Côte d'Ivoire

Depuis Riyad où il a assisté au Sommet entre les pays arabes, musulmans et les Etats-Unis, le coeur du président, Alassane Ouattara, battait au rythme de la Côte d'Ivoire. Parce qu'une véritable pagaille s'est installée dans le pays, depuis son départ. Après la satisfaction des doléances des mutins, leurs camarades de la rébellion (qui porta Ouattara au pouvoir) qu'on appelle les « démobilisés » demandent, à leur tour, de rencontrer le président de la République pour obtenir les mêmes avantages, pour avoir fait le même travail : l'aider à arriver au pouvoir par des voies anti-démocratiques (coup d'état, etc.). Butin réclamé : 18 millions de F CFA (27.000 euros) pour chacun des 6.000 démobilisés.

Le monde est petit, et le temps court. Il n'y a pas si longtemps, Alassane Ouattara, maquisard en chef fomenteur de coups d'état depuis le Burkina Faso sous Blaise Compaoré, faisait tout ce qui était possible pour arriver à ses fins : devenir le président de la République de Côte d'Ivoire, par tous les moyens. A l'époque, c'est la fin qui justifiait les moyens. A-t-il la mémoire courte ?

L'argent tombe difficilement des mains de l'ancien banquier de la BCEAO et du FMI qu'est Alassane Ouattara. Sauf quand cet argent va, directement, chez ses proches. Les 8.500 anciens mutins (son ancienne rébellion) viennent de le vérifier à leurs dépends, eux, qui l'ont fait accéder à la présidence de la République, au prix de la déstabilisation de toute la Côte d'Ivoire. Pour le renvoi de l'ascenseur, et avoir gain de cause, ils ont dû utiliser les grands moyens, allant jusqu'à le menacer d'un coup d'état militaire. Conclusion : un banquier reste un banquier fût-il Alassane Ouattara ; il reste guidé par la seule logique du coffre-fort quand bien même il devient président de la République.

Après avoir échoué dans sa tentative de manipulation des soldats qui réclament 7 millions de F CFA (10.500 euros), après un acompte de 5 millions de F CFA payé en janvier, les 8.500 soldats grévistes sont à nouveau sortis des casernes ce matin. De Bouaké à Abidjan en passant par Daloa, Korhogo, etc., ça tire en l'air. Une seule demande au président de la République : Le respect de la promesse de payer la prime faite par le président. Sinon, la mutinerie pourrait se transformer en un coup d'état. Ce que personne ne souhaite.

Hier, vendredi, 12 mai, dans la soirée, les choses se sont un peu calmées en Côte d'Ivoire. Mais pas partout. A Abidjan, les mutins n'ont pas fait parler d'eux dans la nuit, ce que craignait beaucoup Alassane Ouattara. Raison pour laquelle il avait demandé à son chef d'état major des armées, le général, Touré Sékou, de tout faire pour que ne survienne pas la nuit sans qu'il y ait eu un retour au calme. En effet, la phobie du coup d'état l'a habité, pendant toute cette journée de vendredi, bien que la présidence de la République avait été protégée par la sécurité présidentielle, renforcée par des soldats loyalistes, avec énormément, d'équipements militaires. Mais rien n'y a fait : Alassane Ouattara appréhende, toujours, le coup d'état qu'il avait essayé, à plusieurs reprises, de faire pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir. Sans succès. Quel retournement de situation ! Même Henri Konan Bédié qui est son allié, aujourd'hui, et que Ouattara tenta, en vain, dans les années 2000, de chasser du pouvoir par coup d'état, doit, aujourd'hui, en rire.

Le quartier du Plateau, à Abidjan, qui abrite le pouvoir (présidence et ministères) est sous le contrôle des mutins. Le camp militaire d'Akouédo, à Abidjan, qui est le plus grand du pays, est, lui aussi, sous le contrôle des mutins. Toujours à Abidjan, le camp militaire Gallieni, est, également, sous la coupe des mutins. Bouaké, la deuxième ville du pays, est entre les mains des mutins. Toutes les villes de Côte d'Ivoire sont touchées.
Même si, jusqu'ici, on a, volontairement, occulté la grave situation qui prévaut en Côte d'Ivoire, on est obligé de reconnaître, aujourd'hui, que le président, Alassane Ouattara, ne maîtrise pas (plus) grand-chose de son armée. Beaucoup de militaires sont mécontents de la façon dont ils ont été traités, au lendemain de son arrivée au pouvoir de la façon qu'on sait : c'est-à-dire, après les avoir utilisés dans ses multiples tentatives de coup d'état (avortées) sous le régime des refondateurs de Laurent Gbagbo. Aujourd'hui, les mêmes miliciens devenus soldats se retournent contre lui, au moment où il dit que les caisses du pays sont vides. Qui les a vidées ? Et à quelle fin ?

