Emmanuel Macron.

La France est poursuivie par son passé colonial en Algérie. Après avoir cherché à s'en débarrasser à bon compte, elle a rencontré l'hostilité des Algériens, qui ne sont pas du genre à oublier, facilement, ce qu'ils ont, lourdement, enduré, pendant la colonisation.

Afrique Education l'avait dit en son temps : après le départ, en 1997, de son très dynamique secrétaire général, le Canadien, Jean-Louis Roy, l'OIF (Organisation internationale de la francophonie) était devenue comme une « maison de retraite », sous les cinq ans de la direction de l'Egyptien, Boutros Boutros-Ghali. Après l'éviction de ce dernier, en décembre 2002, par le « Groupe » Afrique mené de main de maître, à l'époque, par le défunt patriarche gabonais, Omar Bongo Ondimba, l'erreur fatale fut la désignation à ce poste de l'ancien président sénégalais, Abdou Diouf. Car de « maison de retraite », l'OIF connut, carrément, un enterrement première classe pendant les treize ans (2002 à 2015) de son mandat. Plus grave, au lieu de partir au bout de huit ans, à l'issue de deux mandats, il négocia un troisième auprès des Français et Canadiens, piétinant au passage, les règles de fonctionnement de la Maison. Après que l'âge eut raison de lui et qu'il décida d'aller, enfin, finir ses derniers jours à Dakar où il vit actuellement, beaucoup pensèrent qu'en élisant la Canadienne, Michaelle Jean, à ce poste alors que le Congolais, Henri Lopès, grand écrivain de surcroît, affichait un meilleur profil, l'OIF allait retrouver son dynamisme comme sous l'autre Canadien, Jean-Louis Roy. Les francophones n'ont que leurs yeux pour pleurer.

Pauvre Michaëlle Jean ! Que ne ferait-elle pas pour se succéder à elle-même à la tête de l'OIF (Organisation internationale de la francophonie) en 2018 ? Contrairement à son compatriote, Jean-Louis Roy, qui avait réussi à placer cette organisation à équidistance des influences française et canadienne, grâce à sa stature et un bilan qui parlait de lui-même, sa jeune et fragile compatriote n'a, jamais, réussi à imprimer ses marques à la tête de cette organisation très politique, que la France aime utiliser pour asseoir son influence dans les pays membres. Soutenue dans sa course à la tête de l'OIF contre le Congolais, Henri Lopes, par l'ancien président français, François Hollande, à Dakar, Michaëlle Jean est obligée, aujourd'hui, de sacrifier son meilleur collaborateur sur l'autel de ses ambitions pour un deuxième mandat. Qu'elle risque de ne pas avoir son bilan n'étant pas à la hauteur. Sur un tout autre plan, le limogeage du jeune professeur agrégé en sciences-économiques, Kako Nubukpo, montre que le chemin à parcourir par les Africains pour se débarrasser du très colonial F CFA est encore (très) long et semé d'embûches. Mais, tôt ou tard, il faudra que cesse cette « servitude volontaire » qui fait que les pays africains membres de cette zone monétaire sont, systématiquement, placés sous le contrôle monétaire et financier (c'est-à-dire politique) de la France, ce qui en fait des pays sous tutelle ou si l'on veut à l'indépendance pas totalement acquise.

Le numéro 453 de juin d'Afrique Education est, déjà, chez vos marchands de journaux habituels. Au sommaire, il y a de quoi se délecter en lisant des analyses et informations de première main sur la Côte d'Ivoire, le Congo-Brazzaville, le Gabon, le Cameroun, le Nigeria, le Sénégal, l'Angola, le Bénin, etc. qui y sont traitées selon des angles divers. En pleine page de couverture, Brigitte et Emmanuel Macron sourient au monde entier, qui, en retour, leur souhaite la bienvenue. Avec l'Afrique, continent qui fait de la France un grand pays en lui donnant une posture de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies, le débat va être âpre. En effet, les Africains (de la diaspora et d'Afrique) veulent, absolument, prendre leur destin en main, et ne veulent plus, en aucun cas que leur sort soit décidé hors d'Afrique par d'autres que les Africains. C'est clair. Nicolas Sarkozy, dans la suite de Jacques Chirac, avait refusé de l'entendre de cette oreille. François Hollande, dans l'ambiguïté qui l'avait, souvent, caractérisé, avait feint de le comprendre sans, réellement, comprendre. Qu'en sera-t-il d'Emmanuel Macron ?