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Côte d'Ivoire

Le chanteur à succès ivoirien, Alpha Blondy, qu'on ne présente plus, a appelé, mercredi, 14 juin, à "une amnistie générale" et à la libération de tous les prisonniers détenus dans le cadre de la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d'Ivoire, en estimant que le pays vit un "traumatisme". Empêcheur de tourner en rond (contrairement à beaucoup d'autres sportifs et artistes célèbres), Alpha Blondy, en invitant Ouattara à être conséquent avec son discours, reste égal à lui-même.

Dominique et Alassane Ouattara aiment Paris, et plus, particulièrement, le 16e arrondissement. C'est dans cet arrondissement qu'ils avaient fêté leur mariage. Réputée pour son calme et son caractère très haut standing, une célèbre avenue de cet arrondissement vient de connaître une agitation inhabituelle à l'occasion du bref séjour du couple Ouattara en France, du 9 au 11 juin 2017.

Premier chef d'Etat africain à être reçu à l'Elysée, ce dimanche, 11 juin, un jour d'élections législatives en France, l'Ivoirien, Alassane Ouattara, a eu une séance de travail élargie aux deux équipes, de plus d'une heure avec son homologue, Emmanuel Macron. Si les relations entre les deux pays sont excellentes, les deux chefs d'Etat ont préféré mettre l'accent sur les efforts qu'ils comptent faire pour éradiquer le terrorisme, développer les énergies renouvelables et assister la Côte d'Ivoire au niveau européen dans ses besoins en matière de financement de ses investissements. Cependant, pas un mot sur la réconciliation nationale alors que rien ne sera, durablement, possible en Côte d'Ivoire tant que les efforts ne seront pas, concrètement, faits dans ce domaine où une bonne partie d'Ivoiriens considèrent (à juste titre ?) le président de la République comme étant le plus grand diviseur national du pays.

A peine arrivé à l'Elysée, le 14 mai, le nouveau chef de l'Etat français, Emmanuel Macron, a fait un saut de quelques heures, vendredi, 19 mai, au Mali, pour saluer les forces françaises du dispositif Barkhane, qui combattent les djihadistes dans le Sahel, que finance le Qatar, « l'ami de la France ». Le Mali était le deuxième pays visité après l'entrevue du 15 mai entre la chancelière, Angela Merkel et Emmanuel Macron. Demain 11 juin et après demain, le chef de l'Etat français recevra, successivement, l'Ivoirien, Alassane Ouattara, et le Sénégalais, Macky Sall, avant de s'envoler les 14 et 15 juin chez le roi Mohammed VI du Maroc. Une visite, à Alger, chez le doyen Abdelaziz Bouteflika, devrait avoir lieu « dans quelques semaines », avant le Sommet du G5 (Mali, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie et Niger) sur le terrorisme auquel prendra part, le 2 juillet, à Bamako, Emmanuel Macron. Le sans faute du président français sur les questions africaines est pour le moins parfait jusqu'à présent.

La réconciliation est un sujet, hautement, sensible en Côte d'Ivoire. Surtout, depuis l'échec de sa mise en œuvre par le président, Alassane Ouattara. En fait d'échec, il s'agit, en réalité, d'une situation (tardivement) explosive que le président risque de laisser à son successeur, dans la mesure où même au sein de sa propre famille politique, le RHDP, il a été (rigoureusement) incapable de garder unis les partis membres qui le composaient. Le RHDP a presque volé en éclats. Soucieux des dégâts qu'on voit venir, Guillaume Soro (qui sait marcher lui-même sur les œufs) demande, activement, au chef de l'Etat de réaliser, absolument, une réconciliation inclusive, avant de quitter le pouvoir. Il le dit par le canal d'un groupe parlementaire qui lui est (très) proche.

Le numéro 453 de juin d'Afrique Education est, déjà, chez vos marchands de journaux habituels. Au sommaire, il y a de quoi se délecter en lisant des analyses et informations de première main sur la Côte d'Ivoire, le Congo-Brazzaville, le Gabon, le Cameroun, le Nigeria, le Sénégal, l'Angola, le Bénin, etc. qui y sont traitées selon des angles divers. En pleine page de couverture, Brigitte et Emmanuel Macron sourient au monde entier, qui, en retour, leur souhaite la bienvenue. Avec l'Afrique, continent qui fait de la France un grand pays en lui donnant une posture de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies, le débat va être âpre. En effet, les Africains (de la diaspora et d'Afrique) veulent, absolument, prendre leur destin en main, et ne veulent plus, en aucun cas que leur sort soit décidé hors d'Afrique par d'autres que les Africains. C'est clair. Nicolas Sarkozy, dans la suite de Jacques Chirac, avait refusé de l'entendre de cette oreille. François Hollande, dans l'ambiguïté qui l'avait, souvent, caractérisé, avait feint de le comprendre sans, réellement, comprendre. Qu'en sera-t-il d'Emmanuel Macron ?