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, fait, désormais, une course contre la montre. A près de quatre ans de son deuxième et dernier mandat, il est convaincu d'avoir raté sa politique de réconciliation nationale. Pire : il risque de laisser la Côte d'Ivoire dans d'énormes tensions socio-politiques. Au sein même de sa propre famille politique, le RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix), chacun regarde de son côté, après son implosion du fait du président Ouattara à vouloir tout donner à son (seul) parti, le RDR. En effet, l'UDPCI et le MFA qui étaient deux principales composantes du RHDP ont fini par claquer la porte et perdu illico presto leurs postes de ministres dans le gouvernement. Avec le cacao qui s'empile dans le port de San Pedro et l'endettement qui repart à la hausse, la fin de mandat d'Alassane Ouattara risque tout simplement d'être apocalyptique.

On le dit (quasi) nul en politique (et l'échec de sa politique de réconciliation le prouve). Mais, de façon unanime, Alassane Ouattara est reconnu comme un très bon gestionnaire des fonds publics que le père de l'indépendance ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny, appela, dans les années 90, pour remettre de l'ordre dans son économie frappée de plein fouet par une baisse (non prévue) des cours du cacao et du café. Devenu, lui aussi, président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara (qui avait aidé à résoudre ce problème sous Houphouët) est victime, aujourd'hui, de la même crise qu'il n'a pas vu venir, lui, l'excellent gestionnaire. Finalement, est-il aussi bon comme on le dit ?

Que ceux qui le croyaient fini se ravisent. Interné à la CPI (Cour pénale internationale) depuis cinq ans, l'ancien président de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, mettrait son isolement carcéral à profit pour réfléchir à son retour aux affaires. Cette idée a de quoi faire trembler ce qui reste du RHDP que le président, Alassane Ouattara, a presque fait voler en éclats : aujourd'hui, le PDCI-RDA de son très cher aîné, Aimé Henri Konan Bédié, et son RDR sont loin de parler le même langage.

La filière française du commerce équitable s'inquiète de la forte chute des cours mondiaux du cacao pour l'avenir des petits producteurs, et des risques de grave tension sociale en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial.

Alassane Ouattara va faire, bientôt, dix ans au pouvoir sans réussir à réconcilier les Ivoiriens. C'était pourtant sa priorité, lors de son accession au pouvoir, dans les conditions qu'on sait. La question mérite d'être posée : la justice sous son autorité est-elle la même pour tous les Ivoiriens ? Du côté du FPI, le parti de Laurent Gbagbo, la question ne se pose même plus. Pour ce parti, Alassane Ouattara est un tribaliste hors pair.

Laurent Gbagbo a-t-il eu tort de croire aux Accords signés à Pretoria pour permettre à Alassane Ouattara d'être candidat ? A-t-il eu tort de jouer le jeu en remplissant sa part de contrat ? Aujourd'hui, il se retrouve enfermé par la CPI (Cour pénale internationale). L'échec de la réconciliation prônée par Alassane Ouattara (lire le numéro 449 d'Afrique Education actuellement chez les marchands de journaux), en est la parfaite illustration. Pour le professeur Jean-Claude Djereke qui connaît bien Laurent Gbagbo, l'actuel président ne dirige pas la Côte d'Ivoire pour le bien-être des Ivoiriens et des Ivoiriennes, mais pour le pays qui lui donne la possibilité de loger ses comptes bancaires et d'acquérir des appartements.

Les six journalistes ivoiriens, interpellés et incarcérés depuis dimanche à Abidjan, ont été inculpés mardi de "divulgations de fausses nouvelles" et remis en liberté, a annoncé leur syndicat.

