Côte d'Ivoire

Que l’on envoie des messages de condoléances aux veuves et aux enfants d’Amadou Gon Coulibaly, que l’on compatisse à leur douleur, cela ne me pose aucun problème, c’est même une très bonne chose, parce que ces derniers ne sont pas engagés comme lui dans le combat politique et parce qu’ils peuvent ne pas partager tous les choix et décisions du mari et du père. Par exemple, une des épouses aurait conseillé au défunt de laisser momentanément la politique en renonçant à la présidentielle du 31 octobre 2020 afin de s’occuper de sa santé puisqu’il faut être vivant et en bonne santé pour faire de la politique. Malheureusement, elle ne fut pas écoutée, ajoutent nos sources, et se produisit l’irréparable alors que le bon sens et l’humilité commandaient que le grand malade qu’était Gon prenne soin de lui-même avant de prendre soin des autres.

Sous le président Henri Konan Bédié, Yodé et Siro avaient chanté “Tu sais qui je suis ?”, une chanson qui parlait d’un Ivoirien “devenu Ghanéen vers la fin” et qui semblait voler au secours de Dramane Ouattara accusé par Bédié d’avoir fraudé la nationalité ivoirienne. Un autre titre de l’album “Victoire” dénonçait la confiscation du pouvoir par une seule ethnie [les Baoulés] en ces termes : “Korhogo sera jamais jolie, parce que Sénoufo n’est pas président. Dabou sera jamais jolie, parce que Adjoukrou n’est pas président. Katiola sera jamais jolie, parce que Tagbanan n’est pas président. Daloa sera jamais jolie, parce que Bété n’est pas président. Man sera jamais jolie, parce que c’est pas Guéré qui est président.”

Quand les gens de la diaspora souffrent de voir les Ivoiriens devenir progressivement étrangers dans leur propre pays et qu'ils invitent l'opposition à défendre le peuple qu'elle compte gouverner demain au lieu de subir les caprices et décisions de Ouattara, il se trouve malheureusement des compatriotes pour répondre qu'il est facile de critiquer quand on est à l'étranger et que Ouattara est si puissant qu'aucun Ivoirien vivant dans le pays ne peut rien faire contre son régime. Mensonges !

“L’opposition fait toujours la gloire d’un pays.” La citation d’Ernest Renan, qui se trouve dans  ‘Discours et Conférences’ (Paris, Calmann-Lévy, 1887), peut-elle s’appliquer à la Côte d’Ivoire ? Avant de répondre à cette question, je voudrais montrer pourquoi l’opposition est importante dans un pays. Pour moi, la raison est la suivante : un pays qui n’a pas d’opposition est un pays qui manque d’un contre-pouvoir face au parti qui gouverne.

Si nous étions dans une Côte d’Ivoire normale, la candidature de Laurent Gbagbo et de Henri Konan Bédié serait une incongruité parce que l’un et l’autre ont atteint ou dépassé 75 ans qui est un âge “où on est fréquemment malade” (dixit Laurent Gbagbo sur RTI un jour), ont fait leur temps et ont eu l’occasion de montrer de quoi ils sont capables à la tête du pays. Dans un pays normal, tout le monde aurait voulu que les candidats à la présidentielle du 31 octobre 2020 soient de nouvelles personnes afin que le pays puisse bénéficier d’idées et de méthodes nouvelles mais nous ne sommes plus dans un pays normal depuis avril 2011.

Christophe Boisbouvier (RFI) et Marc Perelman (France 24) auraient contacté Laurent Gbagbo pour obtenir de lui une interview après l’assouplissement des restrictions, qui pesaient sur son acquittement du 15 janvier 2019 et l’ancien président ivoirien leur aurait répondu ceci : “Avant d’accorder une entrevue à un média français, vos rédactions doivent commencer par rétablir mon intégrité morale et ma réputation, qui ont été entachées pendant près de 20 ans de diabolisation contre les institutions ivoiriennes que j’ai gouvernées. Diffusez, pendant quelques jours, la décision de la justice française, qui a condamné le journal “Le Monde” [en 2006] pour avoir accusé mon épouse, Simone Gbagbo, d’avoir orchestré les escadrons de la mort pendant mon mandat. Rétablissez notre honneur que vous avez traîné dans la boue. Ensuite, je jugerai s’il est opportun de vous consacrer cette interview.”

