Côte d'Ivoire

Ce n'est pas pour aller vite en besogne ou pour justifier l'injustifiable. Mais, très souvent, en Afrique, juste parce qu'elle n'aime pas un régime, l'opposition accepte, parfois, de jouer le jeu de la déstabilisation extérieure pour arriver à ses fins, ignorant qu'elle ne peut jamais s'inscrire sur le même agenda politique que les déstabilisateurs extérieurs, qui ont d'autres motivations quand ils ciblent leur pays. Après le Printemps arabe, la leçon ne semble pas avoir été retenue par une certaine opposition togolaise, encore prête à s'accrocher à la queue du serpent pourvu qu'elle atteigne son objectif.

La nomination d'Hamed Bakayoko, le plus beau parleur du gouvernement, comme ministre de la Défense, n'a, visiblement, servi à rien. Pour le moment. Les anciens rebelles n'en démordent pas. Ils demandent, toujours, à recevoir ce qui leur avait été promis, dans le maquis, quand Alassane Ouattara cherchait à conquérir le pouvoir par les armes. Ce dernier a payé certains anciens rebelles, mais pas tous. C'est la raison pour laquelle, à Man et à Bouaké, des démobilisés sont sortis, ce lundi, 2 octobre, pour rappeler au chef de l'Etat qu'il n'a pas, encore, tenu sa promesse. Dans trois ans, il compte quitter le pouvoir. Ils veulent qu'il solde ses dettes avant de partir.

L'armée ivoirienne a découvert une importante cache d'armes à Abidjan, selon une source de l'état-major, alors que la Côte d'Ivoire est secouée par une crise sécuritaire depuis plusieurs mois. Alors qu'il a, déjà, passé sept ans à la tête de l'Etat, le président, Alassane Ouattara, n'a, toujours, pas pu résoudre le problème de l'armée ivoirienne qui reste entier. Celle-ci est la principale menace pour la stabilité du pays. A trois ans de la fin de son deuxième et dernier mandat, peut-il, encore, résoudre ce lancinant problème que risque d'hériter son successeur ?

Le 28 août 2017, le procès du président Laurent Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé a repris à la Cour pénale internationale (CPI). Mais auparavant deux événements importants sont intervenus dans le déroulement de la procédure visant la liberté provisoire du président Laurent Gbagbo. Ils pourraient, à terme, modifier les données de cette affaire au niveau de l’instance criminelle.

Professeur de littérature africaine à l'Université de Temple en Pennsylvanie (Etats-Unis), notre ami, Jean-Claude Djereke, n'y va pas de main morte contre le régime d'Alassane Ouattara dont il demande la chute sans porter les gants. Alassane Ouattara un chef d'Etat qui oeuvrerait contre les intérêts des Ivoiriens et qui recevrait ses ordres de Paris.

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, a créé la surprise en déclinant la proposition des cadres et militants de reprendre la tête de son parti, le Rassemblement des Républicains (RDR). Tout avait été mis en place pour qu'il (re)prenne la présidence du RDR dont il aura besoin, avant et après son départ du pouvoir en 2020. Mais, la situation politique (explosive) à venir ne lui permettra pas d'agir avec efficacité à la tête de l'Etat et comme patron du parti, d'autant plus que ses choix en matière de succession, créent, déjà, des rébellions au sein du parti. Ancienne secrétaire générale du RDR, Henri Dagri Diabaté va jouer le rôle de parapluie.

Alassane Ouattara, futur président réélu du RDR, dimanche, 10 septembre, à l'issue de son 3e Congrès ordinaire ? C'est une certitude puisque c'est lui-même qui s'était démarqué de cette fonction, après son élection à la tête du pays en 2010. Maintenant, il veut reconquérir ce poste pour quoi faire ? Pour imiter Ingénieur José Eduardo dos Santos quand il ne sera plus président dans trois ans ? Peut-être ! Pour tenir le RDR lui-même au moment où son rival de toujours, Henri Konan Bédié, dirigera son PDCI-RDA ? Sans doute ! Les grandes manœuvres commencent en Côte d'Ivoire, à trois ans d'une palpitante élection présidentielle à laquelle Ouattara ne sera plus candidat.

Le président, Alassane Ouattara, a du mal à juguler la grave crise sécuritaire qui affecte la Côte d'Ivoire. Après avoir placé des ministres de confiance à des postes stratégiques de défense et de sécurité, lors du dernier remaniement, en juillet, les mêmes problèmes refont surface, aujourd'hui, comme s'il n'avait rien fait. Pour guérir le mal, il faudrait un remède de cheval, qui devrait être appliqué au président de la République lui-même car, selon certains observateurs, il est le nœud du problème.