Le deuxième mandat du président, Alassane Ouattara, devient un calvaire. Accordé, officiellement, pour terminer ses chantiers commencés en 2011, ce mandat devient un sac de nœuds difficile à dénouer. Machine à accéder au pouvoir, le RHDP est, pratiquement, en train de voler en éclats. Il ne tient plus qu'à un fil. Au sein du RDR, les héritiers du président aiguisent les couteaux, sous les gandourah. Le PDCI, de son côté, refuse de plus en plus d'être l'éternelle remorque du parti du chef de l'Etat, le RDR. Si Henri Konan Bédié garde, encore, le calme, ses lieutenants proches ou lointains, eux, donnent de la voix. C'est dans ce contexte que les anciens rebelles, reconvertis dans l'armée, ainsi que, les militaires réguliers, ont décidé de se faire entendre. La presse de l'opposition, bien naturellement, s'en donne à cœur joie, ce qui est de bonne guerre. Le pouvoir est énervé. Mais n'est-ce pas la règle du jeu ? On croyait pourtant le président de la République libéral : il fait une erreur en ordonnant (par procureur interposé) l'arrestation des journalistes de l'opposition. Pour si peu ? C'est franchement pitoyable.

Après avoir étalé leur puissance de frappe en paralysant toutes les activités de la localité, les forces spéciales sont rentrées dans les casernes afin de permettre le déroulement des négociations par rapport à leurs revendications. L'heure est grave en Côte d'Ivoire où le président, Alassane Ouattara, est en train de récolter ce qu'il a semé : l'arrivée au pouvoir par tous les moyens y compris militaires.

Alassane Ouattara ne va pas bien politiquement. Son système de gouvernance mis en place, en 2011, a montré ses limites : des mutineries viennent d'aboutir au limogeage du chef d'état major des armées et de plusieurs hauts gradés. Beaucoup de responsables militaires, venant de la rébellion qui l'avait installé au pouvoir, ont, par ailleurs, été nommés, preuve que l'avenir est incertain. C'est dans cette circonstance grave que l'armée française entame un (re)déploiement dans le pays, sous les yeux ébahis mais non étonnés des Ivoiriens. Ouattara est sur un siège éjectable. Il faut le protéger.

Les évêques catholiques de Côte d’Ivoire ont fait une déclaration après leur 105e Assemblée plénière tenue, à Katiola, du 16 au 22 janvier 2017. Qu’ils soient remerciés d’avoir rappelé que “certains de nos compatriotes [environ 300 pro-Gbagbo] sont, encore, injustement, détenus en prison” et que, sans l’élargissement de ces prisonniers politiques, la paix et la réconciliation dans notre pays ne seront que comédie et escroquerie morale.

La Côte d'Ivoire a-t-elle, déjà, eu une armée ? Les mutineries de ces dernières journées ajoutées aux grèves générales que vit la fonction publique, aujourd'hui, tendent à démontrer que le pays va mal, même si ses agrégats de la comptabilité nationale, sont positifs. Alassane Ouattara risque de quitter le pouvoir, en 2020, en laissant la Côte d'Ivoire sur un baril de poudres. Dans cette analyse, le professeur, Mamadou Koulibaly, président du parti politique, Lider, pose des questions et trace des perspectives pour une armée qui n'en a jamais été une. Depuis la présidence du Sage Houphouët.

Des militaires mutins tirent en l'air et patrouillent dans Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d'Ivoire, rackettant les habitants, ont affirmé plusieurs témoins, ce mardi. Ils occupent la préfecture des 1er et 2e arrondissements de cette ville. Contrairement à ce qui avait été déclaré, la situation n'est pas sous contrôle. Aux dernières nouvelles, la Garde républicaine a attaqué les mutins. Déjà au moins un mort, ce qui a provoqué d'autres mutineries à Man, Dimbroko, Bouaké et Daloa.

"On nous dit que c'est fini mais combien de temps avant que ça ne recommence ?": Sita Soro, commerçante au marché de Bouaké, résume les craintes de beaucoup d’Ivoiriens après une nouvelle mutinerie de militaires, qui pèse sur l'avenir d'un pays redevenu une locomotive régionale. La rébellion conduite par Guillaume Soro, en 2002, n'a pas, encore, livré tous ses secrets. Loin s'en faut.