djihadisme

Un nouvel attentat-suicide portant la marque de Boko Haram a fait plusieurs morts, dans la nuit de dimanche à lundi, 20 janvier, dans la province du Lac Tchad. Une jeune femme munie d'une ceinture s'est introduite dans une concession dans le village de Kaïga-Kindjiria où elle s'est faite exploser.

On n'aura pas la réponse à cette question à l'issue du Sommet de Pau qui rassemble Emmanuel Macron et les cinq présidents du G5 Sahel. La question est cependant sur toutes les lèvres : La France, défiée par les djihadistes du Sahel, va-t-elle se résoudre vraiment à faire appel à des alliés (comme lors des première et deuxième guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945) pour éradiquer la vermine djihadiste qui prospère au Sahel ? Quid de sa propre efficacité en tant que 5e armée la plus puissante du monde !

Un mois après l'attaque du camp d'Inates, le ministère nigérien de la Défense a annoncé que "63 terroristes" et 25 personnes avaient été tués, jeudi, 9 janvier, lors de l'attaque du camp militaire de Chinégodar, près de la frontière malienne. Ces assauts répétitifs que subit l'armée nigérienne avec des pertes considérables ne rassurent pas beaucoup au moment où Boko Haram semble avoir à nouveau le vent en poupe côté Niger. Et si on voulait, volontairement, affaiblir le président, Mahamadou Issoufou, juste parce qu'il serait, actuellement, avec Roch Marc Christian Kaboré du Burkina Faso, l'un de ceux qui poussent les pays de l'UEMOA à adopter leur propre monnaie, laquelle n'aurait rien à voir avec l'ECO d'Alassane Ouattara et d'Emmanuel Macron ? Cette hypothèse n'est pas du tout à exclure.

Emmanuel Macron a estimé, dimanche, 22 décembre, à Niamey, que la lutte armée contre les groupes djihadistes au Sahel était à “un tournant” nécessitant une clarification des objectifs militaires et politiques de la mission engagée par la France en 2013 avec l’Opération Serval, puis, Barkhane. Clarification ? Il le faut des deux côtés car la France n'est pas exempte de tout reproche : son armée (la 5e plus forte du monde) n'arrive pas à se mettre à la hauteur des affreux djihadistes qui tuent, violent et pillent, impunément, dans le Sahel, depuis que l'intervention occidentale en Libye l'a déstabilisée, laissant fuir dans la nature, des milliers de djihadistes que Kadhafi confinait de force dans des casernes pour les rendre inoffensifs. En exigeant la clarification de ses cinq homologues du G5 Sahel, il faut bien que le jeune président français commence par le commencement avant de critiquer les peuples africains d'avoir adopté des comportements « anti-français ». Car avant lui, il y a eu François Hollande (2012-2017) et surtout, Nicolas Sarkozy (2007-2012) qui est à l'origine de la grave situation qui prévaut aujourd'hui au Sahel. C'est l'Afrique qui est en position de demander des comptes à la France et non le contraire.

« Nous allons passer à la vitesse supérieure » au Sahel, annonce le général, François Lecointre, chef d'état-major des armées françaises. Il faut admettre que la pression sur la Force Barkhane est au maximum dans le Sahel. Les résultats à la hauteur de la réputation de l'armée française ne sont pas au rendez-vous. Loin de là. Au contraire et pire même, cette dernière est accusée, fortement, de favoriser l'ennemi djihadiste. En lui filant, parfois, des renseignements sur les positions des armées régulières. Il faut donc dire que la France et son armée sont acculées de partout. Dans le Sahel, les populations demandent même le retrait de celle-ci, sans qu'elles ne proposent une alternative crédible à Barkhane. La « convocation » des présidents membres du G5 Sahel par Emmanuel Macron semble être comme l'histoire de l'arroseur arrosé. Convoqués pour donner des comptes, les chefs d'Etat africains concernés entendent, eux aussi, demander des comptes à leur homologue français. La relation n'est plus bonne, même en apparence, entre les deux parties. Que de battre en retraite, la France préfère annoncer qu'elle va faire monter son armée en régime. Question de ne pas perdre la face en Afrique. Question, aussi, de faire taire les critiques ? Dans tous les cas, la Force Barkhane est, désormais, sous surveillance. Par les peuples du Sahel. Cela dit, le général Lecointre a dit une vérité biblique : si les politiques ne prennent pas le relais avec des actions civiles d'éclat sur le plan du développement, l'action militaire à elle seule, ne peut suffire. La balle, à ce niveau, est dans le camp des présidents de la sous-région, élus pour développer leurs pays.

Emmanuel Macron invite les 5 présidents des pays du Sahel en France le 16 décembre. Pour la énième fois, Idriss Déby Itno du Tchad, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed El-Ghazouani de Mauritanie, Mahamadou Issoufou du Niger, Roch Marc Christian Kaboré du Burkina Faso et Ibrahim Boubacar Keïta du Mali, vont rencontrer leur homologue français pour parler du G5 Sahel dont la force peine à fonctionner réellement. A qui la faute ? Aux cinq présidents africains, qui ont tort d'attendre le soutien étranger, et notamment, de la France, pour combattre le terrorisme chez eux. C'est aussi la faute de la France, qui, de son côté, compte, maintenant, sur l'OTAN et sur certains alliés européens pour redéfinir une autre stratégie dans le Sahel, ce qui n'était pas le cas au départ. Les djihadistes en rigolent car on sent une certaine confusion dans la façon de combattre le djihadisme. Si on faisait la comptabilité des morts, ceux du camp du G5 Sahel et français, sont nettement supérieurs aux morts de tous les groupes djihadistes du Sahel réunis. Une situation qui expliquerait que le jeune président sollicite, désormais, le soutien de l'OTAN. Ouvertement. L'armée française n'en pouvant plus toute seule.

Dans une proportion non négligeable, les chefs d'Etat africains ne sont pas perçus comme des dirigeants libres et indépendants aux yeux de beaucoup d'Africains. A l'heure des réseaux sociaux et d'internet où il est assez difficile d'occulter un fait, on sait ce que font les uns et les autres. Président du Tchad, Idriss Déby Itno est considéré à afriqueeducation.com comme un « dictateur », qui opprime son peuple et dilapide les richesses de son pays. Mais, afriqueeducation.com le perçoit, aussi, comme l'un des rares présidents africains, qui crache les vérités sur les Occidentaux sans porter de gants quand il en a la possibilité.

Il était temps. Mais, on peut se poser la question de savoir sur quelle stratégie militaire et de défense se fondait le Niger pour faire la guerre à Boko Haram et aux groupes djihadistes du Nord Mali ? Car c'est, seulement, mercredi, 6 décembre, qu' experts et chefs militaires du Niger se sont réunis, à Niamey, pour élaborer une politique de sécurité nationale et de lutte contre le terrorisme, alors que le pays est confronté à des attaques meurtrières de groupes djihadistes, depuis plusieurs années ?

L'ONU a appelé, jeudi, 21 septembre, à redoubler d'efforts financiers pour développer la région du lac Tchad et contrer l'organisation terroriste Boko Haram, lors d'une table ronde ministérielle au siège des Nations-Unies dédiée à la situation humanitaire au Nigeria et dans la région du Lac Tchad. Elle a sollicité la somme de 1,5 million de dollars à cet effet.

Le numéro 428 du 1er au 15 décembre, encore en vente pour quelques jours, est fidèle à la légende du bimensuel : incisif et irrespectueux envers ceux qui gouvernent le monde.

Quatre ans après la mort de l'ancien dictateur libyen, Mu'ammar al Kadhafi, son héritage pèse encore sur le pays.