A peine Hamed Bakayoko a-t-il été accusé par Ibekwe Nicholas et Daan Bauwens de trafic de drogue, une activité illicite qui expose notre jeunesse et notre pays à une destruction lente mais certaine, que ses obligés, c’est-à-dire, ceux qui lui doivent leur enrichissement illicite et subit et que nous nous garderons de nommer, parce que ce serait leur faire trop d’honneur, n’ont pas tardé à tirer à boulets rouges sur les “aigris”, qui chercheraient à nuire à un homme qui, d’après eux, a réussi dans la vie à force de travailler dur. Pour eux, derrière les deux journalistes d’investigation, il y a incontestablement des Ivoiriens jaloux de Bakayoko et prêts à tout pour l’empêcher d’accéder à la magistrature suprême.

Le 5 mai 2020, le pape François a nommé Jacques Assanvo Ahiwa, prêtre du diocèse de Grand-Bassam, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Bouaké. Certaines personnes n’ont guère tardé à se demander si le nouvel auxiliaire n’avait pas vocation à succéder à Paul-Siméon Ahouanan, si l’objectif à long terme de cette nomination n’était pas de permettre à l’actuel archevêque de Bouaké de succéder, dans un an ou deux, à celui d’Abidjan qui aura atteint l’âge de la retraite (c’est Paul VI qui en 1966 décida que tout évêque devrait rendre sa démission à 75 ans), si l’intention du Vatican n’était pas de remplacer un ébrié par un autre ébrié et un membre du clergé d’Abidjan par un autre membre du clergé d’Abidjan et si tout cela était catholique. Qu’est-ce qui est vrai et faux dans ces interrogations ?

L'affaire est embarrassante parce qu'il ne s'agit pas que du premier ministre. Ce dernier, en l'occurrence, a un intérimaire en la personne de Hamed Bakayoko, actuel ministre de la Défense, qui coordonne l'action gouvernementale en son absence. C'est embêtant parce que le premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, est le candidat désigné pour représenter le RHDP, le parti présidentiel, à l'élection présidentielle d'octobre prochain. S'il devenait indisponible, cela deviendrait gênant pour son mentor Alassane Ouattara. Le fait qu'il ait prolongé son séjour médical en France de plusieurs semaines ne rassure personne à Abidjan.

La Côte d'Ivoire, malgré les dix ans d'Alassane Ouattara à sa tête, deux quinquennats que magnifient ses anciens employeurs comme le FMI, ne dispose, toujours, pas d'un hôpital digne de ce nom. Pour se soigner, le chef de l'Etat est obligé de prendre son Grumman pour venir à Paris. Entre 2011 et 2013, il avait effectué une cinquantaine de voyages (privés) à Paris pour être suivi, par ses médecins. A l'époque, il se faisait soigner à l'hôpital militaire du Val de Grâce à Paris, aujourd'hui fermé. La présidence de Côte d'Ivoire était, totalement, muette sur les incessants mouvements entre Abidjan et Paris du président de la République. Sa santé s'est-elle, finalement, stabilisée ? On doit reconnaître qu'il n'a rien fait pour encourager les dignitaires de son régime à se soigner en Côte d'Ivoire.

C'est la question à un million d'euros : Denis Sassou-Nguesso a condamné Jean-Marie Michel Mokoko à 20 ans de prison. Mais pour Guillaume Soro, Denis Sassou-Nguesso est un grand sage et non un dictateur (5 étoiles).
Alassane Ouattara vient de condamner Guillaume Soro à 20 ans de prison, exactement, la même chose. Pourtant, Guillaume Soro traite Alassane Ouattara de dictateur. Et Sassou-Nguesso de grand sage. Cherchez l'erreur !

“ L’intellectuel n’est rien s’il ne vit pas entièrement dévoué à la cause de son peuple, s’il n'est pas une part de ce peuple, rien qu'une part, une part embrasée, mais une part tout de même, une part intégrée puisqu’au centre, mais une part sans privilège, sans honneur particulier. C’est cela être un intellectuel pour un peuple soumis, humilié, bafoué, exploité, asservi : se fondre au sein de son peuple au risque de s’y perdre.”

D'avril 2003 à juillet 2004, j'ai habité à Champigny-sur-Marne, la ville communiste où résidait Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste francais de 1972 à 1994. Tout en travaillant sur une thèse à la Sorbonne, je donnais un coup de main à la paroisse Sainte Bernadette située non loin de la rue de la Côte d'or.

