Denis Sassou-Nguesso

Emmanuel Macron proposera au G7 un train de mesures concrètes pour l'Amazonie. C'est le dernier communiqué qui émane de l'Elysée pour apporter les réponses concrètes à la forêt de l'Amazonie qui brûle, après les critiques de ces derniers jours. On note que la forêt qui a, déjà, consumé sous les flammes est l'équivalent d'un pays comme l'Espagne. Et ce n'est pas fini car c'est seulement, maintenant, que l'armée appelée en renfort commence à se déployer. Avec des moyens limités. Cela dit, le président brésilien, Jair Bolsenaro, a réussi, grâce à sa façon de faire bien particulière, à sortir les pays riches de leur indifférence coupable et caractérisée, en laissant l'Amazonie brûler. Les chefs d'Etat de l'Afrique centrale (gardiens de l'autre poumon mondial qu'est la Forêt du Bassin du Congo) au premier rang desquels on compte le président congolais, par ailleurs, président de la Commission Climat du Bassin du Congo, Denis Sassou-Nguesso, savent, désormais, ce qu'ils doivent faire pour attirer, chez eux, aussi, l'attention de la communauté internationale, et les financements adéquats.

Le parti de l'homme politique congolais, Frédéric Bintsamou, alias pasteur Ntumi, a été autorisé à reprendre ses activités politiques après trois années d'interdiction. Une décision magnanime du dictateur. Resté militaire même après avoir troqué son treillis au profit des costumes trois pièces qu'il raffole, le général 5 étoiles, Denis Sassou-Nguesso, ne comprend que le langage de la force. La force des armes. Le bruit des orgues de Staline. Jusqu'à l'heure actuelle, au Congo-Brazzaville, seul le pasteur Ntumi (la Bible dans la main) a pu la lui opposer. C'est la raison pour laquelle le pouvoir le respecte. Car il a peur de lui. Après la mascarade électorale de mars 2016, le pasteur Ntumi a sonné la révolte en cherchant à chasser par la force des armes, celui qui venait de s'imposer par la fraude électorale massive. N'ayant pas réussi, il a pris la direction de la forêt où il a mené la vie dure, pendant plusieurs mois, à la soldatesque du dictateur. Comme il n'a pas pu l'atteindre physiquement, il a ordonné l'interdiction de son parti politique, le CNR (Conseil national des républicains), une interdiction qu'il vient de lever, alors qu'il ambitionne l'organisation d'un Dialogue politique dans un contexte socio-politique où lui-même sent que la prochaine élection présidentielle de mars 2021 à laquelle il est candidat, risque d'être un exercice plus que périlleux pour son pays. Tout le monde (y compris la communauté internationale) l'observe.

Y a-t-il encore une opposition congolaise au dictateur (5 étoiles) Denis Sassou-Nguesso ? Depuis quelque temps, on a l'impression que tous les opposants, même les plus forts en thème, ont baissé pavillon. On ne les entend plus. Plus d'initiative de leur part qui puisse titiller la sérénité du dictateur suprême. Les prisonniers dont Okombi et Mokoko sont, totalement, abandonnés à eux-mêmes : on n'entend aucune protestation ni à l'international, ni même sur place au Congo. On ne voit aucune volonté d'empêcher le dictateur de tourner le Congo en rond. On a l'impression qu'il a gagné sur toute la ligne. A Brazzaville, les voix qu'on aurait voulu entendre, celles de Claudine Munari, de Mathias Dzon, du philosophe Bowao qui lui aussi semble être en panne d'imagination alors qu'il est considéré comme un laboratoire d'idées, sont tout simplement inexistantes.

Le président, Denis Sassou-Nguesso, est l'un des dirigeants des années 80 à conserver, encore, aujourd'hui, le pouvoir. Pourtant, on a tendance à oublier que la Conférence nationale souveraine de 1991 lui fut fatale en ce sens qu'il perdit la substance de son pouvoir au profit d'un premier ministre de transition : au terme d'une élection présidentielle dont il ne contrôlait plus le processus, celui-ci étant géré de bout en bout par le gouvernement de transition dirigé par André Milongo, il fut éliminé, sans gloire, dès le premier tour. Comme quoi, son impopularité n'est pas une affaire récente : de tous temps, selon les estimations de plusieurs instituts de sondage, il ne peut compter sur plus de 20% de la population, qui acceptent de porter leurs suffrages sur sa modeste personne. Il est, donc, en place contre la volonté du peuple.

