l'appel des principaux partis d'opposition béninois pour dénoncer la politique du président, Patrice Talon, accusé d'autoritarisme. Selon les organisateurs, Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) de l'ancien président, Thomas Boni Yayi, et l'Union sociale libérale (USL) de l’homme d’affaires, Sébastien Ajavon, près de 20.000 manifestants ont pris part à la marche dans la capitale économique béninoise.

Des antiquités, parfois, vieilles de 5000 ans, pillées en Irak en 2003, après la chute de Saddam Hussein, vont revenir dans leur pays après avoir été identifiées par des experts du British Museum. Un très bon exemple que devrait suivre la France dont les musées refusent le retour des biens culturels africains, spoliés pendant la colonisation et même après, et qui font leur rayonnement actuel.

L’ex-conseiller spécial du regretté président français, François Mitterrand, s’intéresse à l’Afrique ; j’ai lu quelques-uns de ses ouvrages et davantage de ses articles dans des journaux ; celui intitulé « Les Africains ont inventé l’ordinateur numérique bien avant qu’on le découvre » m’a passionné, voire, rouvert les yeux sur des atouts de l’Afrique qu’à force de jacasser, de contester en ignorant tout de ce dont ils palabrent, des Africains laissent ceux qu’ils critiquent leur damer le pion là où ils pourraient ou devraient être Maîtres.

La Cour constitutionnelle du Bénin est la référence en matière de juridictions constitutionnelles en Afrique francophone. Créée en 1993 suite à la Conférence nationale souveraine de février 1990, elle a, immédiatement, suscité respect et considération. Son actuel président, le professeur agrégé en droit constitutionnel, Théodore Holo, qui a succédé au professeur, Robert Dossou, qu'on ne présente plus dans l'univers des grands constitutionnalistes francophones, a su préserver la totale indépendance de cette institution, que sa première présidente, Elisabeth Pognon, avait su acquérir, sous la présidence de Nicéphore Dieudonné Soglo. Aujourd'hui, le Bénin, dans ce domaine, comme dans celui de la démocratie, est un modèle à suivre sur le continent. L'application de la démocratie n'y est pas à géométrie variable comme on le voit, parfois, au Sénégal,qui est un autre bon élève de la démocratie en Afrique francophone.

Il y a toujours une fin pour chaque chose. Rien n'est éternel ici bas. Il en est de même pour les biens culturels africains qui meublent les galeries d'art et musées de l'Hexagone alors que leur place est bien dans les musées des pays d'où ils ont été spoliés. Que le jeune président français, Emmanuel Macron, qui ne connaît pas la colonisation, ait décidé de changer la politique française dans ce domaine précis, pour remettre un peu de loyauté et d'équité dans cette relation entre la France et les pays africains concernés, on ne peut que dire que dire, honneur à lui. L'Afrique s'en souviendra. En bien.

Le jeune président français veut faire différemment les choses. Lors de sa première tournée africaine, à Ouagadougou, il a annoncé « un retour du patrimoine africain à l'Afrique ». C'est une bataille rangée, depuis des années, entre la France où plusieurs musées gardent par devers leurs collections, un tel patrimoine et les pays africains concernés. Arrivé au pouvoir en 2016, le président du Bénin, Patrice Talon, par exemple, en a fait sa priorité : le retour au Bénin des objets culturels béninois logés en France. Ce n'est pas une chose simple. Mais, avec la décision d'Emmanuel Macron, Patrice Talon sera, désormais, soutenu par la volonté politique de l'Etat français. Le retour au Bénin, après des siècles d'exportation, des objets d'art africain, sera facilité. Cela dit, entre dire et faire, il y a un monde quand on sait que ce patrimoine fait vivre des musées et centres culturels en France et créent des emplois.

Que se passe-t-il au Bénin où le président élu, Patrice Talon, en fonction depuis l'année dernière, avait annoncé qu'il ne ferait qu'un seul et unique mandat à la tête du pays alors que la constitution lui donne la possibilité d'en faire deux ? Connaissait-il l'ampleur des mécontentements que sa politique allait entraîner avant de ne vouloir faire qu'un seul mandat ? Patrice Talon bouscule tout sur son passage, et Léhady Soglo n'échappe pas à ce tsunami, y compris, dans son propre parti, la Renaissance du Bénin, où il a, récemment, été suspendu de ses fonctions de président national.

