Barkhane

Aveu d'échec ! On l'avait, déjà, constaté avec la difficulté de mettre sur pied le G5 Sahel (qui peine à rassembler les financements), mais aussi, avec des attaques répétées et cruelles des djihadistes dans les pays du Sahel où se trouvent d'importantes forces françaises, en l'occurrence, Barkhane. Il fallait juste le reconnaître publiquement, ce que vient de faire la ministre française des Armées, Florence Parly, qui a dit ce mardi, 5 novembre, au président, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la volonté de Paris de renforcer le soutien aux forces maliennes grâce à ses alliés européens, dans le difficile combat contre les djihadistes. C'est vrai que les djihadistes qui déstabilisent le Sahel viennent, en majorité, de la Libye à la suite de l'assassinat de Kadhafi. Mais, il est intolérable que 69 ans après les indépendances, le Mali ne dispose pas, encore, d'une armée digne de ce nom. IBK est (quand même) en place depuis 2013. On n'a pas vu ce qu'il a fait pour doter son pays d'une armée solide capable de défendre les frontières du Mali. Son réflexe quand il y a un massacre perpétré par des djihadistes, c'est de regarder du côté d'Emmanuel Macron. Son Père Noël ? C'est vrai que le jeune président est comptable de cette situation (via la responsabilité de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, l'homme par qui tout ce désordre est arrivé) mais, le président français n'est nullement responsable du choix du président malien de ne pas bâtir une bonne armée capable de combattre les djihadistes.

Après avoir été critiqué (avec raison) pendant de grosses manifestations de jeunes organisées au Niger et au Mali, les soldats de Barkhane se réveillent enfin. Le communiqué qui nous est envoyé en date du 12 juin et que nous exploitons seulement aujourd'hui, alors qu'il a fait l'objet de nombreux commentaires dans la presse, montre que nous apprécions fortement l'attitude de fermeté de Barkhane à l'endroit des terroristes et ceux qui les aident, de près ou de loin, dans leur basse besogne.

Patrick Picque et Laurent Lassimouillas avaient été enlevés le 1er mai dernier. Ils viennent d'être libérés après dix jours de captivité. Mais l'opération bien que réussie ne s'est pas déroulée sans dommage. Malheureusement. Deux militaires français ont été tués au cours de celle-ci. L'Elysée et la ministre des Armées, Florence Parly, ont salué la mémoire de ces deux militaires morts pour la France. Un hommage sera organisé Aux Invalides dès le rapatriement de leurs dépouilles.

Rien ne va au Mali. L'armée nationale n'en est pas une. Au point que l'intervention militaire décidée, en janvier 2013, par François Hollande, devient, aujourd'hui, quelque peu suspecte aux yeux de certains : « Les Français veulent-ils aider réellement le Mali à en finir ou s'agit-il d'une stratégie pour mieux s'implanter » ? Ces questions font l'objet de débat dans certains cercles africains, Serval ayant muté en Barkhane. Emmanuel Macron sera, vendredi, 19 mai, au Mali. Continuité ou rupture ? Avec Jean Yves Le Drian aux Affaires étrangères, c'est plutôt la continuité. Cela dit, les chefs d'Etat français et malien devront se dire les vérités en face, surtout, celles qui fâchent.

La lutte antiterroriste n'est pas un vain mot en France. Attaquée de toutes parts, la France ne néglige plus aucun lieu de provenance de la menace djihadiste. L'Afrique n'est plus regardée de très haut, comme avant, mais, comme un partenaire avec qui on essaie de coopérer, loyalement, pour ne pas le regretter plus tard. Toutefois, les relents françafricains restent, toujours, dans les arrières pensées profondes des dirigeants français, qu'ils soient socialistes ou de droite. A cet égard, le choix de Bernard Cazeneuve, pour sa toute première sortie internationale, n'est pas neutre. Elle sent la Françafrique à pleins poumons. Hélas !