Pour ce numéro double 471-472, nous avons hésité entre deux couvertures : Ali Bongo Ondimba dont l'état de santé venait de mobiliser l'attention de toute l'Afrique et de la communauté internationale, et le dictateur 5 étoiles du Congo-Brazzaville. Pour des raisons de sympathie non déguisée, Ali Bongo Ondimba a été choisi pour faire la pleine page dudit numéro.

Le dictateur est (vraiment) à la manœuvre. Son fort, en général, c'est de savoir anticiper, c'est de sentir des opportunités et agir en conséquence avant tout le monde. Profite-t-il de l'état de santé précaire de son jeune homologue du Gabon, Ali Bongo Ondimba, pour tenter de lui régler (définitivement) son compte ? Toujours est-il que le bal des opposants et ennemis du président gabonais qu'il a organisé, ces derniers jours, à Paris, en marge de son séjour pour le Centenaire de l'Armistice, montre qu'il a un (odieux) plan dans la tête, lui qui ne fait rien pour rien.

La raison du plus fort est toujours la meilleure ? Voire ! Le plus fort, Denis Sassou-Nguesso, a, arbitrairement, emprisonné Paulin Makaya. Sans motif valable. Uniquement pour casser sa popularité montante. Depuis fin 2015, il est coupé de sa jeune et tendre épouse, de ses enfants, surtout, des militants de l'UPC (Union pour le Congo), le parti politique qu'il a créé et qu'il préside depuis sa création. Sassou-Nguesso est, tellement, lâche qu'il a eu la faiblesse d'abattre sa fougue sur une personne dont la seule arme est la parole et son stylo-bille. En effet, Paulin Makaya ne méritait pas d'aller en prison. Même pour un jour. Le dictateur devrait, vraiment, trembler car chaque chose a une fin. La preuve : son opposant le plus craint (Paulin Makaya) n'est-il pas libre de ses mouvements ? Sassou, lui, reste embourbé, empêtré dans ses problèmes au point qu'on peut se demander s'il a un sommeil paisible.

L'Angola dont le président, Joao Lourenço, assiste, rarement, aux Sommets organisés dans d'autres pays, a invité, au moins, cinq chefs d'Etat, à Luanda, pour discuter d'un ordre du jour qui avait trait à la République démocratique du Congo (RDC), au Soudan du Sud, entre autres. Sur les cinq chefs d'Etat attendus, au moins, seuls le Gabonais, Ali Bongo Ondimba et le Congolais, Denis Sassou-Nguesso, ont effectué le déplacement de Luanda. Les principaux concernés, à savoir, le RDCongolais, Joseph Kabila, et le Soudanais du Sud, Salva Kiir, ont brillé par leur absence, tout comme, les deux parrains de la sous-région, l'Ougandais, Yoweri Museveni et le Rwandais, Paul Kagame, qui préside, actuellement, l'Union africaine (UA) dont le président, le Tchadien, Moussa Faki Mahamat, s'est fait représenter par son conseiller, le Mauritanien, Ould Lebatt. Non seulement, l'utilité de ce Sommet était à démontrer, mais, le président, Joseph Kabila, qui a accepté de quitter le pouvoir sans modifier la constitution, comme certains de ses voisins, a eu raison de ne pas venir se faire applaudir par les fossoyeurs de la démocratie africaine.