Le président du Bénin, Patrice Talon, serait-il, à son tour, atteint par l'ivresse du pouvoir et de ses dérives ? La question se pose au fur et à mesure qu'il côtoie les dictateurs africains dans le cadre de sa fonction. La façon dont il a envoyé les forces de l'ordre et de sécurité s'introduire dans la résidence du maire de Cotonou, Lehady Soglo (que le pouvoir accuse de vouloir détruire les documents financiers et comptables de sa mairie de 2013 et 2014), sans mandat de perquisitionner, dans un Etat de droit (comme le Bénin), pousse à s'interroger : Où va le Bénin ? Après avoir voulu (sans succès) détruire la carrière politique de Sébastien Ajavon (qui l'avait pourtant soutenu au deuxième tour de la présidentielle où il était sorti troisième), pour une fausse affaire de drogue cachée dans un container au port de Cotonou, voilà que le président, Patrice Talon, met le grapin sur le jeune maire, Lehady Soglo, convaincu qu'il sera un adversaire de taille, à la prochaine élection présidentielle, à laquelle, lui, Patrice Talon sera candidat, après avoir dit et redit au monde entier qu'il n'était à la tête du Bénin que pour un seul et unique mandat de cinq ans. L'ivresse du pouvoir ! Dans le texte qui suit, notre ami, Olympe Bhêly-Quénum, qu'on ne présente plus, a pris sa plume pour dire tout le mal qu'il pense de cette dérive dictatoriale des autorités béninoises. On sent Olympe en colère.

Fondé par l'ancienne première dame, Rosine Vieyra Soglo, l'épouse de l'ancien président, Nicéphore Dieudonné Soglo, le parti, Renaissance du Bénin, n'est plus présidé par leur fils aîné, Léhady Vinagnon Soglo. Ecarté de la présidence, le 21 mai, par le Bureau national du parti, le fils Soglo a, définitivement, été remplacé, dimanche, 25 juin, à Abomey, par l'ancien garde des Sceaux et ancien président de la Cour suprême, Abraham Zinzindohoué. Les Soglo ne l'entendent pas de cette oreille. Père du Bénin moderne, celui de l'ère post-Conférence nationale, Nicéphore Soglo est une voix qui compte au Bénin, pour avoir réussi à mettre le pays sur la voie de sa transformation socio-économique, après l'aventure calamiteuse du marxisme-léninisme, qui l'avait plongé dans la faillite. Pendant la présidentielle de 2016, le fils et actuel maire de Cotonou, Léhady Soglo, n'avait pas soutenu le même candidat que ses parents, ce dernier ayant jeté son dévolu sur Lionel Zinsou, à l'époque, premier ministre du Bénin et candidat du président, Yayi Boni, que Rosine Soglo avait taxé de « Franco-Béninois », avant de préciser : « Un Blanc ne viendra pas diriger le Bénin ». Pour beaucoup, Léhady paie ce choix non concerté pendant la présidentielle.

Le dictateur a envoyé, en catastrophe, son ministre des Affaires étrangères, Jean Claude Gakosso, à Cotonou, pour porter un message de sympathie et de prompt rétablissement au chef de l'Etat, Patrice Talon, après ses deux opérations subies à Paris. Le président congolais n'a agi ni au hasard, ni par simple humanisme. Il sait d'où il vient. Surtout, il sait où il va.

Le président du Bénin, Patrice Talon, a, plutôt, bonne allure. Après avoir subi deux interventions chirurgicales à Paris. Le pays n'a pas connu de vacance de pouvoir ; la constitution du Bénin est l'une des plus solides de l'Afrique, et en homme politique avisé, Patrice Talon avait fait ce qu'il fallait avant de s'absenter. Le pays n'en a pas beaucoup souffert. Revenu à Cotonou, dimanche, 18 juin, il a repris ses activités, ce lundi, 19 juin, avec la tenue d'un conseil de ministres extraordinaire. Le conseil des ministres ordinaire se tiendra, mercredi, 21 juin.

Homme d'affaires milliardaire, ancien faiseur de président, Patrice Talon s'est, finalement, résolu à devenir, lui-même, calife. Vu son entregent et l'étendue de son réseau d'amitié, il n'a pas eu du mal à gagner ce pari ambitieux car il n'apprenait pas le job. Depuis mai, il est, confortablement, installé dans le Palais de la Marina. Mais, si son accession au pouvoir a bouleversé les habitudes, Patrice Talon a, aussi, surpris par son programme de gouvernement étalé sur un seul et unique mandat alors que la constitution lui donne la possibilité d'en faire deux. Lui veut en faire un seul et souhaite que le mandat unique soit inscrit dans la constitution. Mal vu, mal compris, mal expliqué, son projet passe, difficilement, dans l'opinion.

Pour aller faire ses courses au célèbre marché Dantokpa de Cotonou, on n'aura plus besoin de passer par la case Consulat du Bénin. Il en est de même si on veut découvrir les trésors du vodoun béninois. Patrice Talon ouvre son pays aux Africains, sans attendre la réciprocité. Une belle leçon d'intégration africaine.

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