Que reste-t-il du RHDP, ce fameux rassemblement qui fut constitué à l'instigation du pouvoir français (de droite de l'époque) pour affronter, avec des chances de succès, le président ivoirien de gauche, Laurent Gbagbo ? Le président historique du RHDP, qui en faisait, aussi, son âme, Henri Konan Bédié, en est parti, en colère, à cause d'Alassane Ouattara, qui ne sait pas respecter ses engagements. Il roule tout le monde dans la farine. Déjà, le RHDP sans le PDCI-RDA, c'est comme un véhicule sans direction : il y a bien un moteur et un chauffeur mais sans la direction. Conséquence, une fois lancée, la voiture devient folle sur la route. Après avoir refusé de respecter le contrat qui le liait à Henri Konan Bédié, en le soutenant à l'élection présidentielle de fin 2020, Alassane Ouattara (qui se croit plus intelligent que tous les Ivoiriens) avait annoncé qu'il allait favoriser une compétition entre jeunes afin que le meilleur d'entre eux, représente le RHDP à la présidentielle. Mais alors que les (jeunes) candidats du parti houphouétiste fourbissaient leurs armes, Ouattara leur a imposé son premier ministre et protégé, Amadou Gon Coulibaly. Si on l'accepte dans les rangs du RDR, le parti d'origine de Ouattara, on le refuse, catégoriquement, à l'UDPCI et chez les anciens membres du PDCI-RDA restés au RHDP pour des besoins alimentaires. La démission du plus talentueux d'entre eux, le ministre des Affaires étrangères, Marcel Amon-Tanoh, en est la preuve éclatante.

Eviter les rassemblements de plus de 50 personnes ainsi que les salutations avec contact physique, se laver régulièrement les mains, tousser et éternuer dans un mouchoir à usage unique, garder une distance de 1 mètre entre les personnes, etc. Le 17 mars 2020, au cours d’une conférence de presse, l’évêque de Man, s’exprimant au nom de la conférence épiscopale, a appelé tous les fidèles catholiques à respecter ces mesures du gouvernement pour éviter la propagation du coronavirus. Il a même annoncé la fermeture pour un mois de toutes les écoles catholiques, les séminaires y compris, comme si les séminaristes pouvaient être plus en sécurité en famille qu’au séminaire. Deux jours après cette conférence de presse, c’était au tour de l’Archidiocèse d’Abidjan de suspendre les célébrations eucharistiques et les activités pastorales, du 19 mars au 6 avril 2020.

L'armée de l'air de Côte d'Ivoire n'est pas très heureuse depuis l'année dernière. N'étant pas l'armée la plus dotée en matériel de la sous-région au regard de ses énormes besoins de défense nationale, elle est fatalement celle qui perd le plus de matériel alors qu'elle n'est pas en guerre comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso ou même la Mauritanie.

D’une superficie de quatre hectares, la station de Dompleu sera exploitée par une centaine de jeunes de la région.

Annoncer qu’on ne fera pas ce qui est interdit par la constitution (la nôtre interdit de faire plus de deux mandats à la tête du pays) relève tout simplement du bon sens et donc, n’a rien d’exceptionnel. Cela ne fait pas non plus entrer dans l’Histoire celui à qui la France a demandé de ne pas rempiler. Le départ de Nelson Mandela du pouvoir, en revanche, était quelque chose d’historique et d’extraordinaire parce que le premier président noir de la nation arc-en-ciel a quitté le pouvoir 5 ans seulement après l’avoir exercé, parce qu’il était encore adulé par son peuple au moment où il s’en allait, parce que, pendant ces 5 années de pouvoir, Mandela ne s’est pas vengé grossièrement et idiotement des Blancs qui l’avaient emprisonné pendant 27 ans, parce qu’il ne s’est pas occupé uniquement des gens de son ethnie ou de son parti, parce qu’il n’a pas passé son temps à terroriser ses compatriotes et à persécuter les opposants sud-africains, parce que ni l’Angleterre ni les Etats-Unis ne l’ont sommé de quitter le pouvoir. C’est un sacrilège que de mettre la vertu et le vice autour de la même table. Mandela ne fut ni criminel ni imposteur pour que des incultes en mal d’idolâtrie le comparent à Ouattara.

Quand Dramane Ouattara annonça, le 5 mars 2020, à Yamoussoukro, qu’il ne briguerait pas un 3e mandat, certaines personnes prirent d’assaut maquis et bars, le soir, pour fêter cela. D’autres comme Adama Bictogo comparèrent Ouattara à Nelson Mandela. Or, tout le monde sait que le premier président noir de l’Afrique du Sud, en plus de ne pas sauter les clôtures des ambassades pour se cacher, s’abstint de persécuter et de jeter en prison ses adversaires blancs. D’autres encore félicitèrent le président reconnu par la communauté internationale pour cette “décision courageuse et salutaire” (Simone Ehivet Gbagbo) pour cet “acte fort” (Pascal Affi N’Guessan), etc.

Coup de tonnerre dans le ciel très chaud de Yamoussoukro. Le président ivoirien, Alassane Ouattara, qui entretenait depuis des mois le mystère sur son éventuelle candidature à un troisième mandat, a annoncé, jeudi, 5 mars, à Yamoussoukro, qu'il ne se présenterait pas à l'élection présidentielle en octobre 2020.