On sait que le cœur du dictateur ne bat que pour les membres de sa famille et de son seul clan. Pour le reste, il affiche un cœur de pierre. Parlant du cas de Paulin Makaya, le président de l'UPC et ex-directeur de cabinet de Bernard Kolelas quand il était maire de Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso s'est donné des raisons pour bien le maltraiter. Il aurait même planifié son assassinat après avoir ouvert les portes de sa cellule à dessein afin qu'il prenne la poudre d'escampette. Un piège que Paulin évita soigneusement. Voilà pourquoi il est, toujours, en vie. Quand il résidait à Londres, Sassou-Nguesso, dans sa classique politique de diviser l'opposition pour mieux régner sur le Congo, lui avait demandé de retourner au Congo afin qu'il lui confie des responsabilités politiques comme il l'a fait pour ses frères proches de feu Bernard Kolelas, ancien président du MCDDI. En effet, c'est cette main tendue qui avait permis à Guy Brice Parfait Kolelas, puis, à son frère Euloge Landry Kolelas, mais aussi, à Hellot Matson Mampouya, de figurer dans le gouvernement. Paulin, qui est, idéologiquement, bien bâti résista à cette offre satanique et refusa de rallier Brazzaville, même quand le dictateur, pour mieux l'appâter, lui promit, contrairement, aux trois autres kolelistes, un poste de ministre d'Etat. Défié de cette sorte par un « vierge » en politique (Paulin Makaya), outre son expérience acquise aux côtés de Bernard Kolelas (avec qui il chemina en exil au Bénin, en Côte d'Ivoire, puis, au Mali), Sassou lui garda une rancune bien tenace. Son arrestation suivie de son incarcération en décembre 2016 pour une soi-disant atteinte à la sûreté de l'Etat et possession d'armes de guerre, ne vaut que pour des régimes staliniens comme celui de Brazzaville. Paulin Makaya comme hier son maître à penser Bernard Kolelas, ne sait pas se servir d'une arme. Son arme, c'est la parole, c'est l'écriture, qui soulèvent les foules chaque fois qu'il fait appel au peuple de l'opposition pour protester contre la dictature de Sassou-Nguesso.

Depuis que le Sommet de fin décembre 2016, à Yaoundé, entre les pays de la CEMAC, la France et le FMI, avait débouché sur la non-dévaluation du F CFA, mais encouragé chaque pays membre à se rapprocher du FMI pour signer un programme de redressement, seul le Congo-Brazzaville est en (bien) mauvaise posture. Si la Guinée équatoriale, pour des raisons idéologiques et d'indépendance nationale, a préféré trouver d'autres moyens internes pour maintenir son autonomie et ses marges de manœuvre en ne signant pas, le Congo-Brazzaville, lui, peine à conclure un programme avec le FMI, comme l'ont, déjà, fait le Tchad, le Gabon, le Centrafrique et le Cameroun. Après lui avoir présenté un endettement public de 77% par rapport au PIB, en septembre, le Congo-Brazzaville a dû reconnaître, trois mois plus tard, un peu honteusement, qu'il avait occulté certaines créances pour ne pas aggraver la dureté du programme qui allait en découler. C'est ainsi que, dans un deuxième temps, sa dette publique est montée à 122% du PIB, son niveau actuel. Mais il faut préciser que ce niveau (déjà anormalement élevé) ne tient pas compte de la dette contractée auprès des créanciers privés (Glencor, Trafigura, Total, etc.). Quand on l'ajoute, elle s'élève à plus ou moins 200% du PIB. Un niveau qui fait froid au dos, même à Paris, d'où l'extrême prudence du FMI à signer avec les autorités d'un pays qui sont devenues expertes en dissimulation des créances. La visite du ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, cette fin de semaine, à Brazzaville, où il va présider une réunion sur la zone franc, permettra-t-elle à Denis Sassou-Nguesso d'obtenir, enfin, la caution de Paris, et passer à l'étape de la signature d'un programme ?

Christine Lagarde, la patronne (française) du Fonds monétaire international (FMI) est-elle en train de payer les erreurs (volontaires ?) de son prédécesseur à ce même poste, Dominique Strauss-Kahn, dans les relations entre le FMI et le Congo-Brazzaville ? Toujours est-il que pour exiger un véritable programme digne de ce nom et dénué de tout soupçon de favoritisme à l'endroit de Brazzaville, la diaspora congolaise est vent debout pour exiger des conditionnalités sans lesquelles ce futur programme ne serait pas viable. Pour se faire entendre, elle va entreprendre une série de manifestations, à Paris et à Washington, pour pousser à la signature d'un accord utile, non pas pour le (seul) clan présidentiel, mais pour (tout) le peuple congolais.