Les Français savaient que le F CFA est une monnaie impopulaire. Mais, ils ignoraient jusqu'à quel niveau elle l'était. Après l'emprisonnement (arbitraire) du panafricaniste, Kemi Seba, à Dakar, à la demande de la très néo-coloniale BCEAO, et sa remise rapide en liberté après la levée générale de bouclier, ils se rendent, aujourd'hui, compte que le F CFA est, tout simplement, vomi car les peuples africains n'en veulent plus. Que les chefs d'Etat comme l'Ivoirien, Alassane Ouattara, ou le Sénégalais, Macky Sall, continuent de le soutenir contre la volonté de la grande majorité des Ivoiriens et des Sénégalais, est une réalité qui en désole plus d'un en Afrique. Mais, ajoutons que ces deux dirigeants sont, strictement, minoritaires, dans cette position. Si Emmanuel Macron avait des doutes sur le crédit du F CFA en Afrique, il doit, maintenant, se rendre à l'évidence : qu'il retire, tout simplement, sa monnaie coloniale de la circulation en Afrique Zone Franc.

En 2010, Alassane Ouattara, qui voulait le soutien du PDCI d'Henri Konan Bédié, jurait qu'il allait faire un seul et unique mandat de 5 ans, à la tête de la Côte d'Ivoire. Mais, l'appétit venant en mangeant, il a changé d'avis, dès la fin de la deuxième année de son mandat et a commencé à réclamer un deuxième mandat de 5 ans pour « terminer ses chantiers ». Dans trois ans, il devra quitter le pouvoir, après y avoir passé 10 ans. Sauf s'il change, à nouveau, d'avis. Ce n'est pas impossible. Voilà sans doute pourquoi, sans attendre, celui qui attend depuis longtemps, Henri Konan Bédié, a commencé à lui rappeler qu'en 2020, ce sera le tour du PDCI d'accéder au pouvoir. Du coup, la présidence ivoirienne ressemble à un tour de passe-passe, ce qui ne réjouit pas tous les Ivoiriens.

Guillaume Soro n'a même pas attendu la tenue du Congrès du RDR, en septembre, qui devrait permettre à Alassane Ouattara d'en briguer la présidence, pour créer son propre mouvement politique. L'appétit le dévore. De plus en plus à l'étroit pour ne pas dire marginalisé du dispositif du président de la République, qui aurait, déjà, fait ses choix pour 2020, Soro n'a fait que tirer les conséquences avant d'autoriser la création, pour son propre compte, de l'AFN (Amicale des Forces Nouvelles). Appellation qui est tout un programme.

Plusieurs dizaines de personnes (Vingt selon le procureur) se sont évadées, mardi, 8 août, du Palais de justice d'Abidjan, en plein centre-ville de la capitale économique ivoirienne, après avoir neutralisé des policiers commis dans la surveillance du lieu, a annoncé le procureur de la République. Un acte qui laisse les autorités sans voix.

Peut-être la Côte d'Ivoire aurait-elle connu un autre destin si Houphouët n’avait pas trahi la lutte du RDA combattu et malmené par l’administration coloniale parce qu’il voulait une vraie indépendance, c’est-à-dire, plus de justice et de liberté. C’est pourquoi il n’est ni juste ni honnête que les Bernard Dadié, Jean-Baptiste Mockey, Matthieu Ekra, Albert Paraïso, Jacob Williams, René Sery-Koré, Philippe Vieyra, Victor Biaka Boda, Anne-Marie Raggi, Marie Koré, Maguerite Sackoum, Odette Yacé, Mme Ouezzin Coulibaly, ceux et celles qui souffrirent le plus de la violence du gouverneur Péchoux au cours de cette période, aient été oubliés ou ignorés et qu’on ne parle que d’Houphouët qui se cachait à ce moment-là et n’eut même pas le courage de venir soutenir ses camarades jugés le 22 mars 1950.

L'ancien président de Côte d'Ivoire et actuel président du PDCI et du RHDP, Henri Konan Bédié, vient d'en avoir pour son grade. Homme politique qui est tout sauf « faux », il n'a pas décelé, à temps, malgré de nombreuses mises en garde, que son « jeune frère », Alassane Ouattara, allait (comme il sait bien le faire) le tourner en bourrique. Complètement enfariné, aujourd'hui, le Grand Aimé Henri n'a plus que ses yeux pour pleurer, lui qui en voulait à certains de ses militants, qui osaient le mettre en garde contre Alassane Ouattara, homme qui a, rarement, respecté ses engagements.

Les 8e Jeux de la Francophonie terminés, la Côte d'Ivoire reprend son cycle normal de vie, fait d'attaques de commissariats ou de mutineries montrant des revendications des soldats non satisfaites, alors que Hamed Bakayoko, nouveau ministre de la Défense, a entrepris la tournée des casernes pour faire des promesses que l'Etat ne pourra tenir, pas plus que celles qu'avait faites Alassane Ouattara dans la rébellion.