Le président de Côte d'Ivoire va, certainement, être le premier chef d'Etat africain à être reçu par le nouveau président français, Emmanuel Macron. Ce dernier (comme François Hollande au début de son quinquennat) fait peur aux dirigeants africains francophones qui se savent mal élus et adeptes de la mal gouvernance. Pendant qu'ils se concertent et se donnent le temps de bien l'« apprivoiser » (comme ils ont su dompter François Hollande), Alassane Ouattara qui est, plutôt, considéré comme le chouchou de Paris (que l'Elysée ait un locataire de droite de gauche ou du centre), sera le premier à se jeter à l'eau. Le président ivoirien souffle quelque peu depuis que les différentes mutineries de son armée ont cessé.

La Côte d'Ivoire est un grand pays qui était respecté sur le plan international. Sous son très grand président, Félix Houphouët-Boigny (le Sage de Yamoussoukro), elle avait été admise, comme membre non permanent du Conseil de sécurité en 1964-1965 et en 1990-1991. Deux ans plus tard, le Sage rendait l'âme. Son ancien ministre des Affaires étrangères de 1900 à 1999, l'ambassadeur, Amara Essy, était allé jusqu'à présider, pendant un an, la 49e session de l'Assemblée Générale des Nations-Unies de septembre 1994 à septembre 1995. La déstabilisation créée par l'actuel chef de l'Etat pour accéder au pouvoir par les armes, a fait perdre tous ses acquis à la Côte d'Ivoire, qui repart à zéro. En se faisant admettre, à nouveau, à la table des Grands, la Côte d'Ivoire retrouve sa place, sauf que le plan concocté, au départ, par Alassane Ouattara est, aujourd'hui, fortement, contrarié par la crise économique et financière, mais aussi, par les mutineries de ses «  enfants » de la rébellion.

Coincé, entre autres, par les revendications des anciens rebelles devenus, aujourd'hui, soldats-mutins et démobilisés, le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, cherche, activement, les fonds pour combler le gap financier provoqué par ses différentes promesses. Pour faire face à cette situation comme l'annonçait, la semaine dernière, afriqueeducation.com, le chef de l'Etat compte faire appel au ré-endettement massif que paieront les générations futures. Premier ministre chef du gouvernement, Amadou Gon Coulibaly va parcourir quatre pays pour négocier le succès du futur eurobond sans lequel la Côte d'Ivoire tomberait, littéralement, en faillite.

Aucune des deux parties ne veut révéler les termes (exacts) de l'accord signé, ce mercredi, 31 mai. Du côté du ministre d'Etat de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, qui négociait pour le compte du gouvernement, « un terrain d'entente a été trouvé ». Bakayoko est un beau parleur. Mais on n'en sait pas plus. Du côté des démobilisés qui étaient venus à Abidjan pour rencontrer les dirigeants dont le premier d'entre eux, leur « papa » Alassane Ouattara, on affirme urbi et orbi que « La protestation est terminée. Nous sommes satisfaits ». De quoi ? Ils n'en disent pas plus. Qui est bien qui finit bien ? Pas pour le moment car du contenu réel de l'accord, on n'en sait rien. Pourquoi cache-t-on ce qui est bien ? Les délégués des démobilisés auraient-ils été « retournés » ? Certains le pensent sérieusement.

Une délégation de rebelles démobilisés venus de leur fief de Bouaké, dans le Centre de la Côte d'Ivoire, est depuis ce lundi, 29 mai, à Abidjan, afin de "discuter" de leur situation et rappeler leurs demandes de primes aux autorités. La délégation est conduite par son porte-parole Diomandé Megbe, qui n'entend pas lâcher prise.

Il n'y a pas que les mutineries qui empêchent le président, Alassane Ouattara, de dormir, paisiblement, ni les grèves monstres des fonctionnaires qui s'annoncent pour les prochains jours. Les grossesses scolaires sont, aussi, un phénomène, particulièrement, inquiétant au regard de leur ampleur récente. Elles veulent dire que la Côte d'Ivoire version Alassane Ouattara est un pays sans morale, sans foi ni loi, où la dépravation des mœurs bat son plein.

La crise des rebelles démobilisés vire au drame. Ce mardi, 23 mai, matin, on a compté trois morts dans leurs rangs après un assaut des forces loyalistes. Les démobilisés qui disent être des « personnes aux mains nues qui manifestaient » sans armes, crient au scandale. C'est une tournure dans cette crise : entre la fermeté prônée par le gouvernement et la justice et l'équité réclamées par les démobilisés. La Côte d'Ivoire retient son souffle.

Depuis Riyad où il a assisté au Sommet entre les pays arabes, musulmans et les Etats-Unis, le coeur du président, Alassane Ouattara, battait au rythme de la Côte d'Ivoire. Parce qu'une véritable pagaille s'est installée dans le pays, depuis son départ. Après la satisfaction des doléances des mutins, leurs camarades de la rébellion (qui porta Ouattara au pouvoir) qu'on appelle les « démobilisés » demandent, à leur tour, de rencontrer le président de la République pour obtenir les mêmes avantages, pour avoir fait le même travail : l'aider à arriver au pouvoir par des voies anti-démocratiques (coup d'état, etc.). Butin réclamé : 18 millions de F CFA (27.000 euros) pour chacun des 6.000 démobilisés.