Pendant une dizaine de jours, du 21 au 30 juillet, les 4.000 participants aux 8e Jeux de la Francophonie, ainsi que leurs accompagnateurs, ont dû penser que ce qu'on leur disait de la Côte d'Ivoire, n'était que des légendes : un pays (encore) en conflit qui refuse de se réconcilier, véritablement, après avoir envoyé deux de ses enfants à la CPI (Cour pénale internationale), à savoir, l'ancien président, Laurent Gbagbo, et son ministre, Charles Blé Goudé. Mais, pendant la cérémonie de clôture, cette réalité s'est imposée à tous. Les "500 millions" de personnes qui suivaient cette cérémonie en direct (TV, Radios, Facebook, etc.), ont pu se rendre compte que le discours de clôture du responsable gouvernemental de ces jeux, le ministre, Beugré Mambé, était interrompu, de temps en temps, par de nombreuses coupures (volontaires) d'électricité. Au moins, dix coupures dont la dernière, d'une bonne douzaine de minutes, a contraint le ministre, au silence. Pendant ce temps, les commentaires allaient bon train. La Côte d'Ivoire, avec la fin des Jeux, revenait à ses vieux démons.

Nommé ministre de la Défense depuis le limogeage (injuste) d'Alain-Richard Donwahi qui a rejoint le ministère des Eaux et Forêts, Hamed Bakayoko multiplie les visites dans les casernes et les temps de parole sur les médias d'Etat pour marquer les esprits. L'attaque de l'Ecole de police ayant coïncidé avec sa prise de fonction au ministère de la Défense, il a sanctionné les cinq gendarmes arrêtés en les radiant, purement et simplement, des effectifs de l'armée. Etait-ce la bonne solution ? Toujours est-il que les cinq vont se retrouver dans la nature où ils ne seront plus sous les ordres de personne.

Pendant que les délégations d'athlètes devant participer aux 8e Jeux de la Francophonie, posaient leurs valises, mercredi, 19 juillet, soir, dans des hôtels dédiés, des tirs nourris venant de l'Ecole de police se faisaient entendre. La poudrière de cette vénérable institution de formation a presque été, totalement, dévalisée par des militaires cagoulés venus d'ailleurs, tandis que des véhicules de passants ont été emportés et ce, dans une peur panique totale qui s'était emparée des habitants de ce secteur d'Abidjan (Cocody). Ces tirs nourris, dans les environs de 22 heures (Heure GMT et heure d'Abidjan) n'étaient pas seulement une façon de dire « Bienvenue » à Hamed Bakayoko, qu'Alassane Ouattara venait de nommer, avec les pleins pouvoirs, au ministère de la Défense pour contrer l'influence de Guillaume Soro dans les casernes. Ils étaient, aussi, une façon de rappeler au chef de l'Etat qu'il n'aura pas le sommeil léger tant qu'il ne respectera pas ses engagements (financiers) pris pendant la rébellion.

Hier Burkinabé, né comme tel et travailleur comme tel jusqu'à son arrivée à Abidjan comme « premier ministre » de Félix Houphouët-Boigny avec pour tâche de redresser l'économie du pays, Alassane Ouattara est, aujourd'hui, à Ouagadougou, pour participer au Sommet Côte d'Ivoire/Burkina Faso, non pas comme président du Burkina Faso mais comme président de Côte d'Ivoire. Car entre temps, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, celle qui a permis de prendre la Côte d'Ivoire en otage. Notre propos n'est ni d'encourager, ni de féliciter, ni de condamner, cette métamorphose, mais seulement, de rappeler un fait historique que doivent connaître les Africains.

La question est sur la bouche de beaucoup d'Ivoiriens : « Alassane Ouattara est-il un homme de parole, qui sait respecter ses engagements » ? Pour beaucoup, c'est Non ! A trois ans de la fin de son deuxième et dernier mandat, les revendications se font entendre de partout, même, des casernes militaires où les locataires de ces lieux se font rappeler à son bon souvenir. Pendant sa rébellion, Ouattara avait fait des promesses qu'il n'a pas tenues auprès de certains depuis qu'il est au pouvoir. Résultat : à trois ans de la fin de son parcours politique à la tête de l'Etat, beaucoup de rebelles d'hier, manquent, aujourd'hui, à l'appel des satisfaits. Au moment où le régime a fabriqué des centaines de milliardaires, du même et seul côté. Ceux qui sont bien lotis étaient, parfois, invisibles, hier, quand il fallait braver le danger au sein de la rébellion, en tirant le coup de feu. Voilà pourquoi, malgré le langage d'apaisement du pouvoir, ils se font entendre. Avec ou sans les armes. Dans la nuit de vendredi à samedi, des soldats de deux casernes d'Abidjan et de Korhogo, dans le Nord de la Côte d'Ivoire, ont attendu une heure du matin pour commencer à tirer à l'arme lourde. Bilan : trois morts. C'est un avertissement (presque) sans frais pour Ouattara, en attendant qu'il résolve, rapidement, leurs problèmes. Le régime a un peu d'argent pour satisfaire de telles promesses prises de longue date. Ce n'est qu'une question de volonté politique du chef de l'Etat.