Le monde est petit, et le temps court. Il n'y a pas si longtemps, Alassane Ouattara, maquisard en chef fomenteur de coups d'état depuis le Burkina Faso sous Blaise Compaoré, faisait tout ce qui était possible pour arriver à ses fins : devenir le président de la République de Côte d'Ivoire, par tous les moyens. A l'époque, c'est la fin qui justifiait les moyens. A-t-il la mémoire courte ?

L'argent tombe difficilement des mains de l'ancien banquier de la BCEAO et du FMI qu'est Alassane Ouattara. Sauf quand cet argent va, directement, chez ses proches. Les 8.500 anciens mutins (son ancienne rébellion) viennent de le vérifier à leurs dépends, eux, qui l'ont fait accéder à la présidence de la République, au prix de la déstabilisation de toute la Côte d'Ivoire. Pour le renvoi de l'ascenseur, et avoir gain de cause, ils ont dû utiliser les grands moyens, allant jusqu'à le menacer d'un coup d'état militaire. Conclusion : un banquier reste un banquier fût-il Alassane Ouattara ; il reste guidé par la seule logique du coffre-fort quand bien même il devient président de la République.

Après avoir échoué dans sa tentative de manipulation des soldats qui réclament 7 millions de F CFA (10.500 euros), après un acompte de 5 millions de F CFA payé en janvier, les 8.500 soldats grévistes sont à nouveau sortis des casernes ce matin. De Bouaké à Abidjan en passant par Daloa, Korhogo, etc., ça tire en l'air. Une seule demande au président de la République : Le respect de la promesse de payer la prime faite par le président. Sinon, la mutinerie pourrait se transformer en un coup d'état. Ce que personne ne souhaite.

Hier, vendredi, 12 mai, dans la soirée, les choses se sont un peu calmées en Côte d'Ivoire. Mais pas partout. A Abidjan, les mutins n'ont pas fait parler d'eux dans la nuit, ce que craignait beaucoup Alassane Ouattara. Raison pour laquelle il avait demandé à son chef d'état major des armées, le général, Touré Sékou, de tout faire pour que ne survienne pas la nuit sans qu'il y ait eu un retour au calme. En effet, la phobie du coup d'état l'a habité, pendant toute cette journée de vendredi, bien que la présidence de la République avait été protégée par la sécurité présidentielle, renforcée par des soldats loyalistes, avec énormément, d'équipements militaires. Mais rien n'y a fait : Alassane Ouattara appréhende, toujours, le coup d'état qu'il avait essayé, à plusieurs reprises, de faire pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir. Sans succès. Quel retournement de situation ! Même Henri Konan Bédié qui est son allié, aujourd'hui, et que Ouattara tenta, en vain, dans les années 2000, de chasser du pouvoir par coup d'état, doit, aujourd'hui, en rire.

Le quartier du Plateau, à Abidjan, qui abrite le pouvoir (présidence et ministères) est sous le contrôle des mutins. Le camp militaire d'Akouédo, à Abidjan, qui est le plus grand du pays, est, lui aussi, sous le contrôle des mutins. Toujours à Abidjan, le camp militaire Gallieni, est, également, sous la coupe des mutins. Bouaké, la deuxième ville du pays, est entre les mains des mutins. Toutes les villes de Côte d'Ivoire sont touchées.
Même si, jusqu'ici, on a, volontairement, occulté la grave situation qui prévaut en Côte d'Ivoire, on est obligé de reconnaître, aujourd'hui, que le président, Alassane Ouattara, ne maîtrise pas (plus) grand-chose de son armée. Beaucoup de militaires sont mécontents de la façon dont ils ont été traités, au lendemain de son arrivée au pouvoir de la façon qu'on sait : c'est-à-dire, après les avoir utilisés dans ses multiples tentatives de coup d'état (avortées) sous le régime des refondateurs de Laurent Gbagbo. Aujourd'hui, les mêmes miliciens devenus soldats se retournent contre lui, au moment où il dit que les caisses du pays sont vides. Qui les a vidées ? Et à quelle fin ?

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, fait, désormais, une course contre la montre. A près de quatre ans de son deuxième et dernier mandat, il est convaincu d'avoir raté sa politique de réconciliation nationale. Pire : il risque de laisser la Côte d'Ivoire dans d'énormes tensions socio-politiques. Au sein même de sa propre famille politique, le RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix), chacun regarde de son côté, après son implosion du fait du président Ouattara à vouloir tout donner à son (seul) parti, le RDR. En effet, l'UDPCI et le MFA qui étaient deux principales composantes du RHDP ont fini par claquer la porte et perdu illico presto leurs postes de ministres dans le gouvernement. Avec le cacao qui s'empile dans le port de San Pedro et l'endettement qui repart à la hausse, la fin de mandat d'Alassane Ouattara risque tout simplement d'être apocalyptique.

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